‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 67 sur 141 · NOUVELLE ATTAQUE DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

NOUVELLE ATTAQUE DE L'EMPEREUR

trer dans Tordre naturel », je vois que le sort de la Hollande est décidé. — Ecoulez, interrompt Napoléon; j'avais cru d'abord ne prendre que ce qui est situé sur la rive gauche de la Meuse, mais, en y réfléchissant, je vois que cela n'arrangerait pas nos affaires ; je ne pourrais jamais vous laisser tranquille, car, tôt ou tard, je veux la réunion. Aussi vaut-il mieux que je la fasse maintenant. J'ai besoin d'une grande côte pour faire la guerre à l'Angleterre, je la veux, par conséquent, jusqu'au Weser. — Pourquoi pas jusqu'à l'Elbe ? dit Louis; pourquoi ne pas vous rendre maîlre de Hambourg? — Je n'ai pas besoin de tout cela, répond l'Empereur. Le ministre de France sera en réalité président du sénat et cela suffit pour atteindre le but. »

La condamnation semble formelle et pourtant, dans ce que son frère vient de dire, Louis, habitué à ses « finesses », démêle que ce n'est point sans dessein qu'il a lâché l'idée de la rive gauche de la Meuse : sans doute, il y a porté tout de suite des correctifs, il a affirmé la nécessité de la réunion, mais c'est présenter le pire, pour paraître ensuite accorder une grâce. On pourra, si l'on joue bien, le contenter avec cela. Seulement, devant Napoléon, Louis a gardé cette idée pour lui, et, plus il a affecté de calme, plus il a dissimulé ses sensations, plus, en sortant de l'audience, ses nerfs sont agités ; le soir, quand il écrit à ses ministres, sa lettre est indéchiffrable. « Pourtant, il est trop ému pour avoir la patience de se servir d'une autre main. » Il voit que l'Empereur veut au moins le Brabant et

laZélande sans donner rien en échange; s'il obtenait le grand-duché de Berg, il se résignerait, mais, sans compensation, il ne cédera pas la moindre partie du territoire. Il craint qu'on fasse avancer les troupes, qu'on l'empêche lui-même de se rendre à Amsterdam. « Toutefois , dit-il à ses ministres, investis de ma confiance, de la plus grande partie de mon pouvoir, vous devez agir pour moi comme votre conscience vous dira que je devrais me conduire pour l'honneur et la conservation de votre pays si j'étais présent. » Cela est peu clair : d'ordre positif, un seul, celui d'éloigner d'Amsterdam les 3e et 4e compagnies des gardes du corps, composées de Français.

Est-ce, de sa part, une malice à l'égard de ses ministres ? Les prépare-t-il ainsi à l'abandon qu'il fera de la rive gauche de la Meuse? Espère-t-il encore emporter le grand-duché dévolu à son fils et penset-il qu'en déclarant qu'il ne cédera rien sans compensation, il se met à l'aise vis-à-vis de son serment constitutionnel de maintenir l'intégrité du royaume? Cette rive gauche de la Meuse, c'est lui qui l'a offerte à Champagny et, lorsqu'il lui semble que l'Empereur l'accepte, comment, vis-à-vis de ses ministres, veut-il se montrer intraitable? De fait, il n'est sincère vis-àvis de personne, peut-être même pas vis-à-vis de luimême ; il veut se couvrir à ses propres yeux, comme aux yeux des Hollandais, et, au lieu d'avouer le désastre, il croit opportun de finasser.

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