‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 74 sur 141 · L'ARMEE DU NORD · texte numérisé non relu

L'ARMEE DU NORD

Ainsi, il ne tient plus compte, ni de ce qu'il a offert le 6 décembre, ni de ce que l'Empereur a imposé le 21, ni de ce qu'il a lui-même accepté le 23 : toutes ces paroles, tous ces écrits sont non avenus ; cela n'est pas, ne peut pas être et s'est effacé de sa mémoire comme un mauvais rêve. L'Empereur ne peut manquer d'être touché, de revenir, de lui laisser son trône et d'autoriser son départ. Pourquoi? Parce que cela lui convient ainsi et, dans son cerveau malade, celte lubie prend les apparences de la réalité.

Pure illusion : l'Empereur ne cède rien, au contraire. Il a mis en pleine exécution, « sans rien imprimer et sans éclat », les ordres qu'il a donnés pour la réunion de Walcheren, à Gaudin, à Clarke, et à Lauriston ; il envoie Oudinot à Anvers pour prendre le commandement d'une Armée du Nord, qui va occuper le Brabant et la Zélande, et en prendre possession sans traité, puisque Louis refuse d'en signer la cession. A son frère, il répond simplement : « Je n'agrée rien de ce que Votre Majesté me propose; je m'en réfère à la lettre que je lui ai écrite » (6 janvier).

Cette éventualité, désormais imminente, de l'entrée en action de l'Armée du Nord devrait déterminer Louis à signer sans retard ; mais il n'y pense point : ce à quoi il pense, c'est à organiser une résistance

passive, au sujet de laquelle il multiplie à ses ministres les recommandations et les dissertations : qu'on ferme les portes, qu'on lève les ponts, qu'on fasse rentrer les garnisons jusqu'au retour du courrier qui lui sera expédié. « Aucune partie, aucune ville, aucun individu, dit-il, ne peut cesser d'être Hollandais ni être dégagé de ses obligations envers moi; quelque part que je sois, je suis toujours roi de Hollande; je ne puis cesser de l'être que par une abdication ou par une cession entière du pays, ce qui ne sera pas ; même mort, il y a un roi de Hollande, puisqu'il y a un prince royal, et, jusqu'à ce que les Anglais, qui sont en ce moment le seul pays ennemi, se soient emparés du pays et que, par un trailé de paix, toutes les autres puissances du continent aient reconnu la dislocation de la Hollande, elle ne peut cesser d'exister, fût-elle occupée par cent mille hommes. » Et il défend qu'aucun fonctionnaire quitte son poste, qu'aucun Hollandais accepte aucune mission des envahisseurs. « Nul, écrit-il en le soulignant trois fois, ne peut vous dégager de votre serment à votre pays et à moi, que moi. »

Il voit l'Empereur le 8, après le lever. Napoléon voudrait que son frère se rendît, que les choses au moins se passassent en douceur, sans verser de sang, ce qui ferait scandale, comme une opération de police, non comme une opération de guerre. Il revient sur l'idée qu'il a suggérée le 21 décembre, de convoquer à Paris une trentaine de notables, mais Louis se souvient de Bayonne et des Gortès d'Espagne. Bon, si

c'est en Hollande et le Corps législatif hollandais. Gela, il le propose à l'Empereur : « A la fin de la semaine, écrit-il, j'aurai la réponse et, dès à présent, je donnerai les instructions à mon ambassadeur pour commencer les négociations avec M. le duc de Gadore dans la ferme persuasion que Votre Majesté, trouvant bientôt du changement et éte.nt plus contente du royaume et de moi, elle accordera alors des dédommagements d'un autre côté ».

S'il se rend ainsi facile et si, le 8, il accepte de de nouveau ce qu'il refusait le 4, c'est d'abord que, en face, il ne sait pas résister à l'Empereur; c'est surtout que, dans cette même audience, il a cru saisir une échappatoire, tout le moins un moyen d'atermoyer, de prendre un peu d'air et de se procurer des appuis. L'Empereur, en conversant, a émis une idée dont tout de suite Louis s'est emparé. Il n'a d'intérêt, a-t-il dit, à l'annexion de la Hollande qu'à cause de la lutte contre les Anglais; si la paix maritime était conclue, il laisserait la Hollande indépendante. Aussitôt rentré, Louis écrit à ses ministres : « Il ne nous reste qu'un espoir, c'est que la paix maritime se négocie ; cela seul peut détourner le péril imminent... Il est possible que leur intérêt porte les Anglais à éviter un coup qui peut leur être aussi funeste... » Ses ministres devront donc écrire au gouvernement anglais et il leur laisse le soin de développer cette idée avec toute l'énergie qui sera nécessaire. « Faites la démarche de vous-mêmes, ajoute-

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l il. Bans que j'y sois nullement mentionné; mais il n'y a pas de temps à perdre. » On enverra donc en Angleterre quelqu'un «lu commerce, sur et discret, (]ui viendra retrouver le roi à Paris avec, la réponse. 'l'ont cria doit être fail très vite j Louis voudrait que ce lût sur l'heure, tant il s'accroche à l'idée qu'ainsi il empêchera l'occupation imminente.

