‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 88 sur 141 · CHANGEMENT D'ATTITUDE DE NAPOLEON · texte numérisé non relu

CHANGEMENT D'ATTITUDE DE NAPOLEON

avec l'Angleterre. La publication de ces lettres devra être suivie du texte de la note de Champagny à Roëll en date du 24 janvier. L'effet de ses ordres se faisant attendre, Louis les renouvelle le 4 mars, en exprimant son étonnement et son mécontentement qu'ils ne soient pas exécutés. Ils le sont depuis la veille où le Journal hollandais a publié les trois pièces. Le 8, l'Empereur en est avisé : « Envoyez chercher le ministre de Hollande, écrit-il à Champagny, montrez lui les dépêches ci-jointes et demandez-lui quelle satisfaction le roi a à me donner de ces ministres brouillons. Quel est le but du roi en écrivant de telles lettres? Quel a été le but de ceux qui les ont fait mettre dans les journaux? Si le roi veut se conduire ainsi, à quoi sert de faire un traité qui ne durera pas vingt-quatre heures? car, à la première impertinence de ce genre, je m'emparerai de la Hollande et il vaut mieux en finir tout de suite. » Louis n'a pas plus de peine cette fois que la précédente à protester que ses ministres sont les seuls coupables et que ses lettres, tout à fait confidentielles, n'étaient point faites pour être publiées. L'Empereur veut le croire et passe.

N'est-ce pas là un changement d'attitude qui étonne ? Sans doute, en décembre, même en janvier, Napoléon n'eût pas manqué de profiter des deux occasions que Louis lui a ainsi fournies et de prononcer la réunion. Est-il donc homme, après avoir projeté, résolu, annoncé l'annexion de la Hollande entière à se con-

tenter d'un lambeau et à se satisfaire avec deux départements. Certes, quand il exigeait l'abdication de Louis, quand il combinait ces étranges fourberies pour se mettre en possession des places fortes de la Meuse, quand il n'attendait qu'un prétexte pour changer encore une fois le titre de l'Armée du Brabant et en faire l'Armée de Hollande, quand il mettait Louis sous la main de la police et l'entourait d'une attentive surveillance, on n'eût guère pu penser qu'il s'arrêterait au Wahal, qu'il laisserait à son frère une ombre de trône, à la Hollande un fantôme d'indépendance. Quoi ! il s'est apaisé si vite avec le renvoi de deux ministres, quand il demandait leurs têtes; il n'a pas même, en cette dernière occasion, exigé une satisfaction quelconque ! Ses desseins ont-ils si peu de fixité qu'il les abandonne — et devant quoi? Devant une résistance incohérente, presque enfantine, devant de médiocres mensonges, que la moindre attention suffit à déconcerter, devant des arguments de juriste qui ne tiennent pas contre une menace d'exécution, devant des scrupules de légalité que son esprit ne saurait concevoir? S'il s'arrête, c'est que le moment est passé où il pouvait compter qu'il opérerait la réunion sans inconvénients graves. Gomment, à présent, ferait-il marcher des troupes, s'exposerait-il à un conflit sanglant, déclarerait-il la guerre à son frère, même le dépouillerait-il, quand son mariage s'apprête, que le contrat en est signé, que les fêtes se préparent et que toute la Famille invitée y doit assister? Louis, redevenu prince français à la fin de décembre ou dans le

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