‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 49 sur 141 · RESISTANCE DE LUCIEN · texte numérisé non relu

RESISTANCE DE LUCIEN

Malte sous l'escorte de la Porno ne ; Lucien ne se rend pas encore; deux de ses enfants sont malades; d'ailleurs, il ne veut point aller à Malte, mais à Cività. Quatre jours passent, où on échange des lettres à l'infini, au moins Lucien, car Hill ayant dit tout ce qu'il doit dire, ralentit ses réponses. Lucien alors s'adresse au capitaine Barris, commandant de la Pomone ; « Je vous requiers, lui écrit-il, de ne point vous opposer à mon retour et d'exécuter les ordres que vous avez reçus de l'Amirauté de me reconduire dans le port d'où je serai parti. On ne peut, ajoute-til, se porter contre moi à aucune violence sans se compromettre vis-à-vis de Sa Majesté Britannique, à laquelle j'ai eu l'honneur d'adresser mes réclamations. » Barris répond, en anglais, qu'il connaît ses ordres, qu'il n'a à entrer dans aucun détail au sujet de leur exécution, qu'il ne saurait avoir de correspondance avec Lucien, mais que en tout temps, il se fera un plaisir de lui montrer tous les égards compatibles avec son devoir. Pour preuve, il met à sa disposition pour soigner les enfants qu'on dit malades, le chirurgien de son bord.

Cette situation ne peut indéfiniment se prolonger : le 22, après avoir adressé de nouvelles protestations au chevalier Rossi, au prince Koslowsky et à M. Hill, Lucien se décide à sortir de la rade. La Pomone est déjà à la voile et attend l'Hercule hors des eaux v. s

sardes; à deux milles de Cagliari, elle l'arrête d'un coup de canon. Le capitaine américain amène aussitôt son pavillon et le premier lieutenant de la Pomone, montant à bord, « dit solennellement en anglais qu'au nom du roi d'Angleterre il fait Lucien prisonnier ». « Nous sommes ainsi, écrit Lucien, victimes du principe : le pavillon ne couvre pas la marchandise. » Des officiers et des soldats anglais sont mis à bord de la prise; d'ailleurs, le capitaine Barris se montre plein de courtoisie et ne fait pas remorquer l'Hercule « par égard pour Madame ».

Le 24, les deux navires arrivent à Malte où, comme l'a prévu Sir Robert Adair, le gouverneur, le général H. Oakes , se montre médiocrement satisfait des hôtes inattendus qu'on lui amène. Il est d'ailleurs fort raide de nature, pointilleux sur ses privilèges, convaincu de son importance et il ne se laisse point manquer — témoin ses démêlés avec les Maltais en 1811. Gomme Lucien prend volontiers le ton de maître, une première entrevue, à bord de la Po?7ione, est orageuse. Le gouverneur signifie à Lucien les restrictions qu'il entend mettre à sa correspondance et il lui assigne pour demeure le fort Ricasoli qu'évacueront les prisonniers de guerre français. Toutefois, comme Lucien proteste, il consent à demander à Cagliari s'il y aura des inconvénients à l'établir à Sant' Antonio, l'ancienne maison de plaisance du grand maître Roh;in.

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