‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 103 sur 104 · PAULINE. — EUE DES DÉCRETS · texte numérisé non relu

PAULINE. — EUE DES DÉCRETS

des fleurs, les marches très douces, d'un bois clair et « un petit tapis au milieu et pas de toute la largeur de l'escalier ». C'est des recommandations sur les portes, les rideaux, les clefs, les lieux à l'anglaise très propres, les mauvaises odeurs, les sonnettes, les pompes — et puis l'argenterie à renouveler, et puis les parures à monter et à enriciiir. De Gréoulx elle se promène en souvenir dans chacun des salons, l'inspecte, change les meubles de place, vérifie les tentures, accroche ou décroche les tableaux. L'ère des règlements est rouverte ; Paulette, la divine Paulette, légifère à nouveau et elle rend des décrets, comme celui du 4 juillet, en vingt articles de ce genre : « Ahticle 3. On ôtera tous les baquets d'aisance. Les gens iront dans les commodités qui sont sur le devant de la maison. La première fois qu'on manquera à la règle pour faire quelque cochonnerie, M. Michelot fera payer un louis d'amende. La seconde fois, on chassera celui qui aura manqué, sans pension ni recommandation. Le suisse d'antichambre surveillera les valets de pied pour qu'ils ne parlent pas haut, attendu que leur antichambre est près de Son Altesse et que d'ailleurs cela n'est pas décent. Il ne laissera pasjouer aux cartes ni autrement. Les amendes seront de 3 à 6 francs. »

Le style n'est point noble, mais l'ordonnance est stricte et les sanctions rigoureuses. C'est que Pauline joint à son caractère natif, méticuleux et tracassier, ayant certains des côtés intimes du caractère de Napoléon, le désir de modeler sa maison sur celles de Joséphine et d'Hortense, parangons d'élégance et de goût.

Bien sûr, aimant aussi peu ses belles-sœurs, ce n'est pas d'elles qu'elle attend des renseignements, mais, à chaque lettre, elle commande à son intendant de s'instruire comme on fait chez elles pour les livrées, pour les fleurs, pour les massifs, pour les tentes à l'entrée des vestibules, pour les réverbères, les tapis, les gages, la pohce. Cela revient comme un refrain ; sans se l'avouer, malgré sa beauté, sa grâce, son argent, elle se sent incapable défaire aussi bien, et malgré elle, elle se conforme à la mode qu'ont inaugurée ces Parisiennes.

Entre deux saisons à Gréoulx, Pauline va, du 12 juillet au 19 août, s'établir près d'Aix dans une maison de campagne appelée La Mignarde que le commissaire ordonnateur' J.-B, Rey, qui en est propriétaire, a mise à sa disposition. Joli site, de l'eau, de beaux arbres, une gentille installation. Pauline compte reconnaître l'hospitalité qu'elle y recevra, cinq semaines durant, avec un schall de cachemire de cinquante à soixante louis qui aura « de l'apparence. » Elle fait chercher à Paris. « Il ne faut pas l'acheter, mais il faut en donner les détails pour que Son Altesse se décide. » Son Altesse ne se décide pas et elle trouve sa générosité suffisamment prouvée par le don d'un buste en plâtre.

Le séjour à La Mignarde a débuté par un temps détestable qui ne permet pas de sortir le nez dehors. « Il fait un mistral redoutable et un froid à se chauffer. » Pourtant la princesse, remontée par sa

