LES PLANS ET LES GENS DE LETTRES
çais ; remettez votre jugement sur tout cela, je vous prie... Attaché de cœur et d'affection à un pays dans lequel je suis venu malgré moi, j'ai tout sacrifié pour remplir des devoirs difficiles, mais mon cœur palpite toujours pour la France. Je ne puis que gémir en voyant menacé de son incorporation un pays dont le climat me détruit chaque jour1. »
Ainsi Louis écrit à Bonald : « J'ai reconnu que vos principes étaient conformes aux miens ». Ainsi, à cet inconnu, il dit son animadversion contre l'Empereur et contre Hortense; il le prend pour confident sans l'avoir jamais vu et sur ses livres — ainsi que tout jeune, il a pris Bernardin -de-Saint-Pierre. . . Pour des considérations personnelles, à ce qu'on dit, M. de Bonald n'accepta pas la place ; il suffit qu'elle ait été offerte.
Un plan d'éducation pour son fils qui a cinq ans et demi, cela est prématuré, mais des plans, c'est Louis tout entier : les plans l'agitent bien autrement que leur exécution et il lui suffit d'avoir tracé un plan sur le papier pour qu'il s'imagine avoir fondé les institutions, accompli les réformes, assuré à jamais la perpétuité de ses œuvres : de partout, à tout le monde, il demande des plans : à Fontanes, un plan pour la réforme de l'instruction publique en Hollande et la création d'une université rovale, à Muraire un
' Je n'ai de cette lettre que des fragments; mais malgré les regrettables lacunes, je publie ce que jeu ai trouvé, car tel quel c'est un document majeur sur la psychologie de Louis.
plan pour la réforme de la magistrature et la création d une cour de cassation; à Locré, un plan d'ensemble sur l'organisation départementale et communale ; c'est toute la face de son royaume qu'il prétend changer.
En même temps, il pense à perpétuer la gloire de son règne par des monuments, et, pour trouver de bons modèles, il visite en détail tous ceux que son frère a érigés, et il témoigne, par des présents, sa satisfaction aux architectes ; mais la plus désirable des illustrations lui semble encore celle que donnent les poètes et les gens de lettres. Etant du métier, il se pique de s'y connaître; il veut savoir toutes les nouvelles de l'Académie, il recherche les candidats et les accueille : Baour-Lormian et Campenon ont ses suffrages. Aux hommages de livres ou de brochures, il répond par des tabatières ou des montres et, dès lors, ne chôme point de dédicaces dont il est tout enorgueilli. Lorsqu'il aura regagné ses Etats, ce sera là le fond de la correspondance qu'entretiendra avec lui son secrétaire de cabinet, M. Decazes, confident intime qui s'exerce dès lors, avec ce maître capricieux, à deviner et à flatter les fantaisies royales.
Du monde et de la Cour, il voit peu de gens : il est assidu, quoiqu'il en ait, aux cérémonies habituelles des Tuileries, mais c'est sans agrément. Il n'attire point les ministres, sauf Fouché; il ne va dans aucun lieu public, dans aucun spectacle, jamais chez Garo-