LA CONDUITE DE L'EMPEREUR
l'Empire, et il le crierait à l'Europe. Lui, dans l'état de santé où il est, dans l'incertitude où s'agite son esprit, n'ose ou ne peut prendre un parti : ni tenter à tout risque une évasion, ni provoquer une arrestation. Espérant on ne sait quoi, il reste et il attend.
Pour expliquer la conduite de l'Empereur, l'hypothèse pourrait se présenter qu'il cherche surtout, dans ses rigueurs à l'égard de Louis, un moyen d'intimider l'Angleterre et d'accréditer l'opinion que, si elle ne cède point, la réunion est inévitable. On le voit en effet, dans ce même temps, s'appliquer aux notes qui doivent être censées venir de Hollande, les retoucher plusieurs fois, les envoyer à son ministre pour qu'il y travaille, répéter qu'elles doivent être faites de concert avec le roi et paraître y attacher une importance de premier ordre,
Est-ce donc que cette négociation soit sérieuse et (]\\e Napoléon s'abuse de l'espoir de réussir ? Est-ce donc que, souhaitant réellement la paix avec l'Angleterre, il ne prodigue ses menaces contre la Hollande et ne leur donne un commencement d'exécution qu'en vue de déterminer les ministres anglais à des pourparlers sérieux ? On a pu le penser et en faire même un thème d'histoire. Faut-il voir au contraire dans les démarches auxquelles la Hollande est autorisée une tentative dont l'Empereur sait d'avance que l'échec est certain, un prétexte qu'il se donne pour justifier l'an-
nexion, un leurre qu'il offre à Louis pour le déterminer à abdiquer? Nulle conclusion à tirer du soin qu'il porte à rédiger les pièces de la négociation. Ne voudra-t-il pas quelque jour les rendre publiques? Nul indice à saisir plus tard dans les intrigues de Fouché et d'Ouvrard, dans la mission que confiera à celui-ci le ministre de la Police. Est-il rien là, plus que dans la mission Labouchère, des formes que, général, consul, empereur, Napoléon emploie lorsque, effectivement et sincèrement, il veut traiter? Pendant qu'il donne cours à l'apparente négociation, il multiplie à l'égard de la Hollande, les mesures d'hostilité et il se met virtuellement en possession des territoires qu'il s'est attribués. Si toutes ces mesures étaient patentes, on pourrait alléguer qu'elles ont pour objet de concourir à l'effet d'intimidation qu'il se propose, par ses notes, d'exercer sur les Anglais; mais les plus graves sont tenues soigneusement secrètes et, durant que les comparses s'agitent, qu'on rédige des dépêches, qu'on les corrige, qu'on les remet au net, les troupes marchent et l'occupation s'effectue.
De là, deux séries d'actes, d'ordre étrangement divers, qui s'enchevêtrent, se contredisent, s'annulent en apparence, qui peut-être concourent au même but par des voies inattendues, et dont il faut rendre compte avec précision si l'on prétend essayer d'éclaircir ce qui se passe dans son esprit à l'égard de Louis.
Le 20 janvier, — et c'est le lendemain du jour où, en même temps, il a défendu à son frère de partir et