L'Empereur est moins pressé; s'il admet que son frère mette à exécution une idée qui vienl de lui et qu'il ne saurait renier, il vent que ce soit dans les formes, car de tels documents restent, on les imprime et il ne Tant pas qu'ils prêtent à des interprétations. Louis a préparé la lettre que ses ministres doivent écrire au marquis de Wellesley; les termes n'en cou viennent pas. « Cette lettre ne contient pas les motifs de la réunion et les inconvénients qu'elle aura pour l'Angleterre » 12 janvier). Louis répond qn'il ne demande pas mieux que d'y mettre « quelque chose de plus l'ort »; même, si le duc de Cadore veut « la faire lui même et la lui faire parvenir », ce sera le mieux ; mais, pour donner à la négociation toute l'activité possible, il faut, écrit-il à Champagny, qu'il retourne lui-même en Hollande « pour assembler le Corps législatif et le Conseil d'État, tous les ministres, en leur disant tout ce qui sera dans la lettre et qu'il ne seul que trop bien depuis >i\ semaines : Il est indispensable qu'il retourne le plus promptement possible, sans cela le désordre va devenir extrême ».

Il a cru voir > Ouvrir la porte et elle reste cloSO.

Quatre jours passent sans qu'il ait réponse de Cham-

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pagny : le 10, il n'y tient plus et il s'adresse à l'Empereur : il a, dit-il, les meilleures nouvelles d'Angleterre ; jamais, depuis longtemps, il ne s'est trouvé un moment plus favorable pour la paix maritime ; le marquis de Wellesley a assuré que, pourvu que l'on fût raisonnable de l'autre côté, l'on s'entendrait sûrement. Il a donc rédigé un nouveau projet de lettre où l'Empereur fera Ions les changements qu'il voudra; mais tout ce début n'est qu'un exorde : « Sire, dit-il ensuite, je supplie Votre Majesté de me permettre en attendant de retourner en Hollande. Les embarras y sont au comhle. Je mettrai Ions mes soins a mieux satisfaire Votre Majesté et peut-être serai-je plus heureux. On ne se fait point d'idée en Hollande de la véritable situation du pays. Mon retour sans avoir rien terminé peut seul produire L'effet que Votre Majesté désire en faveur de la paix maritime. Voire Majesté est trop juste [tour me refuser d'exercer mes fonctions jusqu'à la fin et, si je dois descendre du trône, de le faire avec la forme et de la manière qui convient à votre nom et au titre de roi. Je prie Votre Majesté de prendre en considération ma demande, et, après en avoir reconnu la justice, de déterminer elle-même le jour de mon départ et de me permettre de lui dire qu'ayant dû être de retour le 15 décembre, il y a plus d'un mois que tout est en stagnation ».

Le lendemain 17, par son ministre des Relations extérieures, L'Empereur « fait connaître au roi qu'il n'approuve point le projet de dépêche au minisire des Affaires étrangères d'Angleterre et qu'il n'ap-

prouve pas non plus qu'il retourne en Hollande. Gela, dit-il, serait contraire aux circonstances actuelles ». Il communique d'ailleurs, en projets, les pièces, rédigées dans son cabinet qui devront servir à la négociation avec l'Angleterre, c'est-à-dire la note à remettre par Ghampagny au ministre des Affaires étrangères de Hollande, le procès- verbal de la délibération à prendre par le conseil des ministres de Hollande, la lettre du président de ce conseil au président du conseil d'Angleterre.

De quel intérêt ces pièces peuvent-elles être à présent pour Louis qui, dans cette ouverture, a vu un moyen de salut pour l'intégralité de ses Etats et surtout son retour infaillible dans sa capitale ? « Les circonstances actuelles » dont parle l'Empereur, c'est l'entrée de Oudinot sur le territoire hollandais et, à défaut du traité de cession que Louis s'est obstiné à ne point signer, la prise de possession effective.

Le 14, d'Anvers, Oudinot a averti le gouverneur de Berg-op-Zoom « que Sa Majesté l'Empereur et Roi, son souverain, lui ordonnait de prendre possession de la ville de Berg-op-Zoom en son nom. » Pareille sommation au gouverneur de Bréda. Conformément aux ordres de Louis, les gouverneurs ont rentré leur garnison, levé leurs ponts, fermé leurs portes et ont expédié un courrier à leur souverain.

Le 17 au soir, l'Empereur qui croit que les ordres donnés à Oudinot sont exécutés, voit Louis et lui dit légèrement « que cette occupation n'est autre

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