‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 91 sur 141 · GRATITUDE DE LOUIS · texte numérisé non relu

GRATITUDE DE LOUIS

ce sont des protestations de dévouement et de tendresse au milieu desquelles se glisse timidement la prière que La Rochefoucauld soit déplacé ; ce sont des allusions à la joie universelle qui, du moins, ne sera pas troublée par le deuil d'un peuple et à laquelle il lui sera permis de prendre part.

Est-il de bonne foi? Peut-être. Sorti à peine du gouffre où il a cru périr, il ne sent pas les blessures qu'il s'est faites en y tombant et il est tout à la joie de vivre encore. Pourtant, ce traité qu'il semble considérer comme inespéré, ce traité qui, à son compte, sauve la Hollande, parce qu'il lui sauve sa couronne, il suffit de le regarder pour y voir la mise en interdit de la nation, livrée pieds et poings liés à la légalité française. Il porte l'interdiction de tout commerce quelconque entre les ports de la Hollande et les ports de l'Angleterre ; l'établissement d'un corps de 18 000 hommes, dont 6 000 Français et 12 000 Hollandais, à toutes les embouchures de rivières, avec des employés des douanes françaises pour veiller à l'exécution de cette interdiction — les troupes entretenues nourries et habillées par le gouvernement hollandais; — il porte que toute prise faite, sur les cotes de Hollande, par les bâtiments de guerre ou corsaires français sur des bâtiments contrevenants, sera déclarée valable et qu'en cas de doute, la difficulté ne pourra être jugée que par l'Empereur. Il porte la cession du Brabant, de la Zélande et de partie de la Gueldre jusqu'au Wahal, chacune de ces provinces libre de toute dette qui n'aura pas été contractée pour son

intérêt particulier, consentie par son administration et hypothéquée sur son sol; il porte que le roi s'engage à avoir en rade, le 1er juillet, une escadre de neuf vaisseaux, six frégates et cent chaloupes canonnières, armée, approvisionnée et prête à mettre à la voile ; il porte que toute marchandise de fabrique anglaise est prohibée en Hollande, que toute marchandise venue par des bâtiments américains, entrés dans les ports de Hollande depuis le 1er janvier 1809, sera séquestrée et appartiendra à la France ; que des moyens de police seront pris pour surveiller et arrêter quiconque s'occupera de contrebande, qu'aucun magasin d'objets prohibés en France ne pourra être établi dans un rayon de quatre lieues des douanes françaises et qu'en cas de contravention, un pareil magasin sera saisi même sur territoire hollandais : en échange de quoi, l'Empereur lèvera le décret sur les prohibitions qui ferme les barrières des frontières entre la France et la Hollande.

Tel est le traité qui, avec le terrible protocole séparé, est signé le 16 mars, au nom de l'Empereur, par Champagny, au nom du roi, par Yerhuel devenu, de maréchal, amiral de Hollande. Le 19, l'Empereur donne sa ratification, avant de partir pour Gompiègne où il va attendre l'Impératrice.

Louis, qui n'a pas encore ratifié le traité, est du voyage, ainsi que la reine. A peine arrivé, il s'étonne

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