‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 84 sur 141 · MALADIE DE LOUIS · texte numérisé non relu

MALADIE DE LOUIS

un moment à perdre », les 20.000 soldats et les 30.000 gardes nationaux d'Oudinot, les 20.000 hommes du 4e corps « causent de grandes dépenses ». On ne peut pas rester dans cette incertitude. D'ailleurs, l'Empereur ne se départira d'aucune des conditions qu'il a posées. Il autorisera seulement Champagny à baisser, durant la négociation, de 18.000 à 6.000 hommes, le corps français destiné à la garde des côtes.

Roëll, vu l'état de son maître, ne peut, dit-il, donner de réponse ; il supplie seulement que les troupes françaises n'avancent pas sur le territoire hollandais avant qu'on ait pris des arrangements ; le 14, pour obtenir quelques adoucissements, il fait valoir la maladie de Louis, le délire qui a saisi le roi, la nuit précédente, lorsqu'il a appris l'occupation et la mise en état de siège de la ville la plus ancienne de son royaume; il essaie de porter des plaintes des excès commis par les troupes françaises, des arrestations de magistrats, des visites domiciliaires, de la saisie des fonds du trésor; il ne gagne rien.

L'Empereur ne croit pas à la maladie de Louis, soit qu'il ait été renseigné par ses médecins, soit qu'il connaisse les tours de son frère. Point de visite, donc point d'attendrissement. S'il se décide, à la fin, à paraître à l'hôtel de Brienne parce que, sur le bruit répandu, tous les souverains alliés, présents à Paris, sont venus s'informer ou visiter le malade, c'est une arrivée inopinée, l'escalier grimpé lestement, l'entrée brusque dans la chambre à coucher, un : « Eh bien!

tu es malade, tu as, de l'humeur » lancé en sarcasme, quelques réponses de Louis sur sa santé à peine écoutées et, pour adieu : « Il faut t'égayer, sortir et t'amuser ; moi je vais à la chasse! » Pas un mot d'affaires.

C'est à Roëil qu'il s'en prend, puisque Louis ne peut rien entendre : « Dites au ministre de Hollande, écrit-il à Champagny, que la réponse d'Angleterre devrait être arrivée ; que je n'entends cependant parler de rien ; que, si l'on veut prendre un engagement, il faut le faire sans délai parce que d'un moment à l'autre, je prendrai le décret de réunion. Remettezmoi un projet de traité avec la Hollande. On le leur donnera à signer et, au cas qu'ils ne veuillent pas, je déclarerai la réunion. »

Louis, soit qu'il soit guéri, soit qu'il ne trouve plus d'intérêt, après la courte visite de l'Empereur, à prolonger sa maladie et que, l'explosion ne s'étant pas produite en Hollande, il croie, comme les faibles, qu'elle ne se produira point ou que son frère en tous cas ne pourra la lui attribuer, sort à la fin de ce long silence et recommence, le 19, à s'occuper officiellement des affaires. Il reçoit de Roëll communication des cinq points de l'ultimatum impérial, et, le 20, il écrit à Champagny qu'il se soumet à tout. Pourtant il se permet deux observations : il consent que l'Empereur place des troupes où il voudra, réserve faite de la résidence du gouvernement, mais il ne peut ni nourrir, ni entretenir ces troupes ; il chicane ensuite

Page 1