OPPOSITION DE MURAT
qu'elle trouve par surcroît, sur le trône môme de l'Empereur et dans son lit, une alliée certaine de se faire écouter ? Plaidant ainsi pour lui-même, Murât pourtant, avec sa gasconne rouerie, ne laisse point échapper un mot qu'on puisse croire soufflé par ses préoccupations personnelles? Il ne prononce pas le nom de Marie-Caroline; il résiste à évoquer les proclamations de Nivôse an XIV où Napoléon flétrissait « la trahison de celte femme criminelle qui, avec tant d'impudeur, a violé tout ce qui est sacré parmi les hommes » ; il ne rappelle même pas quel sang coule dans les veines de l'Archiduchesse, quels lurent à son baptême son parrain et sa marraine, de qui elle tient ces noms de Marie-Louise qui évoqueraient, si l'on avait un peu d'histoire, la reine et le roi décapités. Aussi fait-il illusion à beaucoup, s'il ne le fait pas à l'Empereur, et le prend-on, dans le Conseil même, pour l'interprète de la Famille tandis qu'il est d'abord son propre avocat.
Aussi bien, pour épouser une Russe, faut- il qu'il s'en présente une, et Napoléon qui n'a provoqué celte assemblée que pour préparer l'opinion au revirement auquel il pourrait cire contraint, se trouve, dix jours plus tard, en face de la situation qu'il a prévue : des trois princesses entre lesquelles il se vantait de choisir, une seule reste et, pour couvrir l'échec que la Russie va lui infliger, il n'a qu'un moyen, c'est la gagner de vitesse, déclarer qu'il a librement préféré l'Autri-
chienne, signer sur l'heure le contrat — que l'ambassadeur ait ou non des pouvoirs — et opposer ainsi à la Russie le refus qu'elle-même a fait si longtemps attendre.
Eugène est employé à rechercher Schwarzenberg, à le trouver et à le convaincre. C'est une satisfaction que Napoléon donne parla aux Beauharnais, auxquels il croit attirer en même temps la gratitude, au moins la bienveillance de la future impératrice.
Reste à rassurer Murât, ou plutôt Caroline ; car si, pour celle-ci, Napoléon garde une faiblesse fraternelle, de celui-là, de ses prétentions, de ses déclarations et de son amour, il est excédé. Caroline est inquiète, elle souhaiterait des garanties, mais elle n'est point si sotte que de les demander et d'importuner de ses plaintes. Elle n'ignore pas que le moyen de se faire bien voir et, par là, de tout obtenir, est de plaire à son frère en se conformant à ses goûts, et elle y excelle. Dans l'Elysée, qu'elle persiste à occuper au grand déplaisir de Joséphine, elle donne des bals qui font sensation par la splendeur des décorations, la richesse des costumes, l'abondance des buffets, le nombre des invités; e^e met en train des fêtes chez les ambassadeurs et les ministres; elle organise des quadrilles, les dirige et les danse. Cela agrée à l'Empereur qui veut que les Parisiens bavardent, que les commerçants gagnent, que la Cour s'étourdisse. Et Caroline est partout, réglant les plaisirs, suivant les