‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 30 sur 104 · JEROME- — RETRAITE A NA POLEONSIIOHE · texte numérisé non relu

JEROME- — RETRAITE A NA POLEONSIIOHE

que Jérôme composât un corps d'armée? D'ailleurs, « vu les circonstances présentes et la fermentation des esprits, il y aurait du danger, a écrit Jérôme;, à ce que je m'éloigne de ma capitale avec toutes mes troupes. Je pense que la sûreté de Cassel et de la plus grande partie du royaume serait très compromise si je n'étais à portée de donner à chaque instant mes ordres. »

Mais, comme il n'avait pas perdu de vue son but, il demandait à l'Empereur, s'il y avait bataille de ce côté-ci de l'Elbe, la permission d'y aller de sa personne, ce qui aurait beaucoup moins d'inconvénient, son absence ne devant être que de peu de jours. Refusé cela aussi, bien ([ue Cassel ne fût guère loin de Lutzen.

Alors Jérôme, que la brutalité et la violence de Davout à Hanovre avaient exaspéré au point ([u'il déclarât « que de pareils procédés pourraient le conduire à prendre un parti extrême » ; que le refus de l'Empereur de lui rendre sa division active, « qui n'était nullement organisée pour aller bien loin », avait plongé dans une sorte de désespoir, s'était retiré à Napoléonshohe « dans un de ces accès de dégoût où, se livrant à l'apathie, il cherchait des distractions, écrit Reinhard, dans des plaisirs dont le secret n'est pas assez gardé pour ne pas faire une fâcheuse impression dans le public. »

Au fait, était-ce sa faute? On le forçait à rester oisif; on brisait tous les ressorts qu'il avait lui-môme préparés et qu'il pensait mettre en jeu. Dès lors il

s'occupait comme il pouvait, il écrivait pour le Moniteur Westphalien des articles sur les actrices et sur l'opéra nouveau ; il avait chaque semaine, à Napoléonshôhe, un voijage, six personnes d'ordinaire, invitées du dimanche au dimanche; les maris sans leurs femmes, les femmes sans leurs maris. Il avait ordonné un costume pour les hommes : uniforme hleu brodé en argent, pantalon bleu, bottes à l'écuyère. Pour les femmes, l'uniforme était moins compliqué, mais plus seyant. Lever royal à dix heures, déjeuner à onze, promenade devant le château, dîner à six heures et demie, rien de recherché dans les plats ni les vins; après dîner, whist; à neuf heures petit concert ou spectacle; à dix coucher. Les voyageurs s'amusaient entre eux, s'ils pouvaient. Ils voyaient à peine le roi qui déjeunait et dînait avec la princesse de Luwenstein, — laquelle étant dans le huitième mois de sa grossesse avait « cessé de paraître à la Cour. Cette dame, écrit Reinhard, par beaucoup d'esprit de conduite, s'est fait une existence à part qui ressemble un peu à celle d'une favorite en litre. » Pour s'égayer, Jérôme faisait appeler certains soirs M"* Escalon qui suppléait la princesse, mais il manquait d'entrain.

Et revoici les Cosaques: vers le 10 mai, on a signalé des partis rôdant autour de Celle et l'on a annoncé un débarquement de neuf cents Anglais à Cuxhaven; le 23, à Konnern, six lieues de Halle, le général Poinsot qui conduisait, de Hanovre à Leipzig, huit à

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neuf cents cavaliers, a été attaqué par un corps nombreux (le hussards, de uiilans et de cosaques; il a été fait prisonnier et sa colonne a été presque entièrement détruite; le 29, à Halberstadt, un bataillon provisoire de six cents Français, escortant un parc de quatorze pièces et un grand convoi d'habillement destiné à la Grande Armée, a été enlevé par GzernitchefF, à la tète de trois mille Russes et Prussiens; Gzernitchefîest entré dans la ville, l'a bouleversée, a pillé les caisses, pris le général westphalien d'Ochs avec sa compagnie de gendarmerie, et a paru s'établir en force.

Oj-, cette fameuse division Teste qui devait se réunir à Cassel pour la défense du royaume, qui devait se composer de seize bataillons, et qui n'en avait jamais eu que quatre (2oOU hommes), avait reçu de l'Empereur l'ordre de quitter Gassel, et elle était en route. Des vagues troupes nationales qui se trouvaient encore dans le royaume (2' de ligne, l'^"' et 3" légers), le général Allix, récemment nommé gouverneur de Cassel, avait formé un petit corps qu'il avait envoyé garder les dédiés du Harz, sous le commandement de Ilammerstein, revenu de la Grande Armée après l'émiettement de sa division. Gassel n'avait pour défenseurs que les gardes du Gorps (200 hommes) et les deux bataillons de grenadiers et chasseurs de la garde (GOO hommes).

Pendant que Teste, à peine convalescent d'une grave maladie, courait, avec cinq cents cuirassiers que le roi lui avait fournis, sur les traces de ses quatre

bataillons, Jérôme avait pris sur lui de demander au général Dombrowski, qui était à Hersfeld avec ses Polonais, de lui envoyer deux bataillons : seulement, ayant l'expérience que ses requêtes étaient plutôt mal accueillies, c'était un ordre qu'il avait donné : « D'après les instructions que j'ai reçues de S. M. l'Empereur, avait-il écrit, et il avait ajouté : « Je désire que de votre personne, vous passiez par Gassel pour que je puisse vous donner les instructions convenables aux circonstances... » Les Polonais ont obéi et sont venus à Gassel; Teste, qui a rejoint ses quatre bataillons, est rentré au même moment dans Halberstadt, que Czernitcheff, point si sotque d'attendre les Français, a évacué pour se porter, par Halle, sur Leipzig où se trouvait le corps en formation du duc de Padoue.

L'alerte était donc passée; elle pouvait même servir d'argument à Jérôme auquel, le 30 mai, l'Empereur avait demandé d'envoyer à Dresde le reste de son contingent, qu'il comptait (7 juin) incorporer lans le 11" Corps, Elle lui permettait de dire véridiquement « qu'il était désolant de voir son pays ravagé et parcouru en tous sens par des partis ennemis, pendant que cinq de ses bataillons et huit de ses escadrons étaient à garder la capitale du roi de Saxe » ; elle lui permettait d'écrire, comme il faisait le 4 juin: « Si l'Empereur ordonne que le peu de troupes que j'ai encore avec moi soit mis en marche, je remplirai ses intentions, mais alors, je vous le demande, qui gardera la Westphalie et même la capitale ? « Mais Jérôme avait trop pris ses avantages et il avait oublié

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