‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 66 sur 141 · OFFRES DE LOUIS · texte numérisé non relu

OFFRES DE LOUIS

des douanes; il rapportera ses décrets sur la noblesse, tous les décrets qui ont pu déplaire à l'Empereur ; sauf la banqueroute et la conscription, il est prêt à tout accepter. Au reste, il va rédiger en forme ses propositions qui seront remises par son ministre des Affaires étrangères et son ambassadeur, et il supplie que l'Empereur n'adopte aucun parti avant de les avoir reçues.

Il se fait toutefois peu d'illusions. Ce même jour, il écrit à ses ministres : « Le moment est très critique pour votre chère patrie... Le procès est presque perdu; cependant, j'ignore encore si, au moyen de grands sacrifices, on ne saurait pas conserver notre existence... Tout n'est pas encore fini, mais c'est presque désespéré. Je n'en dis pas davantage, je suis trop oppressé. Plaignez votre pays, mais plaignez aussi ma bizarre et cruelle destinée. »

Par cette lettre, il annonce encore que, « à moins qu'il en soit empêché par la force, il viendra être témoin d'un événement qui fera le malheur du triste reste de sa vie. » C'est là, vis-à-vis de l'Empereur, sa meilleure carte; car c'est ce. scandale que Napoléon veut éviter à tout prix ; il n'a appelé son frère à Paris qu'afin d'éviter un conflit entre Louis et les troupes d'invasion, et de légitimer l'annexion par une abdicacation qu'il se croyait sûr d'imposer. Le retour de Louis en Hollande est le seul argument, la seule menace qui, dans une mesure, puisse le faire reculer. Aussi Louis la tient en réserve et, pour le moment, ne montre rien qui puisse la faire pressentir, car,

pour la mettre à exécution, il sent bien qu'il devra s'évader, échapper à une surveillance qui, encore occulte, n'en est pas moins active. Il fait donc aussi bon visage qu'il peut et dissimule, attendant que quelque circonstance le tire de presse et espérant que ses propositions finiront par être agréées.

Il a fort à faire, car les attaques se multiplient : le 14, au Corps législatif, le ministre de l'Intérieur, dans l'Exposé de la situation de l'Empire, développe d'une façon cruelle le passage du discours de l'Empereur : « La Hollande, dit-il, n'est réellement qu'une partie de la France ; ce pays peut se définir en disant qu'il est l'alluvion du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut, c'est-à-dire des grandes artères de l'Empire. La nullité de ses douanes, les dispositions de ses agents et l'esprit de ses habitants qui tend toujours à un commerce frauduleux avec l'Angleterre, tout a fait un devoir de lui interdire le commerce du Rhin et du "VYeser. Froissée ainsi entre la France et l'Angleterre, la Hollande est privée et des avantages contraires à notre système général, auxquels elle doit renoncer et de ceux dont elle pourrait jouir : il est temps que tout rentre dans l'ordre naturel. »

« Eh bien ! dit l'Empereur à Louis, le lendemain, vous avez lu le discours de mon ministre de 1 Intérieur. Vous n'y aurez trouvé autre chose que dans le mien du 3 de ce mois. — Pardonnez, Sire, répond Louis, j'y trouve que la Hollande n'est réellement qu'une partie de la France ; d'après cela et ce qui suit, surtout d'après l'expression que « tout doit ren-

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