‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 73 sur 141 · LUTTE SUR CHAQUE ARTICLE · texte numérisé non relu

LUTTE SUR CHAQUE ARTICLE

dan t sur-le-champ, sans discuter, avec l'apparence de la bonne grâce et l'exlérieur de la bonne foi, en le prenant au mot en quelque sorte, car, à chaque instant, Napoléon peut revenir sur ce qu'il appelle ses concessions — et qui l'est en effet, étant donné son état d'esprit. Chaque jour amène un incident qui provoque ses colères ; chaque jour, il donne la preuve qu'il se repent de n'avoir pas suivi sa première idée et prononcé l'annexion pure et simple. Et, non content de discuter chaque article, Louis prend des mesures de défense : il écrit à ses ministres que, en vue de l'entrée possible, sur le territoire hollandais, des troupes françaises, ils doivent désigner « des officiers supérieurs de la plus grande confiance et intelligence pour stationner dans les endroits les plus proches des frontières » et arrêter les Français par tous les moyens de persuasion jusqu'au retour du courrier qui lui sera expédié; on ne résistera pas de vive force, mais on remettra des protestations en forme ; les administrations resteront, mais elles ne fourniront rien qu'à la dernière extrémité ; la garde et le cinquième régiment d'infanterie, avec les autres troupes sûres, seront dirigés sur Amsterdam et y seront cantonnés ; dès que les Français auront pénétré, on prendra toutes les mesures pour la sûreté de la Banque, même, s'il le faut, « en réalisant l'argent », son intention étant, dans ce cas que, « s'il est impossible de la dissoudre, elle soit mise au moins hors de toute atteinte », c'està-dire qu'elle soit évacuée en Angleterre.

Telles sont ses intentions et, néanmoins, le 1er janvier 1810, il est, à dix heures précises, en grand costume complet, dans la Salle du trône, aux Tuileries ; il présente à l'Empereur ses hommages et ses vœux et il assiste à toutes les cérémonies. Napoléon lui ayant parlé avec bienveillance, il croit de nouveau avoir tout gagné et, le 4, il le prie d'ajourner la cession du Brabant, contre lequel on ne veut lui donner aucun dédommagement convenable. « Or, dit-il, sans cela rien ne peut subsister. » 11 demande la permission de partir : il reviendra pour l'époque du mariage: jusque-là, il supplie l'Empereur de suspendre ses projets: « Si j'ai, dit-il, le bonheur de contenter Votre Majesté dans cet intervalle, Votre Majesté accordera l'existence et une protection raisonnable à la Hollande; sinon, elle sera la maîtresse, alors comme aujourd'hui, d'en ordonner. Je suis sûr de réussir dans cet intervalle, si Votre Majesté veut m'accorder un autre ambassadeur. » Il revient à offrir, avec l'île de Walcheren, dont, par ordre de l'Empereur, le général Gilly a proclamé, le 27 décembre, la réunion à l'Empire, l'île du Sud-Beverland, mais il implore de la générosité de son frère quelque dédommagement, par exemple une petite portion du territoire de Clèves et de Berg... et il conclut : « Puisse Votre Majesté, en faveur d'un frère qui l'aimerait bien peu et lui serait bien peu dévoué s'il ne l'était pas plus que Votre Majesté ne le pense, éloigner la débâcle que la réunion de la Hollande occasionnerait et terminer la position pénible dans laquelle je suis. »

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