‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 45 sur 141 · EMBARQUEMENT DE LUCIEN · texte numérisé non relu

EMBARQUEMENT DE LUCIEN

Lucien, mort à l'âge de onze mois l. Le 7, il fait viser par le commissaire général de police les passeports qui lui sont communs avec Mme Bonaparte, sa suite et ses domestiques. Le gouverneur général, Miollis, qui est arrivé de Rome, dès le matin, assiste aux différentes dispositions pour le départ : à quatre heures et demie, tout le monde est à bord : Lucien, sa femme, les six enfants, Lolotte qui a quatorze ans passés, Lili qui en a douze, puis Charles, Laetitia, Jeanne et Paul, s'étageant de sept ans à quelques mois; puis, Anna, la fille qu'Alexandrine a eue de M. Jouberthou; le neveu André Boyer; un secrétaire, Servières, avec sa femme et son fils; le médecin, M. Defrance, qui est l'oncle du général écuyer de l'Empereur; l'aumônier M. Maurice Malvestito, qu'on appelle le père Mau-

1 II me faut donc, ombre chérie, Victime d'un sort rigoureux, Laisser tes cendres en ces lieux D'où m'exile la Tyrannie.

Ennemi de son propre sang, Un persécuteur trop puissant Aveuglément poursuit, accable Les êtres formés dans mon flanc Du poids de sa haine implacable.

Quel délit punit-il en moi?

Comment, en quoi, fus-je coupable?

Un amour tendre et légitime A l'autel m'engagea la foi D'un frère... Hélas ! voilà mon crime!!

Français ! qu'aveugle son bonheur,

Jugez ce qu'un jour pourra faire

Ce Napoléon Empereur

Qui simplement encor magistrat populaire

De la patrie osa bannir

Ses neveux et ce même frère

Qui trop bien a su le servir,

Mais quoi ! etc

rice; un précepteur, nommé Charpentier et le peintre ordinaire. M. de Chatillon. Tout ce monde a plus ou moins déguisé son nom : en domestiques, treize hommes, Corses ou Italiens, et dix femmes, la plupart italiennes. Les autres serviteurs rejoindront avec les équipages.

A cinq heures et demie, sous l'œil bienveillant des autorités, le bâtiment quitte la rade.

Il paraît que la première nuit sur mer fut charmante; le temps était admirable et on célébra par des chants la liberté reconquise; mais, le second jour, le vent s'élève. Voilà le trouble et la terreur dans l'équipage enfantin, pourqui Lucien fut toujours d'une incurable faiblesse. Anna et Lili s'empressent d'allumer les bougies sacrées qui doivent les sauver du naufrage. Charlotte, dans les angoisses du mal de mer, maudit le tyran qui l'exile; la nourrice du petit Paul a si peur qu'elle perd son lait. Cette tempête ou cette bonace sert de prétexte pour relâcher à Cagliari, Lucien eut toujours le projet d'y aller, mais, pour des raisons diverses, il allègue la force majeure. La contrainte écarte l'idée d'une collusion, permet de nier les rapports avec les Anglais, la rupture préméditée du blocus continental, l'infraction décisive aux lois.

De là cette version que Lucien fournit dans ses notes 1 : « Nous forçons presque notre capitaine de relâ-

1 Cette partie est écrite de la main d'Alexandrine.

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