‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 51 sur 104 · VIII · texte numérisé non relu

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l'Empereur, ils préparent des intrigues dont la marche est encore obscure, mais dont on sait au moins la terminaison et dont on connaît le salaire; dans l'armée, des prétentions s'accusent, des indisciplines se font jour, des révoltes se préparent, — même, dit-on, un complot dont le secret n'est pas encore trouvé, mais que tous les contemporains signalent ; à l'intérieur, les royalistes s'agitent et organisent les réfractaires ; les associations prétendues religieuses s'étendent, échangent des correspondances et font circuler des nouvelles; dans le Midi déjà, des agents s'offrent à Wellington et entourent l'armée d'un réseau d'espions; en Allemagne, si les princes de la Confédération du Rhin n'ont pas encore prononcé leur défection, leurs généraux ont fait marché de leur trahison et n'attendent qu'un mot d'ordre pour l'exécuter. L'Allemagne entière va tourner contre la France.

Napoléon voit l'abîme oii, l'épée en main, il va se jeter pour périr ou vaincre. Il veut, avant de s'y précipiter, donner à Marie-Louise ses instructions suprêmes. Il l'appelle à Mayence où il se rend. Rien n'est changé à l'air de son visage, à l'autorité de sa parole, à la tenue de sa cour ; il projette, décide, ordonne, comme si les jours devaient suivre les jours et que, dans le palais de l'Ordre Teulonique, il fût assuré de jouir, l'an prochain, des embellissements qu'il a commandés, du Grand Appartement qu'il fait décorer et des cuisines nouvelles qui n'empuantiront plus sa chambre à coucher. Rien ne paraît des émo-

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lions qu'il éprouve, car il n'a pas d'illusion et il sait compter : l'Autriche contre lui, c'est tôt ou lard la défaite, à moins d'un retour de chance auquel il ne croit plus guëre. Et il veut préparer à ce qu'elle doit regarder comme un attentat contre elle, celle fille d'Autriche qui partage son trône.

Et puis, Marie-Louise partie pour inaugurer à Cherbourg ce port d'où il comptait précipiter ses flottes sur l'Angleterre, il entre dans la fournaise. Les hostilités ont, de fait, repris le [i août, où, au mépris de la foi jurée, les Coalisés ont occupé Breslau. Que leur importe? Armistices, capitulations, rien ne compte : contre l'ennemi de l'Europe, toute arme est loyale, tout parjure justifié. Ne sont-ils pas les envoyés du Dieu vengeur, les représentants du droit divin? Breslau annonce Dresde et Dantzig.

Le 23 août, Oudinot est défait à Gross-Beeren et à Ahrensdorf ; le 27, à Dresde, l'Empereur lui-même l'emporte, mais son corps qu'il malmène n'a plus la même résistance et refuse le service. Est-ce cette indisposition, une confusion d'ordres, un excès de zèle ? Macdonald est battu à la Katzback, Vandamme, battu et pris à Kulm, Ney battu à Dennewitz. Partout où l'Empereur commande, victoire, partout où ses lieutenants commandent, défaite. Le cercle pourtant se rétrécit, les chasseurs s'enhardissent, la curée approche. Le 16 octobre, à Wachau, il triomphe encore; le 18, c'est Leipzig.

A Leipzig, la suprématie française s'est écroulée, non vaincue, mais livrée. A ceux qui, sur le champ de bataille, au fort du feu, ont tourné leurs armes contre leurs compagnons et les ont assassinés, les oligarques ont pu décerner des couronnes , mais quiconque porte, dans une âme de soldat, le sentiment de l'honneur, les flétrit et les méprise. Ainsi fait, pour les régiments de son armée, Frédéric, roi de Wurtemberg. Mais le fait est acquis, le mouvement est si fort qu'il entraîne tout, et d'abord ce branlant royaume de Westphalie qui, depuis mars, ne se soutient que par des hasards.

