JOSRPII. — PLAN DE GUERRE
du Portugal, contiuuant d' aventurer à Madrid la division Levai et ayant dispersé l'Arnuîe du Midi pour relier, mal que bien, Madrid à Valladolid, avait réduit ses forces de près de 30 000 hommes et avait éparpillé sur un immense territoire les 4(1000 hommes qui lui restaient, Wellington avait réparé les routes; il avait assemblé d'immenses magasins à Ciudad Rodrigo et le 13 mai, il avait commencé son mouvement. Joseph, scmble-t-il, n'en avait point été informé avant le 20 mai. Au moins avait-il attendu jusque là pour présenter à Glarke le plan qu'il avait jugé fi propos d'adopter. Écartant d'abord l'idée d'arrêter l'ennemi sur la Tormès et le Duero, ce qui eût été s'exposer à une affaire générale ; écartant ensuite l'idée de rappeler immédiatement à lui les six divisions de l'Armée du Portugal, il s'était arrêté à « se retirer sur la rive droite du Duero, à céder à l'ennemi assez de terrain pour retrouver les six divisions de l'Armée du Portugal vers Burgos, oii une bataille perdue par l'ennemi pourrait avoir pour lui les plus funestes conséquences, puisqu'il se trouvait très éloigné du Portugal. »
« N'ayant point d'instruction, disait-il, qui détermine d'une manière précise quel est celui des troispartis que je dois prendre, je me détermine pour le troisième, » Joseph commençait ainsi à jeter la responsabilité sur l'Empereur dont, depuis six mois, il méconnaissait les ordres. De même, prenait-il la voie de Paris pour demander au ministre qu'il prescrivît au général Clausel « de lui renvoyer sur le Duero les
troupes de l'Armée de Portugal dont il n'aurait pas un extrême besoin ». C'était pour donner une leçon à Clarke, quitte à ce que la leçon coûtât cher à l'armée française.
Lui-môme, quoiqu'il eût appris le 23, à n'en pas douter, que l'armée anglaise était en pleine marche sur Salamanque et que Farmée espagnole de Galice s'avançait sur Astorga et Léon, il avait attendu trois jours, jusqu'au 26, pour ordonner à Gazan de rappeler de Madrid la division Levai. Celle-ci devait se trouver un moment très compromise par l'immense convoi d'évacuation qu'elle traînait à sa suite et qui comprenait tous les Espagnols au service de Joseph que celui-ci avait maintenus à Madrid jusqu'à la dernière heure.
Joseph ne manqua pas de tenter ensuite de rendre Gazan responsable de ce retard, de dire que Gazan ne devait pas prendre ses ordres, comme si Gazan eût été autorisé à évacuer de son clief une ville à la possession de laquelle les opérations des quatre armées avaient été subordonnées depuis huit mois. Mais c'était là le procédé habituel : toutes les fautes que commettait Joseph devaient trouver un auteur responsable.
Tout mouvement avait été arrêté pour attendre la division Levai et surtout les Espagnols de tout âge et de tout sexe dont elle escortait les milliers de voitures. Il avait fallu que le général Reille, à la tête de toute la cavalerie de l'Armée de Portugal, protégeât
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l'évacuation. La division Villate, de l'Armée du Midi, occupait Salamanque et elle avait reçu de Josepli l'ordre d'y rester jusqu'au dernier moment pour soutenir la division Levai. Par un coup de fortune, Villate fut avisé à temps que Wellington marchait avec 2.J 000 hommes pour l'envelopper. N'ayant pas àcompter sur la division de dragons du général Tilly, il se mit en retraite, suivi par 4 000 cavaliers anglais que ses fantassins reçurent sur leurs baïonnettes et qu'ils forcèrent à abandonner la poursuite. Villate, qui avait perdu quatre cents hommes « en grande partie asphyxiés par une chaleur épouvantable », était impardonnable ; « il aurait dû se retirer lorscjuil avait été instruit de l'approche de forces bien supérieures, et il avait soutenu mal à propos un combat dont le résultat avait été à son désavantage »; tel avait été le remerciement de Joseph. Au reste, tout le monde à ses yeux était coupable, Gazan de n'avoir pas fait marcher sa cavalerie au secours de Villate, Villate de s'être battu, et Levai même de n'être pas encore arrivé avec ses fourgons d'Espagnols.
Le 27, Joseph s'était déterminé à demander directement à Glausel de lui rendre les troupes de l'Armée de Portugal : encore l'avait-il fait sous une forme qui n'était nullement impérative : « Si, lorsque cette lettre vous parviendra, vos opérations sont assez avancées pour que vous puissiez, sans en compromettre l'issue, renvoyer les troupes de TArmée du Portugal, vous devez sentir de quelle importance est leur ri'tour ici. » Ce n'était là rien moins (ju'un orilif;
rexécution de la disposition, indiquée, non prescrite, était subordonnée à des conditions précises et Clausel était d'autant plus obligé d'en tenir compte qu'elles se rapportaient plus strictement à la mission qu'il avait reçue de l'Empereur lui-même.
