XXXII INTRODUCTION
pagne en 1808, de la Russie même eu 1812, n'a rien qui soit tentant — c'est celui que lAngleterre distribue à la France. 11 est ingrat. D'autant que l'Angleterre peut difficilement se flatter de grouper contre lAUemagne une coalition telle que contre la France.
En Europe, Ihégémonie a échappé à la Fi\ance en 1814, et, par là même, l'Angleterre s'est trouvée la maîtresse du monde. Nulle puissance, de 1815 à 1870, ne s'est trouvée assez forte pour reprendre le rôle que la France avait joué durant deux siècles etpour défendrej contre l'Angleterre, les intérêts européens. Immenses dès lors, mais paraissant plus spécialement frani;ais, ces intérêts sont aujourd'hui vitaux. Existent-ils moins parce que la France les partage avec les autres nations?
La politique de Napoléon n'avait pas été seulement une politique française : si elle eût été telle, et que Napoléon n'eût tenu compte que des intérêts delà France, la révolte de l'Europe contre lui eût été légitime. Mais l'Italie, dès qu'elle échappait par l'unité à la décadence, devait tendre à reprendre, avec sa marine, le rang qu'occupaient jadis Gènes et Venise ; l'Allemagne devait écouler ses produits agricoles et industriels vers les villes de la Hanse qui s'en feraient les commissionnaires par l'univers et atteindraient ainsi une invraisemblable richesse. Pour toutes les nations feudataires du Grand Empire, il fallait, comme pour la France, si elles voulaient se développer, prospérer et vivre, la mer libre, le commerce libre et la colonisation libre.
Parce que l'hégémonie n'appartient plus à la France, en quoi les intérêts européens ont-ils changé 1 Kn quoi la domination de l'Angleterre est-elle plus tolérable?
L'a.xe de la résistance n'est plus le même, mais le rayon de la résistance est identique. Tôt ou tard, pour une raison quelconque, un conflit s'ouvrira sur un des points du monde. Dans ce conflit, l'Angleterre aura pour allié le Japon dont les intérêts, en ce moment, ne sont point contraires aux siens, et à qui elle peut abandonner comme sphère d'influence le Pacifique à condition de se réserver l'Océan Indien. Par suite, les États-Unis, qui auront à défendre les colonies et les postes qu'ils ont acquis dans le Pacifique, se trouveront les premiers menacés et rejetés vers l'Europe. Dans cette lutte, qui sera
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rude, la France, en toute hypothèse, a tout à risquer, n'a rien à gagner; mais, si elle se tient à son rôle de puissance européenne, elle risque ses colonies d'Indo-Chine, et certaines de ses colonies africaines; si elle se rend une fois de plus le soldat d'Angleterre, elle risque son indépendance nationale.
Quant à penser que, par une guerre, même soutenue par toutes les forces navales de l'Europe et des États-Unis, la domination anglaise sur le monde puisse être sérieusement atteinte, il faudrait un aveuglement que suffit à détruire le moindre examen rationel des moyens mis en présence : en une guerre maritime où combattront uniquement des navires à vapeur, la victoire appartiendra à celui des adversaires qui aura multiplié et fortifié, sur la face du monde, les points d'appui et les dépôts de charbon. Entre les facilités que trouvera pour se ravitailler l'Angleterre sur toutes les mers, et l'impossibilité on seront les tlottes européenne et américaine de dépasser certaines latitudes, qu'on compare.
L'Angleterre serait atteinte sans doute dans son commerce, car les États-Unis n'ont pas commis la faute d'adhérer à la Déclaration de 1836, mais, sur mer, elle ne laisserait point d'être à la fin victorieuse. Elle n'est vulnérable — mais elle l'est — que si, de maritime, la guerre se fait terrestre. Bonaparte,''là comme partout, a proclamé la vérité : on ne saurait avoir raison de l'Angleterre qu'en la frappant au cœur, en jetant sur ses eûtes cent mille hommes qui marcheront aussitôt sur Londres, arrêteront la machine d'où part le mouvement initial. Sans doute, de cette chute de l'empire britannique, naîtront des nations nouvelles, colonies ci-devant, alors républiques ou empires : mais isolées elles ne seront point redoutables pour l'Europe comme elles l'étaient, liées à la métropole.
Et si, avant vingt ou trente ans, ce démembrement de l'empire britannique n'a pas été accompli, il ne saurait plus l'être par les Européens. L'Angleterre a prouvé, en recherchant l'alliance japonaise, que, pour des intérêts même minimes, elle n'hésiterait pas à prendre pour soldat, à défaut d'une nation européenne de bonne volonté, la race jaune. Avant vingt ans la Chine sera militarisée par le Japon. Qu'une vague humaine partie des bords du Pacifique vienne s'abattre sur la Russie,