‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 86 sur 141 · EXPLOSION EN HOLLANDE · texte numérisé non relu

EXPLOSION EN HOLLANDE

prenne quelques mesures qui entraînent le moins de frais; mais, lorsque la chose en viendra au point de les mettre à exécution, c'est-à-dire, lorsque le cas existera que les troupes françaises voudront entrer dans la ville, mon intention est qu'on renonce à tonte défense et qu'on les laisse entrer comme troupes amies et alliées. Ceci n'empêche pas qu'on ne doive tâcher d'engager éventuellement le commandant des troupes françaises à se désister de son projet ou du moins à ne pas insister surl'entrée de ses troupes avant qu'on n'ait pu m'envoyer un courrier pour prendre mes ordres. Il faudra représenter de la manière la plus énergique que, sans mes ordres, vous ne pouvez faire entrer des troupes quelconques dans la résidence du gouvernement. 11 faut à cet égard déployer la plus grande opiniâtreté et ne céder qu'à la dernière extrémité. »

Ainsi, après les ordres formels qu'il a donnés, mais qu'il se réserve de nier, car il estime qu'ils n'ont pu laisser de traces accusatrices, il prétend instituer un état mixte entre la résistance et la soumission, quelque chose qui aura l'air d'une défense, mais qui n'en sera pas une et qui coûtera peu. Et, en même temps, il se trouve découvert par la réponse que ses ministres ont, en bonne foi, faite à l'ambassadeur de France : c'est lui qui a donné les ordres et c'est à lui qu'ils s'adressent pour les révoquer.

Le 3, l'Empereur a reçu les dépêches de La Rochefoucauld. Aussitôt, il ordonne à Fouché de se rendre

chez le roi et de lui en donner part. « Ce prince est-il devenu fou, dit-il? S'il n'y avait que la lettre de M. La Rochefoucauld, j'en rirais et je me contenterais de trouver la chose absurde; mais je n'en puis dire autant après la réponse du ministère hollandais. Vous lui direz qu'il a voulu perdre son royaume et que je ne ferai jamais d'arrangements qui feraient croire à ces gens-là qu'ils m'ont imposé. Vous lui demanderez si c'est par son ordre que ses ministres ont agi ou si c'est de leur chef, et vous lui déclarerez que, si c'est de leur chef, je les ferai arrêter et leur ferai couper la tête à tous. S'il ont agi par ordre du roi, que dois-je penser de ce prince et comment après cela peut-il vouloir commander mes troupes1 puisqu'il parjure ses serments? » Et il veut des témoins à cette conférence où il fait appeler Verhuel, l'ambassadeur de Hollande et Roëll, le ministre des Affaires étrangères; il défend à Fouché de se dessaisir des pièces qu'il lui confie et il lui ordonne de venir tout de suite après lui rendre compte.

Pour se tirer de presse, Louis n'hésite pas. Il nui tout sur ses ministres : leur tête est en jeu, tant pis! Il expédiera cette nuit même un courrier portant la destitution des ministres Mollerus et Krayenhof : « Ce sont les seuls, écrit-il à l'Empereur, qui ont été cause des préparatifs et de la note dont Votre Majesté a parlé : Si elle veut la destitution de quelque autre, je

1 Louis demandait que les troupes françaises qui occuperaient les côtes fussent mises au moins nominalement sous ses ordres.

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