Tel avait été pourtant le premier symptôme d'inquiétude qu'eût montré Joseph. Comme il espérait toujours l'arrivée du convoi de Madrid, il avait encore attendu quatre jours pour faire partir de Valladolid le premier convoi des employés et des réfugiés espagnols, ceux qui l'avaient suivi lorsqu'il ayait quitté sa capitale; encore, lorsque, le 31, il s'était déterminé à en donner l'ordre, n'avait-il dirigé ce convoi ni sur la France, ni même sur la frontière de France, mais sur Burgos, point essentiel, où l'Empereur, par toutes ses lettres, avait ordonné qu'on réunît des approvisionnements, qu'on exécutât des travaux, afin de mettre la place en état de résister mieux encore que l'année précédente où, devant cette bicoque, l'héroïque Dubreton avait arrêté durant trente-quatre jours l'armée anglaise et Wellington. Placer ce formidable convoi civil en subsistance à Burgos, c'était épuiser tous les magasins qu'on aurait pu y former; mais Joseph ne s'arrêtait pas à cette idée : Burgos était de son royaume; en y envoyant ses employés, il ne renonçait pas'à l'Espagne.
Ce convoi n'avait pu partir de Valladolid que le 2 juin à trois heures du matin. Le roi l'avait suivi le même jour à trois heures de l'après-midi. A son avis, la position du Duero était intenable. La cavalerie de l'Armée
JÛSEPil. — ÉCHECS PARTIELS H'J
du Midi étant toute employée pour protéger la retraite de la division Levai et du convoi de Madrid, partout, dans les rencontres préliminaires, les postes français s'étaient trouvés, vis-à-vis des agresseurs, dans un état d'infériorité numérique qui les avait fait écraser : Au gué d'Almandra, cent dragons du IG*^, chargés par six escadrons, avaient perdu le tiers de leur effectif ; en arrière de Toro, le général Digeon, assailli par une niasse de cavalerie, avait perdu cent cinquante hommes; Reille, lui-même, ayant poussé jusqu'à Benavante avec la cavalerie de l'Armée du Portugal, avait suhi des pertes et avait dû se replier sur Rio- Seco. Et le convoi de Madrid n'arrivait pas. On l'attendit à Cigales le 2, le 3 et le 4. Il arriva enfin dans la soirée du 4 et Joseph ordonna qu'il continuât sans débrider sur Burgos, avec le grand parc qui se composait de canons et de voitures par milliers. C'était de quoi vider d'un seul coup les magasins de Burgos. Quatre mille hommes de l'Armée du Portugal avaient encore été détachés pour l'escorte.
Comme on se trouvait trop affaibli, on renonça à tenir sur le Carion où l'État-Major avait d'abord décidé de livrer bataille; on continua la retraite; le 7, on prit position en arrière de Puiserga, sur les hauteurs ; « la position était excellente ; on pouvait espérer s'y maintenir plusieurs jours »; mais les généraux représentèrent que les vivres étaient consommés et que le pain manquait. Sans tirer un coup de fusil, l'armée se repha sur Burgos où elle devait trouver des vivres et faire tête aux Anglais. Le 9, on
arriva à Burgos. Pas de vivres: les magasins avaient été ouverts aux réfugiés des deux convois : ordre du roi.
De Burgos, on fit partir les convois espagnols, on leur donna pour escorte la division Lamartinière — plus de 7 000 hommes. Mais on ne les dirigea pas sur la France : « on leur dorma l'ordre de s'arrêter à Vitoria oi^i l'on espérait que la prochaine arrivée de Clausel permettrait de reprendre l'offensive. » Pour porter avec sûreté à Clausel cet ordre de rejoindre l'armée, on détacha, le 9, 1 500 hommes. Puis on tourna trois jours autour de Burgos pour reconnaître et choisir une position. Cela fait, on se décida à évacuer la place. Le 12, le roi fit appeler par un de ses pages le général Rey, commandant le o" gouvernement, et lui donna directement Tordre de partir pour Yitoria. Rey protesta, demanda à rester au moins jusqu'à l'entière évacuation de la place. Joseph répondit que c'était inutile, que Jourdan donnerait tous les ordres. Vainement, Rey se rendit chez Jourdan, avec le commandant Pinot, du génie, pour lui communiquer les ohservations de celui-ci « relatives aux homhes qui se trouvaient au fort et que l'artillerie se proposait de faire éclater ». Jourdan ne voulut rien entendre et ordonna au général de partir. Et le lendema!in, 13, lorsqu'on fit sauter la citadelle, les éclats des ohus qu'on avait oublié de noyer, tuèrent trois officiers et vingt hussards du 3% anéantirent un bataillon du 3* léger, tuèrent ou blessèrent nombre d'officiers qui se trouvaient encore dans la ville et quantité d'habitants.