RÉGENCE ET COURONNEMENT
pour tenir sa cour, pour recevoir des députalions, pour haran-uer les Grands Corps de l'Étal; dans ce verlige d'alïaires, de représentation, même déplaisirs, il porte le dessein qui seul, à son estime, peut consolider la dynastie et en assurer la perpétuation ; il le rumine et le digère ; il en pose un à un les jalons, car l'entreprise est singulièrement difficile et, pour l'accomplir, le temps est strictement mesuré.
Il faut qu'avant l'ouverture de la campagne prochaine, le Pape réconcilié soit venu à Paris couronner Marie-Louise comme impératrice, le Roi de Rome comme empereur associé à l'Empire. A l'Impératrice couronnée, l'Empereur remettra, durant la guerre, la régence de l'Empire. S'il meurt, la Régence, durant la minorité de l'Empereur, continuera amsi, sans contestation, à être exercée par elle.
De la sorte, croit-il parer aux deux périls (\m menacent la dynastie :
A l'intérieur, car la religion est pour lui le ressort suprême de gouvernement et, contre l'Empereur sacré par le Pape, lever la main est léser la majesté divine et humaine; Napoléon II associé à l'Empire, mis ainsi en possession de la couronne du vivant de son père, ne peut plus être oublié ou passé sous silence comme fut le Roi de Rome. Les Grands Corps de l'État, les citoyens et les soldats lui auront prêté serment. Par quelque cérémonie dont il ne sera pas difficile de tracer le touchant appareil et les pompes nationales, les imaginations auront été frappées et le
prestige s'imposera à Napoléon II. Si Napoléon 1" meurt, la transmission de la Com^onne s'opérera ainsinaturellement.
A l'extérieur, car Marie-Louise d'Autriche étant régente de l'Empire, les souverains européens ne pourront plus former contre la dynastie, contre la personne môme du souverain mineur les objections qu'ils dirigeaient contre Napoléon ; ce ne sera plus le soldat couronné de la Révolution victorieuse qu'ils rencontreront, ce sera une femme, leur égale et leur pareille, fille des Césars, à demi Bourbon, à demi Lorraine, dont ils ne pourraient renverser le trône sans ébranler les leurs ; ce sera un enfant qui joindra à l'investiture divine l'investiture nationale, et aux veines duquel coule le sang de sa mère, leur propre sang. Pour traiter, quels avantages ! Il ne serait plus question du Grand Empire ; laKégente n'aurait plus à défendre que la France, et, là où Napoléon est contraint de ne rien céder, elle, pour son fils, aura les mains libres.
Mais un tel projet n'est pas sans soulever des difficultés à l'infini : vis-à-vis du Pape, pour obtenir qu'il couronne la mère et l'enfant, il faut que Napoléon renonce, au moins pour l'instant, au plan gigantesque qu'il a développé depuis 1805 ; il faut qu'il fasse toutes les concessions compatibles avec l'exercice d'un gouvernement laïque, qui, quoique respectant et honorant l'Eglise catholique et ses ministres, ne saurait admettre l'ing-érence cléricale. Pour un avantage immédiat, si g^rand soit-il, Napoléon n'est point
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lioiuiiie à livrer quoi que ce soit du iloiimine protégé à si grand peine par les rois, les évoques et les docleurs français contre la marée montante de l'ultraniontanisme. Il prétend garder intangible le corps des doctrines gallicanes, base essentielle de la relic^ion catlioli(jue, telle qu'elle a pu être acceptée en France par les gouvernements et telle qu'elle a été professée par les peuples, digue nécessaire dont l'écroulement laisserait le champ libre aux aspirations lliéocratiques, aux cultes superstitieux, aux dogmes féministes et assurerait la prépotence des Congrégations romaines. De même, les règlements sur la police des Cultes, que l'autorité séculière revendiqua et exerça constamment le droit d'édicter et qui sont la condition de l'existence légale des Eglises et de leurs ministres \ Sur ces points essentiels, l'Empereur ne cédera point : on en a pour preuves les notes qu'il dicte le 2G janvier et le 17 février, en Conseil des ministres, alors qu'il croit le Concordat conclu, sur la nature et le mode des relations ({ui pourront avoir lieu en France entre le Pape et les évèques ou les fidèles, mais, sur les autres points, il est disposé à tout accorder et, en particulier, il se rend facile en ce qui touche le temporel, qui fut l'objet unique de ses dissentiments avec le Saint-Siège,
Pour ce qui est de la Régence, les choses semblent se présenter plus simplement. Sans doute, à prendre les Constitutions de l'Empire, les femmes en sont
' V. L Impératrice Marie-Louise. Ed. in-8», p. 249 cl suiv. — Napoléon et son fils. Ed. in-S", p. 241 et suiv.
