‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 100 sur 104 · PAULINE. — A NICE · texte numérisé non relu

PAULINE. — A NICE

table et on ne peut rien lui représenter. » Elle est installée dans la Maison Grandis, au quartier des Baumettes. Et sa réputation est si bien faite ailleurs que les historiens de Nice annoncent que, « chaque jour, elle s'y Untc aux plus ridicules caprices et qu'elle donne des dîners et des fêtes ». La pau\Te ! î( Nous ne voyons âme qui vive, écrivent M'"'' de Cavour et M"^ de Quincy. Nous passons notre vie à voir passer Son Altesse d'un lit dans l'autre. Nous ne songeons pas seulement au Carnaval. » La légende des fêtes de Pauline n'en délectera pas moins les Niçois.

Pour des caprices, certes elle en à, mais point qui regardent les gens de Nice. En ce moment, son esprit est occupé par deux grosses affaires — mise à part celle du collier qu'elle finit par payer 215 000 francs seulement, celle des perles, celle des domestiques renvoyés, celle des dettes de M""" de Saluées, celle des économies, et bien d'autres de même espèce. D'abord, on a annoncé que Borghèse allait venir à Paris et la princesse règle comme il sera logé, servi, nourri et voiture. Point de détail qu'elle trouve indigne. Le prince logera au premier sur la cour ; seulement, on fermera la chambre gros bleu et or, le cabinet orange, la salle de bains et le billard; ce seront ses gens à elle qui feront le service des appartements, et ils fermeront les jalousies à cause du soleil, et ils couvriront les meubles du salon quand le prince ne recevra pas ou quand il aura fini de

recevoir. Au second étage, elle livre quelques pièces pour la suite, mais tout le reste sera fermé et l'intendant prendra la clef. Il n'y aura d'habillés que les domestiques nécessaires pour le service du prince, afin que les livrées ne s'usent pas. Point de linge, point de vin, et, bien entendu la dépense de la maison ne la regardera en rien. « La princesse désire cependant qu'on mette à la disposition du prince deux ou trois bouteilles de liqueurs des Iles et autant de bouteilles de rhum 5 mais seulement pour lui seul. Quant aux chevaux, ils ne passeront pas le bois de Boulogne : point à la campagne, ni à la chasse » : Borghèsc ne vint pas : c'est dommage. Son séjour au palais conjugal eût été délicieux !

L'autre affaire majeure est celle des cachemires : La comtesse Andreossi a acheté à Constantinople, pour le compte de la princesse, un cachemire blanc à palmettes vertes qu'elle a confié à son frère, M. de la Ïour-Maubourg, ci-devant secrétaire et chargé d'affaires à Constantinople, qui rejoint àprésent le poste de Wurtzbourg où il a été promu. Pauline attend son cachemire avec impatience; celui-là, elle l'aura peut-être; mais, en même temps. M""' Andreossi a expédié de Constantinople, par une autre voie, une caisse contenant aussi des cachemires pour la princesse et pour plusieurs dames ; M™*" de Gavour, M""" de Rochefort, la maréchale Augereau. La caisse est arrêtée à Milan. La princesse écrit à M. de Sussy, ministre des Manufactures, le priant de conciher l'aflaire. Point de réponse. Alors, elle emploie Decazes,

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1res lié avec Siissy, pour lui faire comprendre que « Son Altesse Impériale est un peu étonnée de son manque d'empressement. » A coup sûr, Sussy ne demanderait pas mieux que de s'empresser, mais il a dû transmettre à l'Empereur la lettre même de Pauline et l'Rmpereur a refusé toute faveur : « Les princesses, a-l-ilécrit, doivent donnerl'oxempled'obéir à la loi et d'encourager les manufactures nationales .» Luf/ele vénères. ' Voit-on Pauline en ternaux !

Reste à payer. Les sclialls pour M""" de Castiglione et M""** de Rocliefort étaient dans une caisse à l'adresse de la princesse. La princesse en est responsable. Ainsi lepense-t-elle au premier mouvement et fait-elle offrir le paiement : C'est 3 21o francs pour la duchesse de Castiglione seule. Au second mouvement, la princesse change d'avis. Le g-énéral Andreossi a présenté sa note : 7209 piastres qui, à 3^'',40 la piastre, font 24 910 francs 60 centimes. C'est beaucoup d'argent. Pauline écrira donc le 20 novembre que, quant aux schalls, elle est très décidée à ne pas les payer à M""" Augereau, qu'elle en a perdu elle-même pour 12 000 francs et qu'il n'est pas juste qu'elle supporte toute la perte. Et cela fait dans tout ce monde un déplorable effet.

Le séjour à Nice est rempli par ces grandes afTaires et bien d'autres aussi graves : meuble à bijoux commandé à Jacob; portraits demandés à Saint et surveillés par Forbin et Denon ; buste en marbre que Bosio fait à nouveau, épreuves en plâtre qu'il tire du pre-

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mier buste et qu'il doit revoir et terminer ; arbustes à fleurs qu'on doit apporter de Montgobert ou obtenir des pépinières impériales pour Neuilly ou le Faubourg- : boîtes à chiiïre ou à médaille, avec ou sans diamants; eau de Seltz qui manque, bougies qui sont affreuses ici, sarments de vigne qu'on ramassera à Neuilly, car la princesse « aime beaucoup à allumer son feu avec les sarments, les petits fagots et les pins » ; bijoux qu'on apporte et remporte de Paris à Nice, car Pauline a voulu voir son écrin et, de ses mains amaigries, remuer, toucher, palper ses étonnants bijoux ; petits oiseaux qu'on protège à Neuilly ; interdiction de tirer des coups de fusil, proscription des pies et des chats ; tout cela pêle-mêle, par décrets authentiques, formels, contradictoires, et aussitôt rapportés.

Ainsi, le 31 mars, Pauline, sur la nouvelle que son ci-devant beau-frère, Leclerc, a été, le 12, relevé de ses fonctions de préfet de la Meuse, lui assigne une pension annuelle de 6000 francs sur Montgobert. La lettre qu'elle lui écrit est charmante, pleine de tact et « de ménagement ». C'est le premier mouvement. Voici le second : en septembre, elle écrit à Decazes : « J'ai demandé si on avait pgiyé à M. Leclerc plus de 3 000 francs pour la pension de 6 000 que je lui avais offerte. Je n'ai jamais eu de réponse. Mon intention est qu'on ne lui donne pas les trois autres, si cela n'est pas fait. » Du même coup, elle veut en finir avec les Leclerc, régler ce qui reste dû, sur la succession du général, à M""® Leclerc mère. Elle

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