‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 14 sur 104 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

i^éduite par Tauarchie — moins spontanée peut-être qu'on ne pense — à limpuissance ; qu'elle franchisse l'obstacle, ou l'entraîne pour s'en faire un bélier, comme les eaux débordées avec les poutres des digues renversées ; qu'elle se heurte alors ù l'Allemagne, qui peut dire l'issue d'une telle bataille? Attila succomba dans les plaines catalauniques, mais par quels hasards et devant quelle union ! A présent, pour lui fournir des espions et des armes, il y trouverait les Anglais.

Telle sera peut-être pour l'Europe et pour la civilisation occidentale, la conséquence, après un siècle et demi, du triomphe de l'Angleterre sur la France et de la chute du Héros par qui seul nos destinées eussent pu être changées.

Arrivé dans ce livre devant ces pages lamentables que je n'ai point écrites sans un frémissement de tout mon être, n'ayant plus à rendre compte que des derniers soubresauts d'une agonie que les Anglais ont pu rendre la plus douloureuse qui ait ému l'humanité, ne sachant, à l'âge que j'ai atteint, s'il me sera permis décrire encore les tx'ois volumes qui doivent terminer cette histoire, j'ai voulu, du moins, donner un libre cours à ces idées qui hantent mon esprit depuis trente aus et qui, à quelques-uns de ceux qui veulent bien me suivre en ces études, feront mieux comprendre pour quelles raisons d'admiration passionnée je m'y suis attaché.

Napoléon n'est pas seulement « le professeur d'énergie » que vénèrent les représentants les plus distingués de la génération qui suit la nôtre ; il n'est pas seulement l'exemple déterminati du héros; pas seulement l'iiomme en qui la fortune a montré ses prodiges, élevant et abaissant tour à tour sa destinée pour la rendre la plus enviable et la plus lamentable qu'ait enregistrée lesannalesdu monde; il n'est pas seulement l'admirable ouvrier qui, des débris de deux Frances, a édifié cette France nouvelle battue depuis un siècle par toutes les tempêtes et encore debout; il est l'incarnation même d'une politique nationale, aussi vieille que notre France ; il on fut le dernier soldat ; il en a été le martyr.

Mais l'Empereur des Français a élé aussi l'Empereur des Européens : partout où il a passé, sa trace est vivante ; son

INTIIOUUCTION xxKv

histoire passioune les écrivains ; sa mémoire agite les peuples ; ses enseignements présentent aux meneurs de nations l'unique leron. Leurs pères ont abattu Ihomme : sa doctrine s'impose àleurs appréhensions et les contraint aie reconnaître- pour leur chef. C'est lui qui la dénoncée comme le suprême péril, cette domination delà mer, dont on croit, cent ans après lui. rédiger la philosophie, contre laquelle on s'efforce de lutter en créant des ligues maritimes, et qu'on s'imagine pouvoir combattre en construisant à grands frais des navires de guerre. C'est lui encore qui a imposé la seule solution logique du problème, à présent que, délaissant ou presque le marché européen, encombré par les industries nationales, les maîtres de la mer se sont emparés du marché mondial. Cent ans après Tilsit, « l'aventurier corse » donne encore ses leçons aux descendants de ceux qui n'ont su ni le comprendre, ni le suivre, et qui, en le renversant, ont cru se rendre libres, alors qu'ils concouraient au triomphe définitif de la plus âpre tyrannie que les nations aient pu jamais subir.

Frédéric Masson.

Clos des Fées. jSovembi'o 1906.

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