SES ORDRES A SES MINISTRES
des projets de divorce, il espère obtenir de l'Empereur, lui aussi, l'autorisation de divorcer, ou du moins, puisque le divorce n'est point admis pour les princes impériaux par le Statut de famille, de se séparer à jamais de sa femme.
Pour marquer que tel est son dessein, il fait préparer ses appartements à l'hôtel de son ambassadeur et il en avertit Jérôme qui est déjà rendu à Paris; Jérôme prend les ordres de l'Empereur et, pour éviter un scandale, il expédie aussitôt à Louis, par un courrier qui l'atteint après Pont-Sainte-Maxence, l'invitation impériale de descendre à l'hôtel de la rue Cerutti où loge la reine. Sur cette lettre, Louis renonce à son premier projet et, par une apparente concession qui aggrave l'offense, il se fait conduire chez sa mère, à l'hôtel de Brienne. Il y arrive le 1er décembre. Gomme sa suite se compose de son ministre des Affaires Etrangères, Roëll, de sept officiers, trois maîtres d'hôtel, trois cuisiniers, cinq valets de chambre et six valets de pied, Madame, quoiqu'elle ne résiste point à prendre ainsi ouvertement parti contre sa belle-fille, ne peut loger chez elle ces vingtquatre personnes. Elle fait donner aux grands officiers les chambres de ses domestiques; les autres serviteurs se dispersent dans les auberges du voisinage, mais le roi, qui d'ailleurs porte partout avec lui son mobilier de chambre à coucher , se trouve fort à son gré, étant séparé de sa femme par la Seine.
Il vient aux Tuileries où sa première entrevue avec son frère est du genre amical; il assiste ensuite, à Malmaison, à la fête que Joséphine offre au roi de Saxe et prend sa place à l'ordinaire. La reine, qui a mieux que lui le sentiment des convenances et qui évite avec soin de se donner des torts, lui fait la première visite, accompagnée de son chevalier d'honneur et de la seule dame hollandaise qu'elle ait à Paris, Mme Harel. Louis reçoit les corps constitués qu'il ne trouve ni assez empressés, ni assez nombreux ; il échange les politesses obligées avec les souverains étrangers et avec les membres de la Famille. Par ceuxci qui, la plupart, ont pris parti pour lui, des avertissements lui arrivent. Julie lui dit : « Si vous craignez l'incorporation, vous avez bien mal fait de venir ici ». Il s'en met d'autant mieux sur ses gardes.
Au reste, il n'en a que faire : dès la seconde audience qu'il a aux Tuileries, l'Empereur lui expose franchement ses projets : Il veut l'annexion de la Hollande; il offre à Louis, soit de vivre comme prince français en France ou ailleurs, soit de recevoir un autre royaume en Allemagne. Reste la façon dont se fera l'annexion : par son abdication ou par une déclaration de guerre? En ce dernier cas, nul ménagement. Et, Fontanes étant présent, sans s'occuper de lui, l'Empereur dit : « La Hollande est entièrement une colonie anglaise et plus ennemie de la France que l'Angleterre elle-même... Je veux manger la Hollande ! »
Cela n'est encore que du particulier, mais, à l'ou-
verture du Corps législatif, l'Empereur va manifester ses desseins. Louis n'en soupçonne rien; en sortant du cabinet de l'Empereur, il rencontre Ségur, le grand maître des Cérémonies, qui lui dit d'un air assez embarrassé : « Votre Majesté ne veut donc pas être de la cérémonie. — Pour refuser, répond-il, il faudrait au moins être engagé et je vous préviens que je n'en sais quelque chose que par ce que j'ai ouïdire ». Ne recevant pas d'invitation pour accompagner l'Empereur en sa qualité de prince français et de grand dignitaire, il pense aller dans la tribune avec les rois, de Saxe et de Bavière, mais il est heureusement averti par plusieurs de la Famille, auxquels l'Empereur a lu son discours, qu'il y sera fortement question de la Hollande. Il reste donc chez lui et fait bien, car quelle serait son altitude lorsque l'Empereur prononce cet arrêt qui semble sans appel : « La Hollande placée entre l'Angleterre et la France en est également froissée. Elle est le débouché des principales artères de mon empire ; des changements deviennent nécessaires ; la sûreté de mes frontières et l'intérêt bien entendu de mon empire l'exigent impérieusement. »
Le 3, Louis n'assiste ni au Te Deum, ni au Banquet des Tuileries, mais, le 4, il se rend au bal et au Banquet de l'Hôtel de Ville. Le 5, il a une nouvelle audience de l'Empereur qui lui signifie qu'il ait à abdiquer et que quarante mille soldats français ont ordre d'entrer en Hollande pour en opérer la réunion au Grand-Empire. Atterré, il ne répond rien, mais, v. 10
le 6, dès le matin, il fait demander au ministre des Relations extérieures de se~rendre chez lui et il a avec lui un long entretien. « Il est dans un abattement voisin du désespoir. » Ce n'est pas la perte de son trône qu'il déplore : il y a subi tous les soucis, toutes les inquiétudes, sans parler de l'isolement, du mauvais climat, des atteintes à sa santé; il en descendrait volontiers, pourvu que l'Empereur y plaçât soit la reine, soit toute autre personne investie de sa confiance. C'est uniquement dans l'intérêt de la France, dans l'intérêt de l'Empereur qu'il demande la conservation de l'indépendance nominale qui a été laissée à la Hollande. Les Hollandais ont fait et feront tous les sacrifices pour la conserver, tandis que l'annexion exciterait un mécontentement général. Sans doute, on se soumettrait à la force; mais ce serait l'exode des capitaux, la suppression de toute industrie et la France serait la première à en pâtir. Au prix de tout son sang, il voudrait détourner tant de maux : il offre donc, si l'Empereur consent qu'il règne encore, toute garantie que la Hollande marchera dorénavant dans le système de la France ; il propose de céder toute la rive gauche de la Meuse, se bornant à espérer que l'Empereur lui donnera en Allemagne une compensation telle que le grand-duché de Berg. Que l'Empereur mette près de lui un agent chargé de l'avertir de tous les actes de son administration qui seraient contraires au système, il se conformera scrupuleusement à ses indications. Il annulera toutes les modifications qu'il a apportées au tarif