‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 98 sur 141 · LA GRANDE COMMISSION · texte numérisé non relu

LA GRANDE COMMISSION

des armements extraordinaires, à des constructions de vaisseaux, à des organisations de flotille. et il a promis la solde, l'entretien, la nourriture de 18000 hommes, alors qu'il supprimait toute recette pour son trésor, tout commerce pour son royaume, diminué de ses deux meilleures provinces. Il s'affole à ce qu'il réalise à présent, à ce qui lui apparaît certain, formel, inévitable, et dans les derniers jours d'avril, il se décide à convoquer une grande Commission composée des ministres anciens et actuels, de quelques conseillers d'Etat et députés. Il veut leur demander « le parti le meilleur ou du moins celui que la nation croit être tel ». Il leur expose que le traité est désastreux, que peut-être vaut-il mieux tout perdre que sacrifier ainsi une partie de soimême. « Il se pourrait, dit-il, que, persuadé de ce que j'ai répété tant de fois depuis le commencement de mon règne, c'est-à-dire que la Hollande était l'objet des désirs et de la politique de la France, elle veut nous réduire aux abois, à la dernière extrémité, nous forcer à des dépenses exorbitantes et. une fois que la dette publique se sera écroulée, procéder à la réunion qui alors n'offrirait plus pour la France aucun inconvénient. » Il y a donc à prendre un parti décisif et c'est pourquoi il pose à la Commission ces trois questions auxquelles elle devra répondre, abstraction faite de sa personne et de sa famille :

« 1° L'état où nous allons nous trouver après le traité est-il supportable? Bien entendu nous n'exécu ferons que ce qu'il sera possible d'exécuter :

« 2° S'il est presque impossible à exécuter, humiliant pour la nation comme pour moi ; s'il sera une tache ineffaçable pour ma réputation; si je me suis trompé en croyant qu'il m'était permis de sacrifier à l'Etat jusqu'à ma réputation ; si l'opinion publique est contre cette fâcheuse existence ; s'il est un autre moyen moins pénible pour la génération actuelle, quel est-il ? il faut l'indiquer franchement.

« 3° Si, au contraire, la nation pense qu'on peut exister, que faut-il faire? Je suis obligé par devoir comme par inclination, dans une circonstance aussi importante, d'agir le plus conformément possible aux vœux de la nation. Dans ce cas, il faut m'indiquer les moyens de faire marcher les affaires et, pour moi, le moyen de rester sur le trône sans manquer à la parole solennellement donnée à la nation, d'y rester, dis-je, sans me voir d'une inutilité parfaite pour le bien général et sans avoir à supporter la plus affreuse des peines, celle d'être spectateur des malheurs contre lesquels je ne pourrais rien ? »

Il pose ces questions et quitte la salle; la Commission délibère et décide que « le moment, quelque critique, qu'il soit, présente encore quelques bonnes chances que l'abdication du roi pourrait faire manquer. » On invite Louis à rentrer et le président lui fait part de cette opinion unanime.

Il n'abdiquera donc pas; mais alors ne doit-il pas faire l'impossible pour regagner la confiance de son frère ? Ne doit-il pas conformer strictement sa conduite à ses promesses de Paris, entrer résolument dans le

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