‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 39 sur 141 · LETTRE DE MADAME A LUCIEN · texte numérisé non relu

LETTRE DE MADAME A LUCIEN

Muni d'une dernière lettre de Madame, Campi part le 12. C'est une supplication qu'il apporte : « Ton sort, celui de ta famille, le mien, celui de nous tous ne dépend que de toi, écrit Madame. Il ne s'agit plus de raisonner, mon cher fils ; tout ce que tu pourrais me dire ne me fera pas changer d'idée. J'attends celte dernière consolation de la tendresse que tu m'as toujours témoignée. Gampi te dira qu'il me laisse malade, au lit. Ta dernière lettre n'y pas peu contribué, comme ton obstination contribuerait sans doute à abréger mes jours. Tu peux me rendre à la vie et au bonheur et tu n'auras pas le courage de me le refuser. C'est la dernière fois que je te le demande. L'Empereur et tous ceux de la Famille sont à Compiègne ; moi seule avec Charlotte sommes restées à Paris. JNotre fille continue à se faire aimer et admirer par tout le monde. J'en suis extrêmement contente, elle est ma compagne. Il ne manque à mon bonheur que de te voir réconcilié avec l'Empereur. Adieu, mon cher fils, j'attends avec la plus vive impatience ta réponse ou plutôt l'annonce que tu arrives et je t'embrasse avec toute la famille. »

Que peut faire même cette lettre ? Campi doit échouer et il échoue. Les positions sont prises, et si des lettres sont encore échangées de la mère au fils, elles n'y peuvent rien modifier.

Lucien fait semblant de croire aux menaces de l'Empereur et en profite pour hâter les préparatifs d'un départ dont il s'arrange pour que tout le monde parle, car il est convaincu que Napoléon cédera avant

qu'il l'effectue ou aussitôt qu'il l'aura effectué. Celte seconde hypothèse, avec le retour quasi-triomphal qu'elle comporte, lui semhle même la plus plaisante.

L'Empereur, de son côté, ne réalise pas ce départ; il ne croit pas que Lucien puisse avoir l'énergie de tout quitter; il est convaincu qu'il se laissera à la fin tenter par tout ce qui lui est offert. D'ailleurs, pour éviter un scandale qu'il se refuse à admettre, quoiqu'il l'ait en quelque sorte préparé, même justifié, par la violence de ses menaces, il compte sur les difficultés matérielles qui s'opposeront au voyage : navire à trouver, argent à se procurer, passeports à obtenir, toute une maison, et quelle maison ! à remuer et à mettre en caisse, une caravane véritable à former où les enfants en bas âge, qui jouent un tel rôle dans les préoccupations de Lucien, apportent, avec leurs maladies diverses, des obstacles à chaque instant.

Lucien n'en est que plus violent à affirmer son projet et à presser ses préparatifs. Ne sera-ce pas une bonne leçon qu'il donnera à son frère et, en même temps, un préliminaire significatif de son départ, s'il rappelle Lolotte et la retire près de lui ? Cette volonté contradictoire à tout ce qu'il a écrit jusque-là, à l'idée qu'il a consciemment exprimée de remettre aux mains de l'Empereur la fortune de ses filles du premier lit, apporte une note neuve dans des déclamations où reviennent, constamment aggravés, les dires déjà violents de Napoléon. Ainsi écrit-il à sa mère : a Campi m'a dit delapartde l'Empereur qu'il fallait faire divorce

Page 1