LOUIS ACCEPTE TOUT
reur doit au moins lui rendre cette justice qu'il a fait céder ceux-ci aux premiers jusqu'à la dernière extrémité. « Si Votre Majesté, dit-il, avait donné aux rois le rang d'électeurs, et qu'elle se fût établie empereur de tous les Etats alliés, comme voire frère, j'eusse été un des premiers à m'y soumettre de bonne grâce, mais, dans le vague de l'incertitude des relations des différents pays entre eux, à la tète d'une nation composée d'hommes qui préfèrent leur indépendance à la vie, je ne puis que lutter sans cesse entre mes sentiments et mon devoir envers la Hollande. » La conclusion de ce long mémoire est la demande que l'Empereur lui permette au moins de vivre retiré jusqu'à ce qu'il ait décidé du sort de la Hollande.
Ainsi, par une saute inattendue, après avoir tout préparé pour la résistance, après s'être assuré la première manche et avoir obligé Napoléon à changer ses batteries, il cède devant des menaces nouvelles que l'Empereur serait bien embarrassé de mettre à exécution, car, de fusiller des hommes qui, sur Tordre de leur souverain, défendent leur territoire contre une armée qui l'envahit sans déclaration de guerre, cela se dit, cela se fait même,^mais la conscience universelle se soulève contre celui qui l'a ordonné.
Mais Louis ne met pas son frère dans l'alternative de reculer devant l'exécution de ses menaces, ou, en les accomplissant, de se rendre volontairement odieux. Le 29, il envoie à ses troupes, entre la Meuse et l'Escaut, l'ordre, — revêtu de la fatidique signature
hollandaise précédée des mots hollandais qui doivent en assurer l'exécution — de se ranger sous les ordres du duc de Reggio; le lCr février, après la publication dans le Moniteur du 31, des notes de l'Empereur sur le discours d'ouverture du Parlement anglais1, il annonce à ses ministres qu'il ne peut retourner pour lo moment en Hollande et que le sort du royaume dépend uniquement du bon vouloir de l'Angleterre; enfin, quoiqu'il ait solennellement déclaré qu'il ne pouvait ni ne voulait ouvrir quelque négociation que ce fût hors de son royaume, il saisit avec empressement la première occasion qui lui est offerte d'entrer en arrangement.
Le 3 février, malgré qu'il ait dit qu'il vivrait retiré jusqu'à ce que l'Empereur eût décidé du sort dé la Hollande, il est venu aux Tuileries et il a subi une scène à laquelle il n'a point résisté : son frère lui a reproché de lui créer des difficultés et d'avoir un mauvais cœur : sur le moment, il n'a rien répondu,
4 La note K: « La Hollande surtout a nui à l'effet des mesures qui doivent tirer leur force de leur ensemble: elle a trahi la cause commune. Elle a reçu votre commerce sous un pavillon américain, désavoué par les États-Unis eux-mêmes ou tout autre masque; mais elle ne le recevra plus. Vos ordres du Conseil de 1807 exigent l'occupation des côtes et des ports de la Hollande par des douaniers et des troupes auxquels on puisse se fier, et cela va avoir lieu. Et comme un des résultats de la première et de la deuxième coalition a été d'étendre les côtes de la France jusqu'à l'Escaut, le résultat de vos ordres du Conseil de 1807 sera d'étendre les côtes de la France jusqu'à l'Elbe. »