‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 49 sur 104 · JOSEPH. — SES DEMANDES · texte numérisé non relu

JOSEPH. — SES DEMANDES

et civils, ses minisires, et les réfugiés civils. Do la sorte, « si la royauté se trouvait quelque temps sans territoire, au moins elle no paraîtrait pas être absolument sans sujets » ; ensuite, que la solde Je la garde, de la division espagnole et dos officiers espagnols sans troupe, soit faite, en son nom, par un payeur espagnol; que la division espagnole soit recrutée dans les dépots do prisonniers espagnols ; qu'il soit formé, avec les autres prisonniers, des corps nouveaux qu'on emploiera on Italie et qui seront soldés, vn son nom, par le Trésor français, « Sa Majesté Catholique s'engageant à en rendre le montant à Sa Majesté Impériale lorsque l'Espagne sera remise sous son autorité ».

Cotte soumission absolue couvre donc exactement les mémos prétentions que Joseph a constamment mises on avant depuis 1808; mais, alors, au moins était-il en Espagne ; à présent, c'est en Franco que, comme un Stuart ou un Bourbon, il joue au roi légitime, à la toto dos quelques malheureux qu'il a entraînés dans son désastre.

Rœderer étant reparti pour Paris dans la nuit du 13 au 14 juillet, Joseph, le 14, profite des cinq à six cent mille francs, qui viennent d'arriver do Yalonco et dont il s'est emparé, pour reformer sa maison militaire et distribuer un mois de solde à sa garde ; dans la journée, il expédie son écuyer Miot en reconnaissance au château de Poyanne. C'est, dans la Cbalosse, à égale distance de Dax, Saint-Sever et Tartas,

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une terre qui est venue à la marquise de Montmorency- Laval, de sa mère, qui était née Baylens-Poyanne, et où elle a fait récemment toutes les réparations convenables: mais, le 4o, tandis que le colonel Miot dresse de la terre une sorte d'inventaire par faits et articles, le commissaire général de police Devilliers voit, à neuf heures du matin, arriver le médecin du roi, Paroisse, qui demande un passeport pour le roi sous le nom de général Palacios, pour huit valets de chambre. « pour deux personnes non dénommées que le roi paraissait être dans l'intention de s'attaciier et sur lesquelles il n'était pas encore fixé » et pour lui-même, Paroisse... Devilliers remet Paroisse aune heure de là et se rend chez le maréchal Soult qui s'étonne que Joseph quitte Bayonne dont il s'est engagé àne pas s'éloigner et qui demande aussitôt ses chevaux pour se rendre chez lui : mais Devilliers, rentré à son bureau, y apprend de Paroisse que « Sa Majesté est déjà en route et qu'elle est partie pour Barèges * » Devilliers répond par les dangers que présente Barèges qui « ferait le but d'une excursion heureuse pour les insurgés », et il envoie, après le roi, Paroisse, qui espère le rejoindre à Orthez où il devait lui apporter les passeports. Des estafettes sont expédiées par le maréchal pour reconnaître la route qu'a prise le roi, et comme il s'est répandu à Bayonne qu'il est parti pour Mortefontaine ou pour le quartier

' Le roi dit Bagnéres, Devilliers dit Barèges : peu importe, c'est la même route, et, qu'il aille à Barèges ou à Bagnéres, Joseph n-'en fausse pas moins sa parole.

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général, la police fait dire qu'il s'agit « d'une partie de campagne pour visiter les bords de l'Adour et les gaves de Pau et d'Oloron. »

A Biaudos, Joseph a rencontré Miot de Mélito revenant lie Viciiy. Tl lui a montré comme était profond son mécontentement; il a fait éclater sans contrainte devant lui la fureur qu'il avait dissimulée devant Rœderer et surtout devant le maréchal. Comme l'avait prévu Paroisse, il s'est arrêté pour attendre ses passeports à Puyoo, entre Pe^Tclioraile et Orthcz. Rejoint là par son médecin, il se décide, après une conférence agitée, à expédier à Soult son premier aide de camp, le général Desprès, qui arrive à Bayonnele 16, à une heure du matin.

