‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 41 sur 104 · JOSEPH- — MADRID ET L'ARMÉE DU NORD · texte numérisé non relu

JOSEPH- — MADRID ET L'ARMÉE DU NORD

nécessité je serai obligé d'abandonner Madrid et do me concentrer sur le Duero. »

Aussi, reculait-il le plus qu'il le pouvait et n'ayant plus à alléguer (jue Cafl'arelli était hors de son commandement, en usait-il tout de môme à l'égard de Clausel. Le but unicjue était de conserver Madrid et tout y était subordonné, même alors que, contraint et forcé par les ordres de l'Empereur, Joseph avait bien dû se démunir de quelques régiments en faveur de l'Armée du Nord.

('/'avait été seulement le 10 avril que, une partie de l'Armée du Midi étant arrivée à Salamancjue, « la 4' division de l'Armée du Poitugal avait reçu l'ordre de se mettre en route pour 1 Armée du Noril ». « Si, après l'arrivée de cette division, écrivait Joseph à Clarke, vous jugez, monsieur le duc, qu'il soit instant que l'exécution des premières dispositions de l'Empereur ait lieu promptement, il sera bon que vous vouliez bien en renouveler l'ordre direct au général Clausel. » Cette ironie était de bon goût, surtout si l'on pense qu'il s'agissait de l'armée de Clausel compromise, de Franeuis assassinés par milliers, de tout ce qu'il y avait de Français dans la Péninsule acculés à un inévitable désastre. Et c'était quatrevingt-seize jours après l'émission des ordres de l'Empereur, cinquante-six jours après leur réception, (jue le roi catholique se déterminait à en commencer l'exécution.

Par contre, s'agissait-il « d(; bandes réunies dans la l)rovince de Madrid et paraissant menacer cette capi-

taie )), ordre « au comte d'Ërlon de s'y porter rapidement avec trois divisions de son armée et les corps de la garde espagnole cantonnés à portée de son quartier général ». Ainsi, l'Armée du Centre tout entière quittait ses positions, et revenait en arrière pour appuyer la division Levai « dont la positionne laissait pas d'être inquiétante », mais qui n'avait rien à faire que d'évacuer Madrid. A la date du 26 avril, Joseph écrivait : « Les divisions qui sont à Madrid ont rejeté les bandes au delà du Tage et dans la province deGuadalajara. » Il laissait ainsi échapper la vérité; il avouait que plusieurs divisions étaient retournées sur Madrid contre les ordres exprès de TEmpereur, alors que, en dépit de ces mêmes ordres, Clausel attendait toujours des renforts pour attaquer les bandes de Mina « devenues des corps d'armée et qui exigeaient des corps d'armée pour les combattre ».

C'avait été le 6 mai que Joseph avait annoncé à Clarke les dispositions qu'il disait avoir prises pour rapprocher du général Clausel le reste de l'Armée de Portugal. « Il était impossible sans doute, écrivait-il, de faire plus pour l'Armée du Nord. » En admettant, ce qui n'était pas, que, à ce moment, les divisions de l'Armée de Portugal fussent rendues sur le terrain où elles devaient opérer, Clausel eût eu sept jours devant lui pour exterminer Mina, — car le 13 mai Wellington était entré en action.

Jourdan, l'homme de Joseph, son avocat et son

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complice, a avoué lui-même qu'il eût fallu envoyer de suite dans le Nord la totalité de l'Armée de Portugal, « mais alors, a-t-il écrit, on aurait dû faire passer de la province de Ségovie dans celles de Valladolid et de Palencia toute l'Armée duJCentre, ce qui eût rendu indispensai)le l'évacuation de Madrid. Le roi ne crut pas devoir prendre ce [)-àvi\,dans la crainte de déplaire à l'Empereur qui avait ordonné de continuer à occuper la capitale ; d'ailleurs il se serait privé des droits d'entrée ([u'on y percevait, seule ressource qui lui l'estàt pour ac(juitter les dépenses de son quartier général, et il eût attiré à Valladolid une foule de magistrats, d'employés et de familles espagnoles qu'il n'avait au<?un moyen de faire subsister a.

Malgré les contre-vérités qu'il énonce, et qui se trouvent infirmées par les lettres de l'Empereur et par celles de Clarke, Jourdan porte contre Joseph l'arrêt le plus terrible lorsque, après avoir énoncé ({ue ce fut au conmiencement de mai que le roi mit l'Armée de Portugal à même de porter secours à l'Armée du Nord, il conclut : « Peut-être ([ue, avec du temps et beaucoup de persévérance, on serait parvenu, sinon à pacifier entièrement ces provinces, du moins à désorganiser les bandes principales qui les infestaient, mais bientôt les opérations furent suspendues parles événements. »

Donc si, depuis le début de février où Joseph avait reçu les ordres de l'Empereur, les renforts avaient été fournis à l'Armée du Nord, celle-ci eût accompli sa mission en temps utile ; par suite des

retards prémédités que Joseph avait apportés, l'Armée du Nord renforcée des divisions de l'Armée du Portugal n'avait pu entrer en action qu'au moment où toutes les forces françaises auraient dû être concentrées pour répondre à l'attaque des Anglais, et elle ne pouvait interrompre brusquement ses opérations sans s'exposer à de véritables désastres et sans livrer toutes les communications avec la France.

Joseph était si plein d'illusions et si bien nourri de chimères au sujet de sa popularité et de la prochaine saumission de l'Espagne, qu'il ne s'était même pas étonné d'être si mal informé des desseins et des préparatifs de Wellington. Sans doute avait-il pensé que le général anglais prenait le temps comme il le prenait lui-même et ne se souciait pas plus que lui de faire campagne. Quant à l'État-Major général, s'il était exact « qu'il donnât tout ses soins à la partie secrète et qu'il prodiguât l'argent pour ce service, » c'était en pure perte. On fut toujours, a écrit Jourdan, dans l'impossibilité de se procurer des renseignements un peu exacts sur l'armée anglo-portugaise ; les rapports qu'on recevait étaient si contradictoires qu'au lieu de donner des éclaircissements, ils augmentaient les inquiétudes, tandis que Wellington connaissait très exactement la force et l'emplacement des corps qui lui étaient opposés et recevait à point nommé avis de tous leurs mouvements. Il avait donc saisi, pour entrer en campagne, le moment où Joseph, ayant remis enfin à Clausel les six divisions de l'Armée

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