LOUIS DESAVOUE SES MINISTRES
suis prêt à obéir à sa volonté dès qu'elle me sera connue ».
Avec ses ministres, il est moins à l'aise pour leur écrire qu'ils ont agi sans. le consulter, mais il leur reproche d'avoir répondu à l'ambassadeur de France qu'on allait suspendre l'armement d'Amsterdam parce qu'on avait entamé des négociations. « Toute défense, leur écrit-il, n'aurait servi qu'à précipiter la ruine de la Hollande et surtout d'Amsterdam, et jamais on n'aurait dû dire, surtout dans une note officielle, que l'on pouvait être dans le cas, dans l'intention et dans la possibilité de se défendre contre la France. Cette malheureuse note a failli tout à fait gâter nos affaires et je ne suis pas même sûr de ce qui en arrivera. » Ainsi, qui est coupable"? — Les Ministres. Où est la faute ? — Dans la note. Cela est simple. On ne saurait se tirer du jeu à meilleur compte. D'ailleurs, pour réparer la bévue et donner satisfaction à l'Empereur, Louis ne se contente pas de renvoyer Mollerus et KiayenhofF, il ordonne de suspendre tous les travaux, de supporter toutes les charges, d'ouvrir toutes les portes.
Napoléon est-il dupe ? On le croirait. « On fait des folies en Hollande, dit-il le 4, à l'audience diplomatique, à Verhuel et à Roëll. — Sire, répond Verhuel, je l'ai appris avec beaucoup de peine, mais j'espère que Votre Majesté sera bien persuadée que le roi n'y est pour rien. — Je n'y conçois rien, répond l'Empereur, mais certainement on se fait beaucoup de tort par là. »
« Je n'y conçois rien ! » C'est le mot en effet, lorsqu'on prétend débrouiller cet écheveau de résolutions confuses qui se croisent, se contrarient, se détruisent; car tout ce qui s'est produit par les ordres de Louis à Amsterdam, et la menace de mort pendante toujours sur la tête de ses ministres, ne l'empêchent point chaque jour, deux fois, trois fois par jour, d'écrire des lettres, de passer des notes, de rédiger des volumes, où il discute chaque paragraphe de chaque article du traité, où il s'épuise à imaginer des formes nouvelles pour représenter des amendements dix fois rejetés. « Je n'admets aucune des objections du roi », prononce l'Empereur. N'importe! Avec des supplications, des protestations, Louis s'obstine et se cramponne. « Je suis votre frère, j'ai votre nom! crie-t-il. » Si l'Empereur refuse définitivement telle ou telle concession, qu'on laisse au moins, implore-t-il, la chose indécise dans le traité, et que le public n'en sache rien ! Des articles secrets tant qu'on voudra, mais qu'on lui laisse au moins l'apparence de la royauté.
Et les jours passent ainsi et s'ajoutent aux jours. Comme s'il se plaisait à faire naître des crises nouvelles. Louis a envoyé à ses ministres le 21 février, l'ordre de convoquer le Conseil d'Etat et le Corps législatif et de leur donner officiellement connaissance de lettres où, énumérant les sacrifices qu'on demande àla Hollande, il se plaint des duretés dont on l'accable, des accusations injustes qu'on porte contre lui, parle de sondévouementà son peuple et annonce la négociation