‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 69 sur 141 · LE CONSEIL DE FAMILLE · texte numérisé non relu

LE CONSEIL DE FAMILLE

maréchaux d'Empire — l'Empereur nomme le duc de Conegliano — du chancelier du Sénat (Laplace) et du président de la Cour de Cassation (Muraire). Le grand juge, ministre de la Justice, Régnier, duc de Massa, remplira les fonctions de ministère public et le secrétaire de l'Etat de la Famille impériale, Regnaud de Saint-Jean d'Angely, tiendra la plume,

Le 23, l'archichancelier écrit à la reine de Hollande pour demander à être admis à l'entretenir, à lui communiquer la lettre du roi et à recevoir ses observations. Hortense, qui est à Malmaison, lui fait répondre, par le comte de Ségur, qu'elle sera à Paris le 24, à cinq heures du soir, et qu'elle le recevra alors. C'est une habileté qui ne peut manquer de lui avoir été inspirée : ainsi défére-t-elle aux injonctions du conseil; et, la séance étant pour quatre heures — ce qu'elle ne peut ignorer — elle aura esquivé de prendre position, soit pour accuser son mari, soit pour se justifier elle-même, pour accéder à la demande de Louis, ou pour y défendre. Si elle produisait une justification, ce ne serait qu'en exposant ses griefs et en acquiesçant à la demande de séparation, ce qui lui ferait tout perdre; si elle s'opposait à la séparation, que pourrait-elle faire, sinon réintégrer le domicile conjugal et obliger Louis à la recevoir, ce qu'elle prétend éviter à tout prix? Elle garde donc le bon rôle en s'en remettant à la volonté de l'Empereur, qui d'ailleurs, selon l'article VIII du Statut, reste maître de la décision.

Les intérêts qu'Hortense a à ménager sont si complexes et si contradictoires qu'elle ne saurait adopter une conduite meilleure. Quoi qu'elle en dise, elle se plaît, sinon à être reine de Hollande, du moins à être reine tout court, à en porter le titre et à en recevoir les honneurs; elle ne veut point, surtout en ce moment, en perdre la dignité et donner aux Bonaparte cette nouvelle victoire. En même temps, elle hait la Hollande et prétend n'y point retourner; elle a l'horreur du mari qu'on lui a imposé et elle ne consent pas à vivre avec lui; mais, de ce mari, elle a deux enfants qu'il est en droit de réclamer et qu'elle entend conserver. Si elle échaufferait volontiers l'hôtel de la rue Cérutti qui appartient à ce mari, pour un des palais du faubourg Saint-Honoré qui donnent sur les Champs-Elysées, elle n'a nulle envie d'abandonner Saint-Leu où elle a pris ses habitudes et où elle se plaît. Louis qui est tout à la Hollande peut faire fi de ces attaches; Hortense qui a su en faire un des agréments de sa vie, sent combien sont forts et résistants ces liens que tresse la communauté d'intérêts et de fortune, et, qui, à défaut de la sympathie, en dépit même des contrariétés de caractères, arrêtent tant de ménages désunis lors d'une définitive rupture.

Vu l'abstention d'IIortense, le Conseil de famille n'a à délibérer que sur une seule pièce, la demande de Louis. Jérôme qui prend le premier la parole, a déjà, comme on l'a vu, témoigné à son frère qu'il était nettement hostile à une séparation. On peut croire

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