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cure, persiste pour le moment à penser qu'elle rentrera à Paris en septembre. EUejouiten égoïste de ses parures qu'elle sest fait apporter, elle attend des devis, elle raffine encore en pensée sur tout ce qu'elle a commandé : « Il est temps, écrit-elle, (ju'en arrivant à Paris, je puisse un peu jouir apiès avoir tant souffert... J'aurai bien du plaisir à ètreenfii^ chez moi et à y trouver tout ce qui me fera plaisir... Je veux que tout soit d'une propreté charmante. » Mais les devis d'architecte n'arrivent pas et la princesse ne veut rien commencer sans les avoir examinés. Lorsqu'ils parviennent à La Mig^narde en août, elle les ti'ouve excessifs. « On parle maintenant, éci'it-elle, de cent mille francs comme de dix francs. J'ai donc réduit le tout à ce ([ui m'a paru convenable et raisonnable. Je ne veux pas qu'on passe d'un sou les 8UUUU. Tout est compris dans cette somme, même Neuilly. J'entends qu'avecla somme fixée, les mêmes choses soient faites. Je garde tous les devis afin d'en faire la comparaison. En y mettant de l'économie et plus de temps, cela pourra se faire. » Elle dit môme : « Si mon palais n'était pas fini, je logerai ailleurs. »

iMais une lettre de l'Empereur vient changer tous ses projets. xVvant de ([uilter Nice, au moment où elle était encore fort souffrante, elle a écrit à son frère une lettre que, par ses ordres, on a portée aux Tuileries et oii, alléguant les avis de son médecin, elle demandait à prolonger son séjour dans leMidi. De Dresde, le lUjuillel, l'Empereur répond : « J'ai reçu votre lettre. Je

vois avec peine que votre santé soit toujours mauvaise. Je ne puis que m'en rapporter aux conseils que vous donnent vos médecins. J'approuve que vous restiez dans le pays qui vous prom'et un prompt rétablissement et un plus prochain retour à Paris. » La princesse écrit aussitôt : « Je compte n'être de retour à Paris qu'au printemps d'après une lettre très aimable de l'Empereur qui m'engage à suivre l'avis des médecins en passant encore un hiver à Nice, afin de retourner le plus tôt possible à Paris et dans le meilleur état possible. »

Elle est repartie le 20 août à Gréoulx où la même existence recommence avec des tracasseries pareilles. A présent, ce qui l'inquiète, outre les domestiques qu'on renvoie et qu'on reprend, les travaux sur qui elle ne tarit pas, la propreté à propos de quoi elle s'exalte, c'est la question des confitures, celles qu'on a dû faire cette année, les anciennes qu'on ne lui a pas envoyées, les nouvelles qu'elle entend goûter; c'est la vente annoncée du mobilier du duc d'Abrantès et l'unique preuve de l'intérêt qu'elle prend à cette Lauretle qui, à en croire les mémoires, aurait été sa meilleure amie, c'est de commander qu'on fasse chez «lie une bonne provision de vins d'Espagne, car le duc en avait quantité. On en prendra pour dix mille francs, mais après qu'on les aura goûtés et faitgoûter. Etpuis elle s'in-' forme si la duchesse vendra ses sapiiirs et de quelles autres pierres elle serait disposée à se défaire : « Je sais, écrit-elle, que ses saphirs sont beaux et on pourrait peut-êtreles avoir à bon compte. » Et« M. Decazes

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qui connaît la duclicsse sera un 1res bon intermédiaire. »

Fj'on croirait à un ég'oïsmo à ce point déterminé que, liors elle-même et ce qui la touche, Pauline n'aime rien ni personne. Elle aime ses frères pourtant, et bien pins que ses amants. Elle aime sa mère,Fesch et Louis avec qui elle correspond et pour qui elle cherche des cadeaux qui puissent leur plaire. Surtout, elle aime l'Empereur. Quelque soin qu'on ait pris pour lui cacher les mauvaises nouvelles, on n'a pu empêcher certaines de fdtrer jusqu'à elle. Elle a bien été contrainte de se dire que les choses n'allaient pas bien, lorsqu'elle a vu M. de Clermont-Tonnerre partir dans, les Gardes d'Honneur, et qu'elle a dû appeler M. de Montbreton pour le remplacer. A mesure que sa santé s'améliorait, l'on a été moins discret. Ce qui prouve à présent qu'elle sait, c'est qu'elle impose le secret : « La princesse, écrit M"'' de Quincy, me charge de vous dire qu'il faut prévenir tous les gens et toutes les femmes ou sœurs de ne rien écrire sur la politique. Ces gens-là écrivent des sottises que ceux-là répètent et il n'est pas convenable que cela soit. Imposez le silencesurcechapitre, cela choque Son Altesse etavec ]-aison. Elle est décidée à renvoyer le premier qui s'en mêlera et à faire punir le premier qui aurait écrit. » Mais cela est de la déférence, du respect, peut-être de la crainte, non de la tendresse.

