EXPLOSION EN HOLLANDE
sur une question de limites, comme s'il prétendait gagner du temps, alors que chaque heure qui s'écoule rend plus urgent le danger qui le menace. En vain Champagny qui, bien disposé à son égard, prend à cœur de l'avertir, le conjure-t-il « de ne pas permettre qu'aucun délai soit apporté à la conclusion d'un acte auquel la Hollande devra la conservation de son indépendance et le bonheur d'être toujours gouvernée par son roi, » il n'est pas un article du projet préparé par le ministre des Relations extérieures qui ne soit de sa part l'objet d'amendements. Ce n'est rien encore : Aux quatorze articles du projet français il prétend en ajouter neuf ; il discute les mots quand ce ne peut être les idées ; il invoque des précédents ; il modifie les expressions ; il s'ingénie à des tours de phrase, comme s'il ne s'était pas placé lui-même sur le cratère d'un volcan et que l'éruption qu'il a provoquée ne dût jamais arriver. Espère-t-il quelque chose de l'Angleterre ? Croit-il que Labouchère, envoyé par ses ministres, va revenir portant le rameau d'olivier, ayant trouvé moyen de satisfaire à la fois l'Empereur et l'oligarchie britannique? Ou bien cède-t-il à un morbide entêtement. Devant l'obligation de prendre une résolution ferme, sa volonté flottante le trahit-elle? Entre le danger que court sa couronne, les scrupules de sa conscience, le souci de prouver la droiture de ses intentions, la crainte qu'on ne l'accuse de n'avoir pas, jusqu'à la limite du possible, défendu l'indépendance de son peuple, il hésite, il tergiverse et il se perd.
Sur ses ordres écrits du 6 février, sur ses ordres verbaux et réitérés du 8 et du 13 (?), ses ministres, constitués en conseil extraordinaire sous l'étrange nom de Junte, avec adjonction du président du Corps législatif, du bourgmestre d'Amsterdam et de quelques notables, se sont efforcés de mettre la capitale en état de défense ; ils ont arrêté un plan d'inondations, ont tracé des lignes qu'on creuse pendant la nuit et qu'on garnit de canons amenés de Delft ; ils ont passé des marchés d'approvisionnement et ils ramènent et concentrent les troupes. La Rochefoucauld n'a pu manquer d'être averti de ces mouvements : le 19, il passe une première note aux ministres ; le 27, il les met en demeure d'interrompre leurs préparatifs, « en les rendant individuellement et collectivement responsables de toutes les suites que leur conduite pourrait avoir, ainsi que des malheurs dont la Hollande serait infailliblement la victime ». Les ministres intimidés arrêtent l'exécution des travaux et des mesures militaires, répondent à la Rochefoucauld qu'ils prendront les ordres du roi et envoient en effet un courrier pour les demander et porter copie de la note de l'ambassadeur de France.
Le 2 mars, Louis, qui n'a pas encore reçu cette dépêche, mais qui en a une antérieure où ses ministres demandent qu'il s'explique définitivement sur la défense d'Amsterdam, leur a écrit ces phrases où se peint tout son caractère : « Je désire qu'on ait fair de se défendre en cas de nécessité et qu'à cet effet, l'on