‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 42 sur 141 · DÉPART DE LOLOTTE · texte numérisé non relu

DÉPART DE LOLOTTE

et rit aux éclats. » Mais l'Empereur, après s'être un moment diverti du dépit de ses invités, reprit le ton sérieux. De telles plaisanteries, de telles habitudes d'irrespect, cette façon, évidemment coutumière, de tourner en ridicule chacun des membres de la Famille, résultaient de l'éducation, résumaient les sentiments, les jugements, les conversations même qu'on avait à Canino. A en croire Lucien, la conclusion fut l'injonction par l'Empereur à Madame de renvoyer Lolotte. Elle quitta donc Paris le lundi 4 juin, sous la conduite de Mme Gasson, avant que Campi, parti le 29 de Canino y fût arrivé. Elle fut renvoyée par l'Empereur, non retirée par son père; mais son retour n'en fut pas moins une grande joie, et, dit Lucien, elle s'écria en se jetant dans les bras de son père : « Ah ! mon petit papa, que tu as raison de ne pas vouloir aller là-bas! l'Amérique vaudra bien mieux, j'en suis sûre! ».

Sera-ce bien FAmérique? Pour l'instant, peut-être afin de détourner les soupçons, Lucien fait dire qu'il va en Corse. On n'en emballe pas moins, comme pour un voyage au long cours, les cuivres gravés, les diamants et tout ce qui, ayant une valeur, peut se transporter sans trop de risque. Comme le viatique essentiel manque, on hypothèque les biens-fonds, on emprunte sur les tableaux de la galerie, ce qui met aussi les uns et les autres à l'abri d'une confiscation possible, v. 7

A la fin, il faut vendre des bijoux, car tout tourne contre Lucien. Si Fouché était venu comme gouverneur de Rome, il aurait pris les chevaux, les équipages et tout le gros mobilier, mais son gouvernement de Rome n'a été qu'un éclair1 et Miollis, qui se contente à moindres frais, ne saurait être un acheteur.

Pour accréditer la nouvelle qu'il se rend en Corse, Lucien fait choix à Canino, parmi les Corses qu'il emploie, d'un nommé Dominique Tavera, à son service comme charpentier ; il l'envoie à Cività- Vecchia pour chercher si, dans les bateaux corses qui s'y trouvent, il en est un

1 Les notes de Lucien sont si contradictoires, si pleines de confusions de dates — volontaires ou non — qu'il ne faut s'y rapporter qu'avec une extrême réserve. Toutefois, d'après ces notes, il faut signaler que, à une date qu'il est difficile de préciser, mais qui est antérieure d'une année au moins au départ, puisqu'elle est antérieure à l'enlèvement du pape, Fouché s'était rapproché de Lucien et avait tenté de le mettre dans une intrigue où le général Radet servait d'intermédiaire.

Voici le texte : « Les affaires se brouillent définitivement à Rome. Entrée des troupes françaises... Le général Radet... En même temps, singulières communications très confidentielles que ce général me fait de la part de Fouché, ministre de la Police, alors disgracié in-petto, mais se préparant à sa disgrâce. Ce qu'il m'apprend, de vrai ou de faux, sur les projets de l'empereur Alexandre sur moi (toujours de la part de Fouché). Le confident et la confidence m'effraient. Je prends le général pour un agent provocateur. Je ne me gène pas pour le lui témoigner. — A mon grand étonnement, il se met à pleurer comme un veau. Y avait-il donc en cet homme quelque chose qui ne fût pas faux ?... Le moment de ma persécution personnelle à outrance me paraît d'autant plus probable et prochaine par la raison même de la possibilité où je suis de conspirer avec les ennemis de l'Empereur, s'il entrait dans mes idées de le faire . A mes yeux, constatons-le ici d'avance, le jeu n'en vaudrait pas la chandelle ou plutôt le péril. »

Il faut noter encore, dans les notes de Campi, une allusion à des entretiens avec Fouché, très bien disposé pour un mariage de Lolotte avec l'Empereur et très favorable à Lucien. Le rapprochement est certain; mais l'échange d'impressions reste douteux et le but confus.

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