En voici : Ayant sorti ses bijoux de son palais, et les ayant fait apporter à Gréoulx, elle les renvoie, ordonnant qu'on les dépose chez Madame. Lia, on

prendra son g^rand collier de diamants, celui que Picot lui a fourni et qui est estimé 210 000 francs. On le vendra, si on en trouve 100 000 francs comptant, et le reste en billets. Ainsi, de bijoux qu'elle vendra, d'argent qu'elle raclera dans sa caisse, ramasse-telle 300 000 francs qu'elle offre à l'Empereur. Elle est la première, elle est la seule à y penser. « S'il accepte, écrit elle, je resterai embarrassée, mais n'importe. Je me réduirai moi-même. J'ai fait ce que je dois. » De Gotha, le 2o octobre, l'Empereur lui répond : « Ma sœur, j'ai reçu votre lettre du 13 octobre. Mes dépenses ont été considérables cette année et le seront encore plus l'année prochaine. J'accepterais le don que vous voulez me faire, mais la bonne volonté et les ressources de mes peuples sont telles que je crois mes moyens assurés pour faire face aux énormes dépenses qu'exigeront les campagnes de 1814 et de 1815, quels qu'en soient les événements. Si cette coalition de l'Europe contre la France se prolongeait au delà et que je n'eusse pas obtenu les succès que j'ai le droit d'espérer de la bravoure et du patriotisme des Français, alors je ferai usage de votre don et de tous ceux que mes sujets voudront me faire. »

C'est ici la première lettre qu'il lui écrive de ce style, la .mettant presque dans la confidence de ses desseins, élevant à le comprendre cette Paulette qu'il traitait en enfant, dont il raillait et fustigeait les caprices, tout en lui gardant l'affectueuse complaisance d'un frère aîné, quelque chose d'attendri dans son amitié qui était comme un hommage à sa beauté.

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Il a senti battre ce cœur qui tressaillait pour lui; il saisit, pour les baiser, ces radieuses mains qui tendent vers lui, pour réparer ses désastres, le peu d'or qu'elle possèdent, et à celle qui, la première et la seule, a compris quel était le devoir, parce qu'elle a écouté son instinct, il dit ces paroles fermes et graves, paroles d'Empereur que doit seule entendre la sœur préférée de César.

Jusqu'à la mi-octobre, Pauline a été retenue à Gréoulx par une grave maladie de M™* de Cavour — lièvre inflammatoire bilieuse, accompagnée d'un érésypèle général. Madame, très préoccupée des événements, les gens d'alîaires justement inquiets de ne plus rien recevoir des dotations d'Allemagne, désiraient formellement qu'elle revînt directement à Paris, pour y prendre des précautions et des mesures indispensables. Dans la maison, tout ce qui est du service d'honneur aspire au retour, mais Espiaud, le nouveau médecin, qui n'y gagnerait rien et y perdrait tout, profite de l'étonnante autorité qu'il a prise sur Pauline — et qui sans doute n'est pas toute scientifique — pour ordonner un nouveau séjour à Nice. Montbreton qui la connaît depuis Montgobert, a vainement tenté un eflort sur sa raison. Elle a d'abord semblé convaincue, et si, à ce moment, il avait été soutenu par une lettre de Madame, par des lettres de Decazes qu'une sorte de fatalité a retardées, « par l'avis de tout ce qui est près d'elle depuis dix-huit mois », il l'eût vraisemblablement emporté, « mais le soupçon

qu'un peu d'intérêt personnel pouvait l'engager à tenir ce langage a détruit toute la force de ses arguments. » La princesse a donné « l'ordre le plus absolu de ne plus rien tenter auprès d'elle pour altérer ses résolutions. Elle a ajouté que ceux qui s'opposaient à son séjour à Nice voulaient sa mort. » C'est là de ces déclarations qui ferment la bouche aux bavards.

