MOTIFS DE CE CHANGEMENT
ne paraît à coup sûr dans la lettre qu'il écrit à son frère le 13 mars ; il lui dit seulement : « Toutes les raisons politiques voulaient que je réunisse la Hollande à la France. La mauvaise conduite des hommes qui appartiennent à l'administration m'en faisait une loi; mais je vois que cela vous fait tant de peine que, pour la première fois, je fais ployer ma politique au désir de vous être agréable. Toutefois, partez bien de l'idée qu'il faut que les principes de votre administration changent et que, au premier sujet de plaintes que vous me donnerez, je ferai ce que je ne fais pas aujourd'hui... Il faut à l'avenir, que toute votre conduite tende à inculquer dans l'esprit des Hollandais l'amitié de la France et non à leur présenter des tableaux propres à exciter leur inimitié et à fomenter leur haine nationale. Je n'aurais pas pris le Brabant et j'aurais augmenté la Hollande de plusieurs millions d'habitants si vous aviez tenu la conduite que j'avais le droit d'attendre de mon frère et d'un prince français. Mais le passé est sans remède ; que ce qui est arrivé vous serve de leçon pour l'avenir ! »
La Hollande subsistera donc, mais amputée, et, de plus, l'Empereur n'abandonne aucune des conditions qu'il a posées dans le projet de traité ; seulement consent-il aux modifications de style que le roi a demandées, et permet-il que les articles qui coûtent le plus à son orgueil fassent l'objet d'un instrument secret et séparé : ainsi, le commandement des troupes
françaises et hollandaises par un général français; ainsi, la saisie dans les rades de Hollande et le jugement par l'Empereur des bâtiments contrebandiers; ainsi, la confiscation de toutes les marchandises anglaises et coloniales ; de plus, on y stipulera le rappel des ministres de Hollande à Pétersbourg et à Vienne, le renvoi des ministres « qui ont voulu, à l'instigation des Anglais, défendre Amsterdam et provoquer la haine de la France. » Enfin, « le roi s'abstiendra dans ses discours et actes publics de tout ce qui tendrait à ranimer des haines et à favoriser les passions de la faction anglaise contre la France, car la Hollande ne doit que de la reconnaissance à la France qui l'avait conquise et qui cependant lui laisse son indépendance. »
Louis, dans ce premier moment, paraît pénétré de gratitude. « Il n'aurait pas survécu à un si grand malheur. » Tout ce que l'Empereur demande, il le fera sans arrière-pensée, espérant concilier ainsi à ses sujets l'estime et la bienveillance de son auguste frère et mériter des augmentations et des dédommagements qui mettront son pays en état de subsister, <* Content, dit-il, du sort que Votre Majesté m'a donné, mes vœux comme le but de toutes mes actions sont de consolider mon gouvernement, de laisser à mes enfants un héritage assuré et d'être utile à mon frère et à mon pays, comme cela est en mon pouvoir, c'est-àdire en faisant de la Hollande une amie et une alliée constante, fidèle à toute épreuve et soumise à jamais à une branche de votre famille et à votre nom. » Et