‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 43 sur 141 · PREPARATIFS DE DEPART DE LUCIEN · texte numérisé non relu

PREPARATIFS DE DEPART DE LUCIEN

qui puisse le transporter, avec sa famille, en Corse, où la maison du général Fiorella est, dit-on, apprêtée pour le recevoir. Bien mieux, il écrit officiellement à la Consulte extraordinaire des États romains pour demander la levée du séquestre mis sur un navire grec, commandé par le capitaine Militia, « nolisé pour son compte et destiné à transporter ses équipages et une partie de sa maison en Corse. » « Je garantis son retour, écrit-il, et j'offre aussi de cautionner sa valeur afin de lever toutes les difficultés de la douane ».

Tavera, après avoir visité divers bâtiments, et être entré en marché avec plusieurs capitaines, a arrêté son choix sur un cahut, le Notre-Dame du Mont- Carmel, monté par dix hommes et commandé par François Marazzi. Il l'affrète et s'y embarque seul, disant qu'il va à Bonifacio. En réalité, il est porteur de deux lettres de Lucien, en date du 16 juin, adressées, l'une au commandant de la croisière anglaise devant Cività, l'autre au ministre d'Angleterre à Cagliari. Lucien y demande le libre passage pour son envoyé, le renouvellement des passeports qui lui ont été délivrés en 1808 pour les Etats-Unis. Il exprime le désir qu'un des bâtiments de Sa Majesté Britannique qui croisent dans la Méditerranée, l'escorte jusqu'au détroit de Gibraltar. Il joint au pli destiné au ministre d'Angleterre une lettre pour le roi de Sardaigne et une pour le consul des États-Unis.

A en croire la déposition que fera Tavera, le cahut, parti le 22 de Cività, arrive le 24 en vue de Porto- Vecchio où un corsaire, sous pavillon sarde, le fait

sa prise et le conduit à la Madeleine où il touche la même nuit. Après dix-neuf jours, le 13 juillet, il est relâché par grâce spéciale du roi de Sardaigne et il aborde deux jours après à Cività, avec son équipage complet et sa cargaison intacte.

Tarera, qui fait au commissaire général de police de Cività ce conte absurbe, que confirment les dépositions concertées et unanimes du capitaine et des matelots, rapporte en réalité la réponse du ministre d'Angleterre : elle est négative : désapprouvé par son gouvernement pour avoir, deux ans auparavant, envoyé des passeports à Lucien, M. William Ilill ne saurait en délivrer de nouveaux.

C'est là une déconvenue à laquelle Lucien n'est point préparé : son navire va être prêt, non pas une des ridicules barques corses de Cività, mais un des beaux troismàts américains séquestrés à Naples. Pour se procurer un tel navire, Lucien n'a eu qu'à envoyer à Murât son neveu Boyer en demandant qu'on en mît un à sa disposilion, et, à « la lettre très succincte » qu'il a écrite, « Murât a répondu avec effusion et amitié, » se plaignant très amèrement de l'Empereur, qui « use à son égard d'une politique perfide et l'oblige à des armements ruineux sous le prétexte de lui faire conquérir la Sicile, tandis que lui, Murât, sait bien qu'on a promis de ne pas déposséder la famille régnante. Il regrette de ne pouvoir échapper à la tyrannie, ainsi que va le faire le frère persécuté; » mais il lève aussitôt le séquestre sur un des meilleurs bâtiments

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