Quoique le temps fût tout à fait gâté, elle se mit en route le 18 octobre. Pendant trois jours consécutifs, abritée seulement par sa petite chaise, elle reçut une pluie torrentielle. Arrivée au Muy, près de Fréjus, elle fut obligée de s'arrêter quelques jours, partie à cause de sa santé, partie à cause du vent contraire. Elle s'embarqua enfm le 28 et subit dans la traversée jusqu'à Nice un mal de mer qui a achevé d'épuiser ses forces. A Nice, son état donne les plus vives inquiétudes. Son médecin, qui est seul à la voir, prononce qu'il est de toute impossibilité de la transporter, fût-ce à une lieue. Il renouvelle à tous les gens de la maison la défense expresse de lui rien communiquer. Des lettres qui arrivent à son adresse, même celles de la Famille, nulle n'est décachetée. « Je suis, écrit Montbreton, très inquiet de la situation où elle se trouve, car nous sommes très mal dans ce pays, et, si des circonstances majeures nous forçaient de quitter cette ville, je ne sais pas comment nous pourrions la transporter jusqu'à Lyon. »

Et pourtant, au moment même où elle débarquait

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à Nice, elle s'occupait d'y faire venir de Paris, pour charmer ses soirées, un guilarisle de grand renom, le nommé Castro, qui était de la maison de la princesse de Suède ; elle lui faisait olIVir un engag"ement, 800 francs pour le voyage, six, sept, même huit cents francs par mois, le logement et la nourriture. « Dans les circonstances présentes, écrivait-elle, cela lui sera avantageux ; la princesse de Suède ne le gardera pas, l'hiv^'r sera triste à Paris. Il apportera sa guitare et sa musique. » Mais ce n'a été là qu'une fantaisie qui passe : la maladie la fait remettre, les événements la font écarter. « Vous pensez bien, écrit-elle le 10 novembre, (|ue, dans les circonstances, je ne peux plus l'avoir, ))

A peine sortie de cet état de prostration et de faiblesse qui ne lui permettait ni de lire, ni même d'ouvrir une seule lettre, elle retombe aux in(juiétudes qui la harcèlent. Les mauvaises nouvelles l'accablent, mais la crainte d'(.'n manquer la torture. Que doit-elle? Combien a-t-elle en caisse? Il n'y a rien à espérer de Ilanau, de la ^Vestphalie, peut-être de l'Italie ; alors, elle imagine des combinaisons, envoie des gens à Francfort et à Mayence, suspend les travaux qui ne sont pas d'urgence, arrête toutes les dépenses. De là pourtant à imaginer que ce soit la catastrophe, il v a loin. « Je vois bien, écrit-elle le 14 novembre, que ma position de fortune éprouve des pertes, mais je les supporte avec courage et résignation. Seulement, je réduirai mon budget pour l'année prochaine

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et je ferai moins de dépenses, ne voulant pas êlre jamais dans Tembarras. ^)

Là s'arrele sa prévoyance. Elle semble ne pas vouloir en apprendre davantage : elle se cache à ellemême les vérités pénibles ; elle interdit aux personnes de sa maison « de lui parler de rien que de sa santé », elle « attribue toujours ses maux à ce qu'on lui dit » ; mais il faut bien quelle écoute lorsque 3Iadame lui parle : « Que vous auriez bien fait, lui écrit Madame le 17 novembre, de suivre le conseil de M. de Montbreton dans le temps, car je crains bien que vous ne soyez forcée de quitter Nice lorsque vous vous y attendrez le moins. »

Comment quitter? « Son état est désolant. Chaque jour, de nouvelles crises. Elle est dans l'impossibilité de quitter d'ici, écrit M"" de Cavour, le 24 novembre. Nous serons bien heureux si, en quatre mois, elle peut gagner assez de forces pour cela. Elle est maigre à faire pitié; tout la chagrine et l'irrite. Il faut lui épargner autant qu'on peut les mauvaises nouvelles de ses affaires. » C'est là, en effet, la préoccupation continuelle; mais elle est en méfiance, et elle veut s'en occuper toute seule; de sa mauvaise écriture, douloureuse et lasse, elle écrit des factumç à Decazes, le seul à présent dont elle prise et suive les avis. De temps en temps, dans des lettres de huit, de douze pages, elle s'interrompt : « Combien je suis fatiguée d'avoir écrit!... » « Je n'en puis plus!... » Et c'est encore des pages et des pages, un ressassement de plaintes pitoyables, comme un sanglot d'agonie.