Le maréchal répond à Desprès que, « comme lieutenant général de l'Empereur, chargé de veiller à la sûreté des frontières et de la personne du roi, il ne peut déférer à sa volonté de se rendre à Barèges ». Sans se prévaloir formellement des pouvoirs qu'il a reçus de l'Empereur, il fait pourtant sentir (ju'il les possède et il « exige de Desprès la promesse de l'instruire de la résidence où le roi entendra se fixer, d'après ce dernier entretien. »

Desprès retourne auprès du roi qui est interloqué et consterné. Depuis le 13, il avait arrêté de se soustraire à la surveillance de Soult et à la résidence de Bayonne, puisque, à cette date, il écrivait à la reine : « Je compte aller prendre les eaux de Bagnères oii j'attendrai de tes nouvelles; je viendrai te rejoindre à Mortefontaine. » Il était convaincu que nul ne

serait assez osé pour l'ompècher de faire à sa guise, et il constatait à présent qu'il devait compter avec l'Empereur. De Puyoo, le 16, il écrit à Napoléon une lettre qu'il date du 15 et du Saint-Esprit : « Je comptais aller aux eaux de Bagnères, mais il paraît que l'on craint le mouvement de quelques bandes sur cette frontière et j'y renonce. Je cherche une maison de campagne où je puisse attendre le résultat du voyage de M. Rœderer. Si je n'avais pas craint de contrarier Votre Majesté Impériale, je me serais rendu aux eaux du Mont-Dore qui me sont conseillées pour une maladie grave dont il m'importe de dissiper les premiers symptômes. J'attends impatiemment la décision de Votre Majesté, w

Soult et Devilliers sont convaincus qu'il va rentrer au Saint-Esprit. Il n'a garde : il reste à l'auberge de Puyoo, d'oii, le 17, il prend la route de Dax; à Dax, il arrête pour voir le général Darricau, qui, blessé à Vitoria, a été transporté chez lui, et, de là, il gagne Poyanne, où il arrive à quatre heures. Au mépris du décret du 22 juin et de la décision impériale du 12 septembre 1811, Sa Majesté Catholique, vêtue de l'uniforme espagnol, la cocarde espagnole au chapeau, roule en voiture à huit chevaux. Elle a une suite de plus de cent personnes, cinq fois autant de chevaux et de mulets : Paroisse, son médecin, Presle, son secrétaire, les généraux Desprès, Expert, Bigarré, Lucotte, Santiago, Strolz, Rastignac, Virnès, le duc de Cotadilla, capitaine général de la garde espagnole, puis les aides de camp des aides de camp, les

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iuljuclaïUs du Palais, les cliambcllaus, les auniouiors, les employés de la secrélairerie d'Ëlat el des luinislères ; tout un monde, de quoi administrer un royaume et diriger deux armées.

A Poyanne, le roi, i'ou de jardins et de bâtisses, comme il fut toujoui-s, ne parle que d'acquisitions, d'embellissements, de chasse et de ptk'lie ; il veut acheter toutes les maisons de campagne aux environs, bàlir un rendez-vous de pèche sur l'Adour, déterminer les cantons pour la chasse au tiré et ceux pour hi chasse à courre: il médite de détourner les chemins qui traversent la propriété et s'inquiète de tout ce (jui peut lui rendre la vie agréable et facile.

11 n"a pas le temps de prendre h? goût de celte terre (lu'heureusement il n'a point encore achetée, Glarke vient de lui expédier l'autorisation de se retirer sans bruit et incog'nito à Mortefontaine. Dès le 11 juillet, l'Empereur a écrit en ellèt : « Je comprends que le duc de Dalniatie verrait avec peine le roi rester à liayonne. Je suis d'avis ({ue le meilleur parti est que ce prince se retire sans délai à Mortefontaine dans le plus grand incognito et sans que. personne s'en aperçoive. » Rien là pour être ag-réable à Joseph, mais à Soult ; au contraire : « Je suis aussi sui'pris qu'indig-né, écrit-il, de n'avoir aucun renseignement sur la situation de mes armées en Espagne. J'ignore encore pourcjuoi on no s'est pas lié avec le général Clausel ; j'ignore la perte qu'on a faite en bonnnes ; je n'ai pas reçu le récit de la bataille. » Il a ordonné

