JOSEPH- — FUITE- LETTRE A JULIE
II se met à lal)le ol « il n'est plus question de rien ». Le lendemain 22, par un temps affreux et des chemins défoncés, le roi va coucher à Echarri Aranas ; le 23 vers midi, il rejoint à Irurzun la grand'route de Tolosa à Pampelune; il s'arrête le temps de donner à Reille l'ordre, aussitôt révoqué, de se rendre à Tolosa pour se réunir au général Foy et à l'Armée du Nord et défendre ce déhouché sur le territoire français. Il n'a pas le loisir d'écrire à l'Empereur, mais il écrit longuement à Julie qui prend les eaux à Vichy : « L'armée, lui dit-il, a été attaquée avant d'avoir pu être rejointe par les troupes de l'Armée de Portugal qui sont sous les ordres du général Clausel, après avoir été affaiblie par le départ de deux immenses convois auxquels il a fallu donner des escortes. » Il parle de l'acharnement de la bataille, annonce que la perte est égale en morts et en blessés ; il rejette sur les chemins la prise des équipages et de l'artillerie, comme il rejette sur l'Armée de Portugal le désastre môme. « Si l'Empereur est de retour, ajoute-t-il, dis-lui ({u'après avoir établi sur la frontière les armées et rallié celles du Nord et d'Aragon, je me rendrai à Mortefonlaine où je pense que j'aurais dû me retirer depuis l'affaire de Salamanque, comme je te l'écrivis alors. Ecris-moi la réponse de l'Empereur; quelle qu'elle soit, je suis décidé à me rendre chez moi, ne pouvant faire aucun bien ici. » Nicolas Clary lui enverra 100 000 francs à Bayonne, car son trésor est perdu et son trésorier Thibaut tué. Et il termine : « Je ne veux pas descendre à Paris,
mais à 3Iortefontaine, que tu y sois ou que tu sois encore aux eaux. »
N'écrivant pas à l'Empereur, il daigne annoncer à Clarke la défaite — et de quel ton ! « Le maréchal Jourdan vous rend compte de la malheureuse journée du 21 011 l'armée française, attaquée dans sa position par des forces doubles des siennes, après avoir fait éprouver à l'ennemi autant de mal qu'elle en a reçu, a dû opérer sa retraite sur Salvatrera. Dans cette journée, je pense que la perte des deux armées, en tués et en blessés, se compense, mais nous avons dû laisser presque toute l'artillerie et les équipages de tous genres ; les attelages seulement ont été sauvés. » Et, après avoir annoncé qu'il vient de donner l'ordre à Reille de se diriger sur Tolosa, et qu'il se rend de sa personne à Pampelune pour se mettre en communication avec Clausel et Suchet, il ajoute : « L'armée n'a ni pain, ni artillerie. La perte en hommes n'est pas immense, mais il faut beaucoup d'efforts pour remonter son artillerie : elle a sauvé ses attelages. 11 est instant que l'Empereur s'occupe de ses armées d'Espagne : elles manquent de tout... »
Ainsi Joseph passe la main. La sécheresse de cœur, l'égoïsme, la vanité, la sottise, l'inconscience paraissent là sans se farder. Il ne mentionne même pas qu'il révoque l'ordre donné à Reille, en sorte que le général Foy, avec les divisions de l'Armée du Portugal qu'il amenait à Yitoria, se trouve jeté au milieu des ennemis triomphanls, sans ordres du