CAROLINE RASSUREE
chasses, assistant aux spectacles, présidant aux petits voyages, toujours gaie et de belle humeur, toujours prête et disposée, qu'il s'agisse d'aller à Grignon ou de partir pour Rambouillet. Elle entre dans les idées de l'Empereur, danse s'il lui plaît, organise des petits jeux s'il lui convient, et elle porte partout sa jolie ligure, son air riant, ses manières de cour, sa fraîche et résistante beauté, toujours pareille malgré les levers matineux et les couchers tardifs. Elle plaît ainsi d'autant mieux à Napoléon qu'elle le distrait davantage et qu'elle ne demande rien, alors qu'elle doit être la plus inquiète. Pour la rassurer, quelle marque plus haute de confiance et de tendresse à lui donner que la mission d'aller recevoir la future impératrice et la ramener dans un triomphal voyage à travers l'Europe et l'Empire. C'est Caroline qu'il charge de la corbeille et du trousseau. Elle seule choisira le linge, les dentelles, les cachemires, les robes, les éventails, et la dame d'atours ordonnancera seulement les factures; elle seule présidera à la remise, dirigera les étapes du retour, réglera tout et en rendra compte ; elle recevra, aux côtés de l'Impératrice, les fêtes offertes par les rois vassaux et par les corps des Bonnes villes ; dans le long voyage tète à tète, elle donnera à sa belle-sœur ses premières impressions sur l'Empereur, ses premières notions sur la Cour et elle s'insinuera en amie et en confidente près de la jeune fille dont elle aura éveillé ainsi l'esprit sur les choses et sur les êtres.
Sans doute, en Europe, pourra-t-on trouver étrange
que l'Empereur impose à sa fiancée, comme eompng-ne el directrice, celle-là môme <]iii usurpe le Irône de sa grand'mère el qui se pare comme elle du litre 'le reine des Deux-Sicilps; mais, dès qu'on [)!*êtetil suivre jusqu'au moindre détail les formes du mariage de Marie- Anloinelle, ne faut-il pas une princesse <le la Maison de France pour jouer le rôle que remplit alors la princesse de Lambalie et si, dans la Famille, les femmes sonl en nombre, chaque nom ne soulèvet-il pas d'aussi pressantes objections? Il ne saurai! èlre question de Julie, si peu faite pour les fonctions de la Cour, si dédaigneuse des choses d'éliquelle et toujours malade. Eiisa est en llalie, enceinte de quatre à cinq mois, et se disposant assez péniblement pu voyage de Paris. D'ailleurs, oulre que Napoléon ne l'aime point, il y aurait en ce moment des raisons majeures pour qu'elle parût moins agréable encore que Caroline : ne vient-elle [tas d'obtenir la réunion à son domaine de Lucques de deux millions de biens, situés dans le canton de Carrare, qui appartiennent à l'Archiduchesse Béatrice, mère de l'impératrice Maria- Ludovica, la belle-mère chérie de Marie-Louise '? A Pauline nul ne pense; Calherine est à Cassel : reste Ilorlensc, et son nom a élé prononcé; mais c'était tout de suile après le divorce, au temps, déjà passé, de la friande faveur des Reaubarnais, lorsque Napoléon complaît établir des liens intimes enlre l'épouse passée et l'épouse future. Quel rôle d'ailleurs, pour la fille de l'Impératrice répudiée, d'amener la rivale de sa mère au lit de son père ado util'! Il n'y a donc que