LUCIEN ET LES ANGLAIS
américains, l'Hercule, sous la condition qu'il sera affrété pour Lucien, et il donne dix mille ducats pour l'armer plus promptement : tout à l'heure, l'Hercule va arriver à Gività.
Devant le refus de Hill, Lucien pourrait hésiter ou retarder, mais il se trouve trop avancé pour reculer, et, d'ailleurs, il ne doute pas que tout ne finisse par s'arranger et que le gouvernement anglais ne soit trop heureux de l'obliger. Le 16 juillet, de Tusculum où il est venu de Ganino s'établir avec toute sa famille, il écrit de nouveau au ministre d'Angleterre en lui demandant des passeports jusqu'à Gagliari seulement. « De ce port, dit-il, j'adresserai ma demande à Sa Majesté Britannique et j'y attendrai des passeports que j'espère obtenir lorsque les injustes défiances qu'on avait conçues à mon égard seront dissipées. » Il écrit en même temps au roi de Sardaigne, le priant « de vouloir bien lui permettre d'aborder avec sa famille à Gagliari d'où il adressera directement ses demandes à Londres et où il attendra les réponses de Sa Majesté Britannique pour continuer son voyage. » « J'ai reçu, ajoute-t-il, de l'empereur des Français des passeports pour les Etats-Unis qui équivalent à un ordre de partir et je ne puis pas rester davantage. Je prie Votre Majesté de ne pas repousser ma demande. J'ai des lettres du Saint-Père pour Votre Majesté et pour Sa Majesté la Reine et je m'empresserai de les leur présenter moi-même à mon arrivée. »
Pour porter ces deux dépêches, il n'y a plus à compter sur Tavera, qui a été emprisonné à son retour à Gività; fréter un nouveau bateau est dangereux et cher; il est plus simple de s'adresser à Stamati, qui, de consul de France à Gività, y est devenu commissaire général de marine, et qui a été jadis, ainsi que sa femme, des familiers du palais Nunez. Lucien communique à Stamati les passeports que le ministre de la Police lui a délivrés; il lui annonce la prochaine venue du bâtiment américain que Murât met à sa disposition, et il lui enjoint d'envoyer de suite un parlementaire à Cagliari pour y porter ses lettres. Ce n'est pas un service qu'il demande, c'est un ordre qu'il donne, et « il recommande la plus grande diligence dans son exécution ». Stamati, intimidé par de si grands noms et par le ton d'autorité que prend le Sénateur, cédant à l'ancien prestige, obligé peut-être par des services passés, exécute la commission, mais, ce qui montre qu'il sait être en faute, il garde soigneusement le secret vis-à-vis de ses supérieurs.
Le 21, r Hercule, capitaine Edvard Westh, du port de Salem, ayant dix-sept hommes d'équipage à son bord, entre à Cività, sous l'escorte du cutter de S. M. le roi des Deux-Siciles, l'Achille, de dix pièces de canon et de quatre-vingt-cinq hommes d'équipage. Tout de suite, on embarque les bagages et les caisses. Le 3 août, Lucien quitte Tusculum où Alexandrine a fait ses adieux en vers au tombeau de son fils Joseph-