LUCIEN A CAGLIARI
cher en Sardaigne où le vent nous porte. Le capitaine nous résiste parce qu'il craint que son navire ne se trouve compromis par suite de l'embargo que le roi Joachim a bien voulu lever en sa faveur. Il se rassure sur la promesse que je lui fais de le dédommager de la perte de son navire, si on le saisit. »
A l'arrivée à Cagliari, Lucien adresse au ministre du roi de Sardaigne, le chevalier Rossi, la demande de débarquer; elle est repoussée, et M. William Hill confirme en même temps le refus de passeports. « J'étais sur le point, écrit-il à Lucien, d'expédier ma réponse à la lettre dont vous m'avez honoré en date du 16 juillet, quand j'ai su votre arrivée inattendue dans ce port. Dans ces circonstances, je n'ai qu'à vous informer que je ne puis nullement m'intéresser auprès de ce gouvernement pour l'engager de vous donner permission de rester à Cagliari et que, maintenant que vous êtes dans son territoire, je ne saurais faire aucune démarche ; mais je dois vous avertir, Monsieur, qu'en partant d'ici, le moindre risque que vous courrez sera d'être reconduit à Cività-Vecchia ou même à Malte, tels étant les ordres donnés il y a deux ans aux officiers de marine qui pourraient vous rencontrer ».
Lucien s'éveille de son rêve, mais il ne se soumet pas sans une belle défense à la destinée qu'il s'est lui-même préparée. Il veut voir le ministre d'Angleterre, qui se refuse à venir en personne à bord de l'Hercule, mais qui, à diverses reprises, y envoie le secrétaire de sa léga-
tion. Il écrit des lettres au roi de Sardaigne, à la reine, au premier ministre, au prince Koslowsky, ministre de Russie. Il demande qu'au moins on le laisse, pour parlementer, descendre au lazaret. On lui accorde cette faveur, mais la frégate anglaise stationnaire, la Pomone, vient se placer bord à bord de l'Hercule, de façon qu'il ne puisse bouger sans permission. De fait, Lucien est déjà prisonnier.
Le 14 au matin, le navire de S. M. B. la Salsette, ayant à son bord Sir Robert Adair, ambassadeur d'Angleterre à Constantinople, jette l'ancre dans la baie. Le capitaine Barris, de la Pomone, se rend aussitôt auprès de Sir Robert Adair, lui raconte l'incident, et lui dit que, s'il avait rencontré l'Hercule en mer, il l'aurait convoyé jusqu'à son port de départ, conformément aux instructions spéciales données en 1808 par Lord Collingwood et non révoquées ; sur ce point, il n'est donc point d'accord avec M. Hill, lequel va probablement venir consulter l'ambassadeur ; mais il ne manquera pas de se conformer à la décision qu'ils auront adoptée.
M. Hill, fort heureux de mettre sa responsabilité à couvert, arrive bientôt en effet et explique à Sir Robert Adair que, s'il a, en 1808, délivré à Lucien des passeports pour l'Amérique, il a été désavoué par son gouvernement; que, à cette époque, Lord Collingwood a en effet donné l'ordre que, dans le cas où Lucien tenterait de profiter des passeports, il fût ramené à son port de départ ; que lui-même, Hill, a, par une lettre adressée à Livourne, informé Lucien