‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 50 sur 141 · LUCIEN ET MARIE-CAROLINE · texte numérisé non relu

LUCIEN ET MARIE-CAROLINE

A peine Lucien est-il au fort Ricasoli que, on ne sait par quelle voie, il fait passera Palerme une lettre pour la reine Marie-Caroline, en la priant de faire parvenir de ses nouvelles à sa mère *. Marie-Caroline répond de Palerme, le 7 septembre, que, « sensible à la marque de confiance que Lucien lui a témoignée, elle prendra tout le soin pour satisfaire à son souhait. » Elle ajoute qu'ayant reçu le duplicata de sa lettre, elle l'adresse au général Stuart « alin que, par un parlementaire, il l'envoie à l'autre rivage ». Après des explications sur les moyens qu'elle emploie pour expédier à destination les messages « ayant une longue distance avec bien des différentes opinions et passions à parcourir », « je mettrai toujours, dit-elle, une vraie satisfaction à faciliter ces communications de sentiments, aussi honnêtes et respectables que ceux d'un fils envers sa mère. Je connais trop ces sentiments pour ne pas m'y intéresser », et elle termine : « Quoique le sort et les cruelles circonstances, tout nous sépare, je prendrai toujours un vif intérêt à votre personne dont le caractère décidé et ferme a toute mon estime; le même intérêt s'étend à Madame votre épouse et à vos enfants ; je leur souhaite à tous bonheur et solide prospérité. »

Rien là n'est pour compromettre, mais la démarche

1 On a prétendu qu'ici la première démarche était venue de Marie- Caroline, laquelle, ayant appris que Lucien était à Malte, lui avait envoyé, à bord d'une frégate sicilienne, sa dame d'honneur la marquise Minutolo, que Lucien avait connue à Madrid, pour lui demander un emprunt de huit millions de ducats ! Trente-quatre millions deux cent quarante mille francs ! Rien de tel dans les lettres.

de Lucien suffit. Le général Oakes n'a pas manqué d'en être instruit, à la fois par Lord Amherst qui réside à Palerme et par le général Stuart qui y commande. Comme, lors de l'entrevue à bord de la Pomone, il a formellement déclaré que « Lucien ne devait correspondre avec aucune personne sans qu'il en eût connaissance », il lui exprime sa surprise qu'il ait manqué à cet engagement et, après lui avoir renouvelé la défense de « continuer à en user ainsi qu'il l'a fait dans cette circonstance », « même, lui dit-il, j'exige votre parole d'honneur que ni vous, ni personne de votre famille ou suite, n'écrive de lettres sans les soumettre à la restriction susdite, afin que je ne sois pas obligé d'avoir recours à des mesures qui m'affligeraient autant qu'elles vous seraient désagréables à vous-même. »

Lucien commence par protester : il n'a pas donné sa parole, il n'est pas prisonnier de guerre; le seraitil, ce n'est pas une raison qui autorisât qui que ce fut à lui manquer. Il en appelle à Sa Majesté Britannique, laquelle ne peut tarder de « mettre fin aux traitements qu'il éprouve et qui sont si peu conformes aux principes d'une nation qui a toujours donné un asile généreux aux proscrits illustres au lieu de leur imposer des restrictions aussi sévères et d'y ajouter des menaces » ; pourtant, à la fin, il se calme, il donne sa parole d'honneur de ne point écrire d'une façon subreptice, quoique, « l'ambassadeur de S. M. B. lui ayant offert par écrit la Pomone pour l'escorter et lui ayant promis qu'il y serait traité

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