‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 41 sur 141 · PASSEPORTS DONNÉS A LUCIEN · texte numérisé non relu

PASSEPORTS DONNÉS A LUCIEN

cent de vouloir traiter comme un polisson un homme d'Elat, un ministre, un ambassadeur; que ma seconde femme, comme la première, par ses vertus, méritait qu'on oubliât ses malheurs. Si la Famille avait fait son devoir et avait eu moins de lâcheté, je serais réconcilié avec mon frère, mais on a toujours eu la sottise de comparer mon mariage à celui de Jérôme et, aujourd'hui, on compare mon divorce à celui de l'Empereur ! »

« Sottise, lâcheté, injustice, indécence », Lucien ne ménage plus rien, comme si, par de telles violences il comptait faire peur et emporter ce qu'il n'a pu obtenir par des termes courtois ; mais il ne s'agit plus de discuter et l'Empereur a signifié qu'on ne lui en parlât plus. Les passeports que Lucien a réclamés ont été délivrés le der juin par le ministre de la Police. Le 7 juin, en plein conseil des ministres, l'Empereur en a donné la nouvelle. En quels termes ont-ils été expédiés ? Lucien a écrit dans ses notes : « Ceux de ma femme, mère de mes cinq enfants, au nom de son premier mari !!!... » Il résulte des rapports de police que, selon l'usage, Lucien a reçu deux séries de passeports : les uns à son nom, les autres au nom de M. Fabrizi, négociant. Dans les uns et les autres, Alexandrine a été désignée par ces mots : « Madame son épouse. »

Quanta Charlotte, nulle difficulté : ni l'Empereur, ni Madame, m qui que ce soit ne tient à la garder. A en croire Lucien « Lolotte a produit à son arrivée

un effet assez remarquable pour qu'il ne plût pas à tout le monde. » Gampi et Boyer, chargés de rendre compte de ce qui la concerne, en ont donné des avis. Cependant la Famille a été « très bonne pour elle », mais, dans sa tendresse pour son père et « sa marâtre », « elle a méprisé toutes les amitiés et tous les cadeaux parce qu'elle n'entendait pas bien parler d'eux. » Elle ne voulaitplus rester, ellepleuraitsanscesse. Toujours selon Lucien, on a parlé pour elle de deux prétendants : le prince des Asturies, contre lequel Lucien s'est positivement prononcé, et le grand-duc de AVurtzbourg-, que Lucien trouve « trop vieux quoique estimable »; mais tout cela n'a pas eu de suite. D'ailleurs l'Empereur a lieu de se méfier de Lolotte : elle écrit, sur tout ce qu'elle voit et ce qu'elle entend, des lettres où, dans l'ingénuité de son âge, elle se confie entièrement à Papa et à Maman. Au cabinet noir, on prend des copies et on réexpédie les originaux à leur adresse. En même temps, on « supprime » le journal où Lolotte note toutes ses impressions. Lors donc que se pose la question de la renvoyer et où certains de la Famille — les plus ennemis de Lucien — affectant une générosité facile, veulent se donner l'air de la protéger et d'intervenir en sa faveur, un dimanche, après le dîner habituel, l'Empereur sort une vingtaine de lettres, « remplies de plaintes amères contre l'avarice de Madame et de sarcasmes contre les oncles et les tantes. « La vérité, dite trop ingénument, raconte Lucien , provoqua de grandes colères. La princesse Pauline seule prit la chose par le bon côté

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