Jérôme, en quittant Dresde le i" juillet, n'avait guère lieu d'être satisfait. Refusé pour son divorce, repoussé pour son projet de mariage, n'ayant obtenu aucune modération aux réquisitions qu'exerce Le Marrois, le nouveau gouverneur de Magdeburg et qui vont à 1 500 000 francs par mois, obligé de subir une garde française qui ne sera point à lui, car ni officiers ni soldats ne lui prêteront serment, il prévoyait que Napoléon en tirerait argument pour lui prendre le peu de soldats westphaliens qui lui restaient. Encore, s'il lui était permis de réunir les régiments qu'il avait dû livrer à l'Empereur et qui étaient à présent dispersés dans toute Tarmée française, cela formerait, avec quelques régiments français, un assez

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joli corps d'armée à la tète duquel un roi pourrait paraître sans déclioir. Avec le 2" de ligne qu'il avait il Cassel, le 3" qui sortirait de Magtleburg-, le 8" qui reviendrait de l'armée, les quatre bataillons d'infanterie légère, la brigade des hussards, la brigade de cuirassiers, et sa garde, grenadiers, chasseurs, fusiliers et chevau-légers, il ferait figure de souverain, surtout si l'Empereur lui donnait une vingtaine de bataillons.

Mais cette demande, présentée par Berlhier, n'a été accueillie par l'Empereur que sous des conditions (jui devaient être intolérables à l'orgueil de Jérôme. « Répondez au roi de Westphalie, a écrit l'Empereur, que jamais il n'aura aucun commandement dans l'armée française si : 1° il ne fait pas connaître qu'il désapprouve la conduite qu'il a tenue l'année passée en quittant l'armée sans ma permission et qu'il en est fâché; 2° si, en prenant du service dans mon armée, il ne se souniet pas à tous les maréchaux commandants de corps d'armée que je n'aurais pas spécialement mis sous ses ordres, ne devant avoir d'autre grade dans mon armée que celui de général de division et ne devant commander de droit, en cas de circonstances imprévues, qu'à des généraux de division; que ce qui vient de se passer en Espagne fait connaître de plus en plus l'importance de se tenir à ces principes ; que la guerre est un métier, qu'il faut l'apprendre, que le roi ne peut pas commander, parce qu'il n'a jamais vu de bataille ; que le roi d'Espagne, à qui j'ai fait dans le temps de semblables

observations, en est aux regrets et aux larmes de ne les avoir pas comprises... »

Jamais Jérôme ne se pliera à ces exigences ; jamais, à ce prix, il n'acceptera un commandement ; mais, de plus en plus, l'Empereur insiste pour lui donner une garde française et cela double l'injure. Les ministres westphaliens, que le roi pousse et soutient en sous-main, élèvent chaque jour des difficutés nouvelles. Selon les projets de l'Empereur, cette garde devrait comporter un régiment de hussards, àquatreescadrons, au complet de 1 000 hommes, un régiment d'infanterie légère à deux bataillons, chacun à six compagnies de 140 hommes, avec une compagnie d'artillerie à pied et deux pièces de canon et le cadre d'une compagnie à cheval; enfin, elle devrait être complétée par un escadron de deux cent cinquante gardes du corps devant faire le service concurremment avec les Westphaliens. L'Empereur presse Clarke pour trouver les hommes; il fait écrire lettre sur lettre par Maret pour que Furstenstein signe la convention. A la fin, après un mois perdu, le 31 juillet, « vu toutes les difficultés qui ont lieu », il s'arrête à donner un ordre du jour, « un ordre étant un acte de général en chef, et la Westphalie et le roi même faisant partie de son armée » ; mais il s'est restreint au régiment de hussards que, le 3 août, Jérôme crée, par décret royal, au complet de 51 officiers et de 1 159 hommes. L'uniforme sera pantalon bleu \yestphalien, dolman écarlate, pelisse bleue à fourrure blanche, ceinture, schabraque, sabretache et scliako

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