‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 70 sur 141 · LE CONSEIL DE FAMILLE · texte numérisé non relu

LE CONSEIL DE FAMILLE

qu'il est encore l'interprète de l'Empereur lorsqu'il dit : « Pour donner un avis sur la demande du roi de Hollande, il faudrait connaître ses motifs et il ne les a pas exposés. Le Conseil ne peut donc en ce moment émettre une opinion sur une détermination dont les causes ne sont pas indiquées. Mais, quels que puissent être ces motifs, je ne crois pas qu'ils puissent suffire à justifier l'idée de séparation. L'esprit du Statut de famille me semble être surtout de donner à la femme, dans la possibilité d'une séparation, une garantie contre des actes violents ou offensants de la part de son mari. Dans la circonstance présente, au contraire, c'est l'époux qui réclame la séparation; l'épouse paraît y consentir seulement. L'époux n'a pas d'intérêt individuel à obtenir la séparation. Elle ne ferait qu'assurer une habitation distincte à chacun des époux : ils peuvent l'avoir sans autre formalité que leurs volontés réciproques. La dissolution de la communauté ne peut avoir lieu, puisque, malgré la séparation, les conventions matrimoniales subsistent, selon l'article XXXIV du Statut de famille. La séparation de corps pouvant cesser par la volonté commune des époux, ils peuvent se rapprocher, et des enfants peuvent naître encore. Ainsi, l'époux est sans intérêt personnel, mais l'intérêt commun de la dynastie et de la Famille s'oppose à la réalisation de son projet. Il compromet dans l'opinion le respect que les peuples doivent toujours conserver pour les souverains et que toute division dans les familles altère toujours. Il appelle les regards des sujets sur l'inté-

rieur des palais des princes, sur leurs rapports de famille, et un grand intérêt politique peut seul justifier une pareille détermination. Il n'en existe aucun. Il en existe un contraire. 11 faut donc d'abord que Sa Majesté le roi de Hollande fasse connaître les raisons de sa demande pour que le Conseil puisse émettre son avis ; secondement, que des membres du Conseil représentent à Sa Majesté tous les motifs qui doivent la porter à se désister d'un projet qui, sans changer avantageusement pour elle sa situation présente, compromet les intérêts de sa famille et de la dynastie dont il est membre. »

On croit entendre l'Empereur et, en effet, c'est lui qui parle. Murât s'empresse d'insister sur les inconvénients qui résulteraient de la séparation pour la Famille impériale ; Régnier, qui parle ensuite comme ministère public, conclut à des démarches préalables non seulement à tout avis, mais même à la communication officielle à la reine de la demande du roi, et, de ces démarches, seront chargés les rois de Westphalie et de Naples. Tel est l'avis unanime du Conseil, adopté « sous le bon plaisir de Sa Majesté ».

C'est donc pour Louis l'avortement d'un dessein longuement médité, où il a attaché ses espérances de bonheur futur, et pour lequel il croyait n'avoir à redouter aucune contradiction : Sans doute, peut-il reprendre son instance et énumérer des griefs — mais quels ? Il n'en a point de formels qu'il puisse invoquer et c'est là sans doute la meilleure apologie qu'on

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