‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 77 sur 141 · LOUIS VEUT PARTIR · texte numérisé non relu

LOUIS VEUT PARTIR

par ces mots : « Le maréchal Oudinot est un imbécile; il aurait dû prendre les villes d'assaut et pendre les commandants, mais je les pendrai moi-même à présent. — S'il s'agit de pendre quelqu'un, c'est moi, répond Louis; c'est par mes ordres qu'ils ont agi. — Et pourquoi leur avez-vors donné l'ordre de ne pas ouvrir les portes sans un ordre de votre part? — Parce que c'était à moi qu'il fallait s'adresser si l'on voulait mettre des troupes dans la ville et non pas à mes sous-ordres ; d'ailleurs, je veux éviter de paraître de moitié avec vous. — Vous avez donc agi tout à fait contre votre intention, dit l'Empereur, car, si les troupes y étaient entrées sans que vous en eussiez été informé, personne n'aurait cru que c'était de votre aveu, tandis qu'à présent que vous donnez vous-même l'ordre de les admettre, tout le monde en Hollande s'en prendra à vous. — Point du tout, réplique Louis, car, en laissant entrer vos troupes franchement, sans discussion, c'eût été une reconnaissance tacite de la prise de possession en votre nom ; tandis qu'à présent, il est sûr qu'elles n'ont été admises que comme garnison et pour faire occupation militaire. — Vous auriez donc peut-être mieux aimé ne pas les recevoir, dit l'Empereur. — Certainement. — Et pourquoi? — Pour ne pas exposer mes sujets à ce que vous les fassiez tirer de leurs maisons, comme vous l'avez fait il y a deux ans avec deux habitants de Bréda, qui, tout innocents qu'ils fussent, ont été enfermés des mois entiers dans les prisons de la France. »

L'Empereur, ne trouvant pas de répartie, conclut brutalement : « Je vous ai déjà répété plusieurs fois que mon intention est que vous abdiquiez. Je vous le répète encore. Redevenez prince français et vous aurez une vie agréable, sans soucis. — Vous pouvez me faire descendre du trône, répond Louis, je n'ai pas les moyens de m'y opposer, mais, n'étant plus roi de Hollande, jamais vous ne sauriez me contraindre à rester prince français. »

C'est là l'ultimatum qu'il pose et jusqu'ici, si bizarre que semble sa conduite, ne semble-t-il pas que, sur un point au moins, il a gardé l'avantage ? N'a-t-il pas virtuellement obligé l'Empereur à désavouer Oudinot, à renoncera la prise de possession pure et simple, à arguer uniquement de son droit de cbef militaire de la Confédération? Mais il ne garde pas longtemps ce succès et, d'abord, à son départ auquel il tient tant, l'Empereur met un veto décisif : « Faites connaître au roi, écrit-il le 19 à Champagny, qu'il ne peut pas s'en aller, que cela contrarierait la marche des affaires, qu'on croirait la crise passée, que, s'il s'en allait, je réunirais le pays. » Louis ne se le tient pas pour dit et veut avoir la certitude qu'il est prisonnier. Il tente quelques courses à Neuilly et à Saint-Leu et, à chaque fois, il constate qu'il est suivi à distance par des gendarmes d'élite, que, à Paris même, des gendarmes observent l'hôtel de Brienne et surveillent

ses démarches. Un autre voudrait faire publiquement constater que, par ordre de l'Empereur, des gendarmes ont mis la main sur un prince français, connétable de

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