‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 81 sur 141 · LOUIS ACCEPTE TOUT · texte numérisé non relu

LOUIS ACCEPTE TOUT

mais, le lendemain, il écrit : « Je ne suis pas aussi insensible que Votre Majesté le croit; je ne désire qu'une chose vivement, c'est de me justifier dans l'esprit de mon frère. Il n'y a point eu d'Empire d'Occident jusqu'ici; il va y en avoir un bientôt vraisemblablement. Alors, Sire, Votre Majesté sera bien sûre que je ne pourrai plus me tromper ni vous indisposer. Veuillez considérer que j'étais sans expérience dans un pays difficile, vivant au jour le jour. Permettez-moi, puisque je suis au moment de perdre tout à fait votre amitié et votre soutien, de conjurer Votre Majesté de tout oublier. Je vous promets de suivre fidèlement tous les engagements que vous m'imposerez ; je vous donne ma parole d'honneur de les suivre fidèlement et loyalement dès que je m'y serai engagé. Je supplie aussi Votre Majesté de m'ôter tout à fait le souci du Blocus, en adoptant toutes les mesures propres à lui donner une certitude complète et parfaite aussi longtemps qu'il durera. Après cela, Sire, que Votre Majesté attende pour me perdre entièrement ou pour me rendre son amitié ou au moins son estime, à juger ma conduite suivante. Je puis avoir manqué de prévoyance et de politique, mais, Sire, je n'ai jamais voulu ni pu vouloir me séparer des miens, oublier que je dois tout à mon frère et, plus que les autres, la reconnaissance pour les soins constants qu'il a pris de mon enfance. La peine que j'ai pu éprouver d'en avoir été méconnu peut m'avoir rendu morose, triste, malheureux; je puis même être exa-

géré, bizarre; mais je n'ai jamais été, Votre Majesté peut en être convaincu, ni tartufe, ni traître. Je veux convenir avoir tous les défauts, hormis ces vices odieux. »

Il est donc sous l'impression de cet attendrissement que lui ont causé le rappel des souvenirs d'enfance et les reproches de Napoléon, quand Fouché — ce même jour, le 4 février — se présente à l'hôtel de Brienne.

C'est Fouché, à présent, qui est chargé de traiter avec lui, de lui faire connaître les volontés de l'Empereur, de rapporter sa décision. Ainsi, selon les heures, c'est tantôt son ministre des Relations extérieures, tantôt son ministre de la Guerre, tantôt son ministre de la Police que Napoléon emploie à ces besognes, comme s'il ne voulait à chacun n'en livrer qu'une partie et qu'il crût que la suite et l'ensemble échapperaient plus facilement à l'histoire. Tout à l'heure, il avait enjoint à Louis de ne correspondre qu'avec Champagny; après, il lui a — et en quels termes! — transmis ses ordres par Clarke; maintenant, c'est le tour de Fouché, plus habile, plus insinuant, qui ne veut que servir les intérêts du roi et assurer sa tranquillité, son bonheur, l'existence même de la Hollande.

Après un long entretien, Fouché précise dans une note les engagements que Louis peut prendre d'après les bases posées par l'Empereur le 21 décembre : Abandon du Brabant et de la Zélande ; adoption de tous les moyens que l'on pourra prescrire pour la stricte

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