LA SEPARATION
Aussi bien, ce jour est le 15 décembre. Louis vient d'assister à la cérémonie du divorce. « Il avait voulu d'abord, a-t-il écrit, y refuser son consentement » qui en vérité était surérogatoire, mais, ensuite, fort à tort, il y a vu un pont pour lui-même. Il a donc tout écoulé et signé sans observation et, lorsque l'Empereur se rend à Trianon, il l'y suit et y séjourne. Sans doute compte-t-il y obtenir cette compensation de Berg dont il est si avide, mais surtout il espère y avancer l'affaire de sa séparation.
C'est d'une simple formalité qu'il s'agit. L'Empereur, reconquis par sa famille, délivré des Beauharnais, divorcé de Joséphine, ne peut faire moins que lui donner raison. Madame en est certaine et, par avance, en a envoyé la bonne nouvelle à Lucien. Pauline en est ravie, les autres attendent.
Si Louis appliquait aux choses extérieures un peu de cette attention qu'il concentre sur lui-même, il comprendrait que le moment est mal choisi. Outre qu'il se montre peu généreux en accablant une femme déjà si éprouvée, comment ne sent-il pas que l'Empereur a inspiré la lettre qu'il a reçue de Jérôme à Pont- Sainte-Maxence, comme la visite qu'il a eue d'Hortense à l'hôtel de Brienne ; que, par ces deux actes significatifs, Napoléon a marqué ses intentions et que ce n'est pas dans le temps où il doit tant à Ilortense qu'il prendra parti contre elle? Ne vient-il pas de lui donner une preuve formelle de sa bienveillance en la nommant, le 16 décembre, princesse protectrice des Maisons-Napoléon? Mais Louis ne sait rien voir; et le
17, de Trianon même, il adresse à l'Empereur cette lettre :
« Sire, je supplie votre Majesté d'approuver ma séparation avec la reine, ma femme. Je propose de lui céder, pour ce qui lui est nécessaire, l'hôtel qu'elle habite et 500 000 francs annuels sur ma liste civile. Je demande de votre justice de conserver mon fils aîné auprès de moi et que la reine conserve le plus jeune. Je vois, dans le Statut de famille, que le Conseil de famille est nécessaire. Je supplie Votre Majesté de daigner donner ses ordres au prince archichancelier. »
Nul motif allégué, nul grief formulé : c'est une chose toute unie qu'il demande, un enregistrement, non un débat. Durant quatre jours, l'Empereur laisse la lettre sans réponse. On peut croire qu'il n'est pas sans faire parler, sans parler lui-même à Louis, mais il n'a rien gagné et, le 21, il inscrit sur la requête : « Renvoyé au prince archichancelier par ordre de l'Empereur. »
Le 22, il donne ses ordres à Cambacérès; celui-ci convoquera, pour le dimanche 24, à quatre heures du soir, daus la Salle du trône, au palais des Tuileries, le Conseil de famille qu'il est chargé de présider., et qui, aux termes de l'article XXXIV du Statut de famille, se composera d'un prince de la Famille désigné par l'Empereur — ce sera le roi de Westphalie — de celui des princes grands dignitaires qui a le premier rang d'ancienneté — on prend Murât — du doyen des