OPPOSITION DES BONAPARTE
lcment d'une petite Allemande sans consistance, ou d'une Russe dépaysée, que d'une Autrichienne, qui ne peut manquer de trouver à la Cour, parmi les gens d'ancien régime qui y affluent, quantité de partisans, de soutiens et de conseillers. Ils n'ont qu'à se louer de Catherine de Wurtemberg et ils peuvent imaginer qu'une grande-duchesse sera telle que sa cousine, portant dans les rapports de famille aussi peu de morgue, autant de bonne grâce, môme de facilité, usant comme elle de petits noms d'amitié, embrassant les querelles de chacun, et se mettant à l'unisson de tous. La Saxonne présente de pareils avantages; de plus, elle est catholique, ce qui importe à quelquesuns ; mais, celle qu'il faut écarter à tout prix, c'est l'Autrichienne. Tout en elle est pour inquiéter sans que, par aucun côté, l'on trouve à se rassurer à son sujet. Nul doute qu'elle ne porte en France la hauteur allicrede sa maison, qu'elle ne subisse les anciennes liaisons des Autrichiens avec les Beauharnais, qu'elle ne favorise les serviteurs de sa tante, qu'elle n'établisse à la Cour un système d'étiquette qui abolira les privilèges de la Famille, qu'elle ne lire l'Empereur de son côté et ne prenne, pour elle et ses protégés, l'influence et ses revenants-bons.
Les questions de politique pure telles qu'aurait pu les envisager la Famille royale, dans la monarchie ancienne, ne pèsent ici d'aucun poids. 11 ne s'agit point, pou ries Bonaparte, de savoir si u ne telle alliance, néfaste pour les Bourbons, ne l'est pas davantage encore pour une dynalie nouvelle; si une telle tenta-
tive pour réconcilier la Révolution, dont, malgré luimême, Napoléon demeure en Europe, l'incarnation, avec l'ancien régime en sa représentation la plus authentique et la mieux qualifiée, ne doit pas forcément aboutir à l'énervement, sinon à la dissolution de la puissance impériale ; si les vingt années écoulées, le drame de la Place de la Révolution, une guerre non interrompue, des désastres sans exemple, la perte de dix provinces, l'abandon forcé de la couronne de Charlemagne ne rendent pas, avec l'Autriche, toute paix précaire et toute réconciliation mensongère; si, par suite, ce n'est pas là un piège que tend la fourberie autrichienne à l'ambition et à la vanité de l'Empereur ; il s'agit d'abord , pour eux, de questions personnelles, d'intérêts privés et de rivalités d'influence. Ils croient les Beauharnais fort bien avec l'Autriche et ils s'y croient fort mal ; ils sont convaincus qu'ils auraient, en ce qui les touche, à souffrir d'une Archiduchesse et ils ne voient pas plus loin. Des filles, Caroline pourrait avoir des raisons de se rassurer, mais elle préfère n'en rien dire à sa famille, surtout à son mari : mieux vaut, pour le moment, se taire sur M. de Metternich.
Las d'attendre et désireux de prendre position pour le cas où la réponse de la Russie serait négative ou tout le moins dilatoire, l'Empereur a convoqué aux Tuileries, le 28 janvier, un conseil des grands dignitaires et des ministres et il met en délibération laquelle des trois