PAULINE- — SA FORTUNE CHANCELANTE 3î»a

En iiiènio temps, près d'olle, pour profiter des derniers débris de sa chancelante fortune et de son inlluence expirante, les demandes affluent et se font |)lus pressantes et plus âpres. M. de Forbin entend lui vendre, pour 3 oOO francs, des nécessaires qu'elle lui donna jadis et, pour 1) 000, des meubles provenant de sa terre de La Roque en Provence : on acquittera la lettre de change de 3 500 francs, mais, quant aux meubles, « ils ne sont pas arrivés depuis plus de cinq mois qu'ils ont du être envoyés. La princesse croit donc qu'ils n'ont pas été expédiés. » Ordre àl'intendant de ne pas les recevoir et de les faire déposer chez M. Grégoire, homme d'afi'aires de M. de Forbin. Et puis, alors, des histoires pour qu'elle accepte, surtout qu'elle paye ces meubles. Mais de tous les solliciteurs, le plus pressant est Decazes. Non content de ce qu'il a reçu, il veut plus et mieux : une grande place : celle de procureurgénéral, sans doute. D'abord il emploie M"'" de Cavour et M"*^ de Quincy pour prier la princesse d'écrire à l'Empereur; quand il a échoué, il s'adresse à Pauline elle-même, et, comme elle croit ne pouvoir se passer de lui, elle promet de s'exécuter : « Comme la poste part dans une heure et que je suis toute souffrante, surtout depuis trois jours, écrit-elle le 24 novembre, je veux, mon cher monsieur Decazes, vous dire seulement que j'écrirai pour vous à l'Empereur. Je vous enverrai la lettre pour l'Empereur et une aussi pour l'archichancelier pour qu'il la remette à l'Empereur. Je vous aime et je désire de tout mon cœur que vous soyez heureux. Si

mes affaires eussent été meilleures, j'avais le projet de vous offrir cent mille francs pour votre beau-pere et même, si je le puis, disposez de moi. » Mais la démarche qu'exige Decazes lui coûte si fort, lui paraît si inopportune et si risquée, qu'elle s'ingénie à gagner du temps. « Son Altesse Impériale, fait-elle écrire le 6 décembre par M"'' de Quincy, me charge de vous dire que vous n'ayez aucune inquiétude sur la demande qu'elle doit faire pour vous à Sa Majesté; que son intention est de la faire au jour de l'an. Son Altesse demande s'il ne faudrait pas encore écrire au ministre qui doit vous présenter, car Son Altesse veut faire tout ce qu il faut pour que la chose réussisse. »

M. Decazes eut le bonheur qu'elle ne réussît pas, même au jour de l'an. Pour ce jour de l'an, la princesse, malgré les pertes qu'elle subit, entend faire les choses comme d'ordinaire, au moins en apparence, et il lui faut quantité de présents, tant elle a de services à reconnaître; mais au plus juste prix. D'abord trois cents francs de bonbons du Fidèle Berger — marque médiocre — en vingt ou vingt-cinq boîtes ou cornets ; puis des bustes en plâtre, mais elle ne les paiera que oÛ francs au lieu des 87 qu'on lui, demande; après, des portraits par Saint ou façon-Saint, car Saint veut oOÛ francs par portrait et xM"'" Dumeray fera d'excellentes copies à 120 francs, surtout si la princesse indique les retouciies, comme : « les cheveux trop clair, l'épaule trop relevés ; la bouche pas assez fine »; pour les enfants dont les parents se

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