‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 89 sur 141 · MOTIFS DE CE CHANGEMENT · texte numérisé non relu

MOTIFS DE CE CHANGEMENT

courant de janvier, aurait eu le loisir de s'apaiser, de reprendre sa place près du trône et aurait figuré comme ses frères; mais, par sa conduite qui paraissait si déraisonnable, si peu suivie, si dénuée de générosité et de franchise, il a gagné du temps, et le temps, qui ne semblait pouvoir lui apporter que des désagréments pires, lui apporte le salut — du moins un répit qui aujourd'hui paraît tel. Il n'a point abdiqué, il n'a rien signé, il s'est obstiné si bien à garder sa couronne qu?à présent, si elle lui était arrachée, l'Empereur s'exposerait à ce que ses frères et beaux-frères, se solidarisant avec Louis, désertent le cortège où déjà il leur plaît si peu que leurs femmes figurent en porteuses de manteau. Et Madame, et Pauline, n'est-ce donc rien qui compte? Depuis trois mois elles s'efforcent de calmer le débat et d'apaiser l'Empereur; elles n'ont pas manqué de prendre parti pour Louis, et Napoléon ne tient pas à les blesser au vif, de façon que chacune avec son tempérament s'insurge contre la fiancée Autrichienne. Il veut la Famille tout entière groupée autour de lui et lui faisant cortège; il y veut Louis, et comme Louis n'a pas consenti à cesser d'être roi, il doit bien le prendre tel qu'il est.

D'ailleurs, n'a-t-il pas un autre motif? Si, tout de suite après le divorce, il s'est ingénié à témoigner à Hortense de la gratitude et de la tendresse, s'il a imaginé alors qu'il conserverait avec Joséphine et sa fille la même intimité, qu'il ne serait obligé de rien sacrifier des affections auxquelles, durant quatorze années,

il a habitué son cœur, depuis qu'il réalise le nouveau mariage, les choses lui apparaissent sous un jour tout différent. Il ne veut plus de Joséphine ni à Paris ni même à Malmaison ; il est gêné par ce voisinage; il le sent incommode et inconvenant. Il craint — si même quelque Autrichien ne le lui a insinué — que cette proximité ne soit pénible à celle qui va venir- Il est tout à elle, tout à la joie orgueilleuse de ses noces nouvelles. Sous prétexte de duché de Navarre et d'augmentation de douaire, il exile Joséphine en Normandie; quant à Ilortense, comme elle est reine et comme elle est sa belle-sœur, il ne peut l'écarter des cérémonies du mariage où elle se trouvera mêlée et confondue avec les autres princesses, mais, par la suite, que faire d'elle ? Depuis deux ans, elle vit à Paris, à Saint-Leu ou à Saint-Gloud; elle est de tous les petits voyages, de toutes les fêtes, grandes ou petites, de la Cour. L'Empereur ne peut, sans cruauté et sans injustice, l'obliger à un exil, l'envoyer rejoindre sa mère ou la contraindre, en avril, à quelque cure d'eaux thermales. Un seul moyen : c'est qu'elle retourne en Hollande avec Louis ; mais, pour cela, il faut que Louis y retourne et qu'il ait gardé sa couronne. Alors, on pourra, au nombre des conditions du traité, lui imposer, sinon de se réconcilier avec Hortense, au moins de l'accepter sous le toit de son palais et de ne point lui rendre la vie insupportable.

Nul de ces motifs, les seuls qui l'aient, pour le moment, déterminé à ajourner l'exécution de ses desseins,

Page 1