‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 36 sur 104 · JOSEPH- — LETTRES A L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

JOSEPH- — LETTRES A L'EMPEREUR

que je devais à un ministre de l'Empereur, mais j'avais lieu d'espérer que vous, monsieur le duc, vous n'auriez pas oublié ce que vous me devez ».

A tel point sa vanité était montée qu'il se tenait pour un grand général, que les déplorables retraites imposées par les événements lui paraissaient des mouvements stratégiques qu'il avait ordonnés, que sa ridicule campagne prenait à ses yeux des airs triomphaux, et (|ue la contradiction du ministre lui devenaitune insulte « dont il était justement ofl'ensé. »

Telle était donc la situation lorsqu'il avait appris, d'une façon certaine, l'arrivée de l'Empereur à Paris. 11 s'était empressé, le 1" février, d'appeler de Clarke à Napoléon : surtout, il entendait être délivré de Soult ; il était résolu à le renvoyer en France ; il voulait aller à Paris de sa personne pour apprendre à l'Empereur « bien des choses qui le détermineraient à des réflexions qui tourneraient à sa gloire et au bonheur de son empire. » Il requérait contre Soult, « cet liommc méprisable », « cet homme pervers », « qui devait être venu à bout de faire parvenir au duc de Feltre le duplicata de la lettre infâme dont le colonel Desprès avait été porteur. » Il plaidait pour luimême, il expliquait, en intervertissant les dates et en travestissant les faits, pourquoi il avait nommé d'Erlon à l'Armée de Portugal ; pourquoi il avait donné le commandement général à Soult, « un lionmie d'aussi mauvaise foi », « sur l'honneur duquel on ne pouvait compter », qui n'avait pas de vrai courage

lorsqu'il fallait attaquer l'ennemi », et il concluait par ces accusations dont sa haine contre Soult ne pouvait excuser la gravité, puisqu'en même temps, il n'apportait aucune preuve. « Le duc de Dalmatie, Sire, a beaucoup de talents pour fasciner les yeux des gens qui le voient agir loin de l'ennemi ; il a beaucoup de mouvement dans la tête, beaucoup de fertilité pour l'intrigue ; c'est un homme dangereux, c'est un homme qui, dans des événements donnés, monterait à l'échafaud croyant sincèrement monter au trône, parce qu'il n'a aucune détermination dans un moment décisif, mais il a tout ce qu'il tant pour agiter, pour tout brouiller. Sire, je vous écris ici pour Fintérêt de votre dynastie comme je vous parlerais. Le duc de Dalmatie est un homme dangereux; je suis même tenté de soupçonner aujourd'hui que, dans la lettre qu'il a écrite au ministre de la Guerre le i2 août et que j'ai envoyée à Votre Majesté par le colonel Desprès, il y avait des motifs plus coupables et plus profonds encore que je ne pensais alors. Je crus alors que, se sentant coupable de désobéissance pour n'être pas venu au secours du Nord, il n'avait inventé son infâme lettre que pour se rendre excusable par ces motifs : il ne s'était pas pressé d'obéir parce qu'il doutait des intentions de celui qui lui avait donné l'ordre ! Aujourd'hui, Sire, que les événements survenus à Paris éveillent tous les soupçons, ne serait-il pas possible de penser qu'il travaillait dans le môme sens? Le bruit de votre mort a été souvent semé à Cadix et dans les camps de l'insurrection

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