‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 64 sur 141 · ARRIVEE DE LOUIS A PARIS · texte numérisé non relu

ARRIVEE DE LOUIS A PARIS

mettre en garde contre des surprises qu'il redoute. En confiant à ses ministres, l'administration du royaume durant son absence, il leur donne, sous forme de décret, des instructions qu'il s'efforce de rendre précises et circonstanciées, mais qui, s'il les entend luimême, doivent être pour eux singulièrement difficiles à interpréter : au cas, dit-il, où l'on voudrait introduire des troupes étrangères dans le royaume, sans un ordre spécial de ma part, « le Conseil devra protester de la manière la plus formelle... et, en cas qu'on voulût entrer malgré sa protestation, le Conseil devra se conduire de la manière la plus propre à ménager nos intérêts et à éviter tout ce qui pourrait compromettre l'indépendance de notre royaume de quelque manière et sous quelque forme que ce soit. » Ainsi, le Conseil ne devra, sous aucun prétexte que ce puisse être, admettre des troupes étrangères dans aucune place forte du royaume, mais il protestera, et il demandera et attendra les ordres du roi : toutefois, « il se tiendra à des mesures purement défensives sans se permettre des mesures hostiles ». Celles-ci ne sont autorisées que pour empêcher l'occupation delà capitale, encore sous une forme si peu militaire qu'elles en deviennent puériles. 11 est d'ailleurs interdit de rien changer aux emplacements de l'armée, ce qui rend toutes les recommandations illusoires.

Louis se défie à tel point de lui-même, de sa volonté, de la résistance qu'il est capable d'opposer à l'Empereur, qu'il convient de signes secrets pour valider ou invalider les ordres qu'il enverra à ses

ministres. Sera non avenu tout ordre qu'il n'aura pas signé de son nom en hollandais — Lodewijk — précédé de quelques mots en hollandais et accompagné de la devise autographe : Dw wel en zie niet om.

A son ministre Van der Heim, auquel il laisse la présidence du Conseil, il adresse des instructions encore plus amples où il prévoit tous les cas qui peuvent se produire et y donne des solutions à sa guise. Ainsi, à ceux qui pourraient tenter de pénétrer par force dans Amsterdam et les lignes, « on signifiera, dit-il, qu'ils seront responsables des conséquences, et on leur fera connaître que je ne le veux point, quon en ail la certitude, et des ordres que j'ai donnés à cet égard. » Et il souligne.

Dans ces conditions, étant donné l'état d'inquiétude où il vit, prévoyant on ne sait quelles contraintes, quelles violences, quelles tortures, préparant ainsi des alibis à sa faiblesse et préméditant des excuses à ses défaillances, pourquoi désire-t-il venir à Paris? Pourquoi sollicite-l-il d'y venir? Est-ce uniquement dans le but d'obtenir de l'Empereur des concessions qu'il estime d'avance si peu probables qu'il n'agirait pas autrement s'il allait se rendre à son pire ennemi? Non, s'il n'avait que ce mobile, il se garderait bien de quitter ses Etats, mais c'est que, si l'amour delà Hollande tient une grande place dans son esprit, la haine contre Ilortense n'y est guère moins forte et que, instruit

Page 1