H INTRODUCTION
logue à celle que j'ai tentée pour l'Amour, le Conjugalisme, le Paternité, et qui ne se trouve ici avoir reçu de tels développements que par suite de la multiplicité des personnages que .j"ai dû envisager, de l'ignorance où l'on est resté de leur rôle, de l'obscurité que eux et leurs descendants se sont efforcés de Jeter sur la part qu'ils avaient prise, surtout à la chute de Napoléon.
Je réserve, pour mes conclusions, d'expliquer par quel travail mystérieux, savant et surtout persévérant, on s'est, durant un demi-siècle, efforcé de fausser l'histoire au détriment de Napoléon, au profit de ses frères. Après la conspiration contre son autorité, j'exposerai la conspiration ourdie contre sa mémoire. Il suffit, pour le moment, d'avoir rétabli la vérité sur quantité de points où elle avait été volontairement dissimulée, contrariée ou retournée. Pour y parvenir, j'ai dû, en plusieurs cas, publier tout entières des pièces dont, si elle n'avaient été inédites, je me serais borné à donner les fragments les plus topiques. L'unité de mon récit y a perdu, qu'importe si la vérité y gagne. Je n'ai rien caché de ce que j'ai trouvé à la charge de Napoléon, mais rien non plus à la charge de ses frères et de ses sœurs. A chacun, j'ai essayé d'attribuer sa part de responsabilité. Celle qui revient à Joseph, à Jérôme, à Murât, à Eugène, est selon moi, singulièrement lourde, mais ce n'est point à dire que la Famille ait seule provoqué la catastrophe : celle-ci a d'autres causes bien plus lointaines et, historiquement, bien plus graves. Que la Famille ait contribué à en fournir l'occasion, c'est assez : tel est mon sujet. C'est dans les limites que je me suis tracées, entre les bornes que je me suis fixées que je dois être jugé : peut-être ai-je eu tort d'entreprendre ce livre, mais il est ce que j'ai voulu qu'il fût et si, par là, il a rempli mon but, je ne regrette rien" des quinze années de travail que j'y aurai employées.
(Juant à la cause réelle de la chute de Napoléon, je nignore pas qu'elle est ailleurs — et puisque je suis arrivé dans mes études à cette époque qui marque vraiment, à mon estime, la lin dun système européen et le début d'un autre système, je
INTHO DICTION lit
veux m'expliquer nettement sur ce que je crois qu'elle fut et sur les conséquences proches et lointaines qu'elle a portées, qu'elle porte et qu'elle portera encore.
La chute de Napoléon en 1814 n'a point été le renversement d'un homme ou d'une dynastie ; elle n\i pas été, pour la France, un échec tel qu'une nation le répare, ou dont elle se relève. Elle a été l'abaissement de la France comme puissance directrice, et, en même temps que de la France, la subordina-. lion à l'Angleterre de la race latine et de l'Europe entière.
Napoléon n'a pas été un accident : il a été une résultante. Il représente, non pas une politique personnelle, mais la politique des âges; il n'incarne point la riuatrirme dynastie qu'il a cru fonder, mais toute la longue lignée des rois qui, depuis qu'il y a une France, l'ont régie pour l'opposer aux desseins de l'Angleterre, qui, depuis qu'il y a une Europe, ont tenté d'en grouper l'effort contre la domination de la race anglo-saxonne.
De l'Angleterre à la France la rivalité s'est établie du jour où Guillaume le Bâtard, duc de Normandie et vassal du roi de France, a conquis l'Angleterre ; traversée par les incertitudes de la politique des deux nations, — surtout de la France — mais se retrouvant toujours active et vivace au fond de toute guerre particulière, elle a duré huit siècles.
Tout le reste de notre histoire est hors-d'œuvre ou épisode ; détournée vers l'Italie, l'Espagne ou l'Allemagne, la France manque à son œuvre, met son devoir en oubli, défaille à ses destinées.
D'abord, lutte des rois français contre les rois anglais pour la domination sur le royaume de France, lutte par laquelle s'agglomère, se coagule, s'affermit, s'établit l'unité nationale, incarnée dans le roi, souverain personnel de chacun des grands tiefs dont l'ensemble constitue son royaume. En la personne du roi et sous sa couronne, se confondent les droits de chacun des ducs, des princes, des comtes qui ont tenu ces fiefs. La France existe et vit par le roi, avant qu'elle vive d'une vie nationale; elle a pris possession de son territoire; elle est la maîtresse de son sol. L'œuvre est accomplie par Louis XI. Il a fallu cinq siècles.
Trêve alors, où la France se complète, s'agrandit, se civilise, se distrait aux aventures, s'éprend de phrases et de tableaux.