exclues (art. XVIII, | 2) ; si la Régence n'est déférée de droit « au prince le plus proche en degré, dans Tordre de l'hérédité, ayant vingt-cinq ans accomplis )), qu'à défaut d'une désignation de la part de l'Empereur, ce droit de désignation est restreint aux princes français, ou, à leur défaut, aux titulaires des grandes dignités de l'Empire ; mais, malgré les inconvénients qui s'attachent à l'instabilité des lois constitutionnelles, surtout lorsqu'elles ont, comme le Sénatus Consulte organique du 28 lloréal an XII, été présentées à l'acceptation du peuple, on peut soutenir qu'un Sénatus Consulte peut légalement modifier ces articles de la Constitution. Que le Sénat se rende docile, nul n'en doute, mais que penseront et que diront les princes qui se trouveront ainsi dépouillés d'un de leurs droits essentiels ? Que dira surtout Joseph qui, le premier, au cas oii la Régence s'ouvrirait, est appelé à l'exercer.
Dès son arrivée, l'Empereur s'est occupé de l'Espagne, dont les affaires exigent que, dans un sens ou l'autre, il prenne un parti immédiat. Après la défaite des Arapiles et l'évacuation de l'Andalousie, après la campagne manquée par Joseph, en présence de l'insurrection luttant à égaUté, sur le territoire de l'Armée du Nord, avec les troupes de Caffarelli, insultant les frontières de France et menaçant toutes les communications, devant cet étrange résultat de six
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années de g-uerre perpétuelle : les six armées employées dans la Péninsule réduites aux places (juelles occupent et n'ayant pas même obtenu la sécurité de leurs quartiers d'hiver, faut-il espérer qu'on rétablira les affaires, que, pour la troisième lois, on conquerra l'Espagne, alors que la France, presque désarmée, va être obligée, en Allemagne, de faire face à l'Angleterre enfin délivrée de ses terreurs, à la Russie enivrée de sa victoire, à la Prusse exaspérée de l'occupation française, à la Suède affolée de jouer un rôle, à l'Autriche qui prépare sa défection prochaine, aux Etats de la Confédération qu'entraîne l'universelle révolte conlre lliégémonie napoléonienne.
Le moment n'est-il pas venu d'en finir avec cette aventure néfaste oij l'Empereur a été attiré par les facilités rencontrées d'abord chez un peuple dont on ignorait le caractère et les ressources; par l'obligation de briser dans le gouvernement une inimitié qui se faisait jour au premier bruit d'un échec (|u'auraient subi les armes françaises; par l'ignominie d'une race royale dont les disputes révélaient l'ineptie, les hontes elles crimes ; par la tradition historique (jui voulait en Espagne une alliée fidèle ; par l'esprit familial enfin qui, à la Maison de Bourbon partout oi^i elle avait régné, substituait la Maison de Napoléon. Que toutes ces causes eussent concouru à attirer, à eng-ager, à retenir l'Empereur; ensuite, lorsqu'il avait compris la faute et qu'il en avait jugé les suites, que l'autorité de Joseph dans la Famille, le prestige de son droit d'aînesse, la violence de ses déclamations, la crainte de ses révoltes
et de ses intrigues, là conscience qu'on l'avait embarqué dans une affaire malencontreuse, l'obligation de lui offrir un dédommagement au moins égal, qu'on ne savait oii prendre, eussent contraint Napoléon à renoncer en 1809, en 1810, en 1811, en 1812, à Tunique solution qui pût, sinon rétablir la paix avec l'Espagne, du moins libérer la France de l'occupation de l'Espagne, mettre un terme à des dépenses d'bommes et d'argent qui l'avaient épuisée sans le moindre profit, soit : l'Empereur, alors partout victorieux sur le continent, pouvait s'obstiner par amourpropre dans une guerre de luxe, si onéreuse qu'elle fut. Même pouvait-il trouver des arguments qui lui fissent illusion : à la fin, les révoltés se lasseraient ; et puis, comment retirer ses armées devant les armées anglaises et reconnaître ainsi la supériorité, même sur terre, de l'ennemie traditionnelle ? Mais, à présent, cent mille vieux soldats n'étaient pas négligeables et les cent millions qu'il en coûtait par année avaient ailleurs leur emploi. Il était trop lard pour renvoyer Ferdinand YJI en Espagne et cette solution, pratique en 1809, cessait d'offrir les mêmes avantages dès qu'une armée anglaise pouvait déboucher des Pyrénées, mais là on l'arrêterait par une guerre de chicane et les Espagnols, redoutables sur leur territoire où ils se rendaient insaisissables, ne lui seraient en France d'aucun secours. D'ailleurs, l'Empereur pouvait espérer que le prince des Asturies s'engagerait dans Talliance française, y demeurerait fidèle et s'opposerait aux Anglais, Sans doute,