que Jourdan fût suspendu de sa dignité et exilé dans ses terres, sans traitement, jusqu'à ce qu'il eût rendu ses comptes de la campagne ; ce ne sera que sur une intervention assez courageuse de Clarke, qu'il se déterminera à lui accorder sa retraite et « qu'il n'en soit plus question ». Mais, à Joseph, dont Jourdan n'a été le plus souvent que le prête-nom inquiet et mécontent, point de grâce. L'Empereur a été exaspéré par la lettre que Clarke a écrite au roi, les compliments, les flatteries, l'espèce de justification des sévérités commandées. « Je puis, écrit-il à Cambacérès, garder le ménagement de ne pas mettre le public dans la confidence de mon extrême mécontentement; mais il est ridicule et déplacé que ce prince n'apprenne pas clairement que c'est à lui que j'attribue la faute de €6 qui s'est passé depuis cinq ans en Espagne. Il n'a montré ni talents militaires, ni soins administratifs. Je désire donc que vous fassiez connaître au ministre qu'il faut que ce prince ne s'aveugle pas sur ma façon de penser à son égard; il ne savait pas commander et il eu le grand tort à mes yeux de ne pas laisser commander ceux qui pouvaient. »

Lorsque^ le 20 juillet, à Dresde, il a reçu la lettre où Joseph « accuse le ministre de la Guerre et tout le monde », la faute de tout est à lui, écrit l'Empereur. La relation des Anglais montre assez avec quelle ineptie cette armée a été conduite, il n'y en a pas d'exemple dans le monde. Sans doute, le roi n'est pas militaire, mais il est responsable de son immoralité, et la plus grande immoralité, c'est de faire un métier

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qu'on lie sait pas. S'il inaïKjuail à rarmée un homme, c'était un général, et s'il y avait un homme de trop, c'était le roi. »

Si fort pouiianl (juc rJ:]m{)ereui' soit irrité, si profonde que soit la hlessure, car « les malheui's d'Espagne sont d'autant plus grands qu'ils sont ridicules, » il ne songe point, comme on a dit, à décliner la responsabilité (jui lui incombe, et, si cruel que l'aveu doive être à son orgueil, il le fait. « En dernière analyse, écrit-il à Savary, je ne me dissimule pas que c'est ma faute. Si, comme j'en ai eu l'idée à mon départ de Paris, j'avais envoyé le duc de Dalmalie à Valladolid pour prendre le commandement, cela ne serait pas arrivé », et il écrit à Cambacérès : « Je ne veux plus exposer mes affaires par ménagement pour des imbéciles qui ne sont ni militaires, ni politiques, ni administrateurs. » S'il disait vrai, que de regrets il s'épargnerait encore !

L'Empereur a consenti que Joseph se rendît à Mortefontaine, mais sous des conditions expresses : il gardera le plus complet incognito ; nul ne devra le voir, ni l'archichancelier, ni aucun ministre, ni le président du Sénat, ni les ministres d'État, ni les présidents de section. Il pourra recevoir sa femme. Madame, sa famille, quelques Espagnols de son intimité, Rœderer, sans que cela puisse être remarqué. Interdiction de venir à Paris ou même d'en approcher. « S'il vtMiait à Paris ou à Saint-Gloud, écrit l'Empereur à Savarv, vous feriez en sorte de le faire arrêter

et il faut qu'il ne l'ignore pas » ; c'est que, ajoute-t-il, « si vous mettiez ici de la faiblesse ou que vous ne fassiez pas connaître mes intentions, le roi recevrait, deviendrait un centre d'intrigues... Il n'y a absolument que cela qui puisse le contraindre. »

C'est en édulcorant fortement les ordres de l'Empereur, en leur prêtant des airs de niaiserie sentimentale que Clarke a transmis à Joseph l'autorisation de rentrer à Mortefontaine; le commissaire général de police a délivré les passeports sous le nom de comte de Survilliers : la plupart des officiers français de la maison royale ont déclaré qu'ils se retiraient à Pau, à Orthcz ou à Toulouse pour y attendre les dispositions du ministre de la Guerre : ce sera, d'après les ordres de l'Empereur, la proposition de rentrer au service dans le grade qu'ils avaient en le quittant, mais avec la certitude d'un avancement immédiat. Des Espagnols attachés à la personne du roi, quelques-uns, dans les premiers jours, et au milieu de la confusion, ont obtenu des passeports pour Paris. Le roi n'en retient que trois, dont le marquis de Gasa- Galvo, premier chambellan et le duc de Cotadilla, capitaine des g-ardes.

Le 24, en même temps que la marquise de Monte- Hermoso part de Bordeaux où elle est arrivée le 2, le roi, « ayant réformé les trois quarts de sa maison et fait les plus belles libéralités de ses chevaux, de ses mules, etc., » quitte Poyanne à cinq heures du matin, car il ne veut ni rece^'oir, ni faire d'adieux. A cheval, avec Miot de Melito el Pai'oisse, il gagne Gampagne

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