‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 52 sur 104 · JÉRÔME- — LES HUSSARDS J ÉROME-N A POLÉON · texte numérisé non relu

JÉRÔME- — LES HUSSARDS J ÉROME-N A POLÉON

écarlates, plumet blanc, buflletories et parements jaunes. Dès le 1" août, l'Empereur a nommé le colonel, Josepli-Antoine Brincard, chevalier de l'Empire, sous-lieutenant du 10 mai 1792, homme d'énergie qui a fait toutes les campagnes et qui, depuis 1809, est major du 9" dragons. La troupe est recrutée, vaille que vaille, de détachements fournis par vingt-quatre régiments de cavalerie légère. Pour le régiment d'infanterie légère qui devra être créé ensuite, l'Empereur fait envoyer, des dépôts de Hanau et de Francfort, cinq cents hommes, venus là de tous les coins du monde, puisque, parmi deux cents isolés, on trouve jusqu'à des marins italiens. Mais le temps presse. Le 11 ou le 12, l'armistice va être dénoncé et l'Autriche, sans doute, déclarera la guerre. « J'ai fait ce qui étaitpossible pour tout concilier, écrit l'Empereur à Jérôme, mais les prétentions de rAutriche étaient telles qu'elle se croyait en mesure de tout reprendre, même la Confédération du Rhin et Venise. »

La formation du régiment de hussards devient donc de plus en plus urgente. « Il est important pour Gassel que le roi ait le régiment dans sa main, » écrit l'Empereur à Clarke le 12 août, et il expédie ordre sur ordre pour qu'on se dépêche, comme s'il avait deviné ce qui allait arriver.

Les hostilités reprennent le 17, et, dans la nuit du 22 au 23, à Zittau, au débouché des montagnes de Bohême, le 1" et le 2" Hussards westphaliens, com-

mandés par le colonel baron de Hammerstein et par le major de Pentz, passent à l'ennemi, officiers en tête, avec chevaux, armes et bagages. Jérôme ne veut voir là qu'une conspiration isolée contre sa personne; il fait arrêter à Cassel son premier aide de camp, le général de Hammerstein, frère du colonel, qu'il soupçonne d'être le chef du complot et l'envoie à Mayence ; il met aux arrêts dans leurs maisons les frères et beaux-frères du général; il s'ingénie, avec son directeur de police, à suivre des trames mystérieuses qui se rattachent à des intrigues de cour. Napoléon voit bien plus juste : c'est la Westphalie qui s'effondre. Il n'y a plus à compter sur aucun soldat westphalien. Donc, ordre de faire mettre pied à terre aux autres régiments weslphaliens qui sont à l'armée et de prendre leurs chevaux ; ordre de cesser toute levée de troupes : « c'est en donner à l'ennemi » ; ordre d'envoyer tout ce qu'il y a de cavaliers dans le royaume à 31agdeburg, oii Le Marrois les désarmera et donnera leurs ciievaux à des hommes du dépôt. « H ne faut pas vous dissimuler, écrit l'Empereur à Jérôme, que, dans la situation actuelle des choses, vous ne pouvez vous fier à aucun Westphalien. »

Cassel se trouve donc entièrement démuni, car les hussards, qui rejoignent par petits paquets, ne sont ni organisés ni habillés, et l'Empereur pourtant n'admet pas qu'aucune troupe française y soit appelée. La petite division formée à Minden sous les ordres du général Lemoine doit y rester, pour couvrir Wesel

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et Magdeburg; lors([ue, sur la demande du roi, Rcinliard invite Lenioine à se porter du côté de Gassel, l'Empereur lui fait écrire par Maret (juil désapprouve cette démarche. « Les circonstances, dit-il, n'exigent pas un pareil mouvement. Le général a ses instructions ; il faut, dans votre correspondance avec lui, vous borner à l'instruire de l'état des choses et des nouvelles qui vous parviennent. » Reinhard, ainsi semonce, ne se hasarde plus à écrire aux généraux, lorsque, vers la mi-seplembre, les nouvelles deviennent tout à fait inquiétantes : seulement, comme il pense que. si Gassel est menacé, les conditions de défense seront pires encore qu'au mois d'avril, il représente au roi qu'il faudra se retirer quand le péril sera imminent et certain. « Mais, dit le roi, d'un ton assez délibéré, si je faisais comme les petits princes, si je restais ? Mon intention est de rester. — Mais, répond Reinhard, Votre Majesté s'exposerait... — Sans doute, dit le roi, il faudrait que l'ennemi le voulût. »

Qu'y avait-il là? Par quelque canal ignoré, par quelque Wcstphalicn passé à l'ennemi, par quoique femme allemande, des ouvertures avaient-elles été faites à Jérôme? Avait-il été pressenti? Il est impossible <le ne pas rapprocher cette parole, qui lui est échappée, de la lettre « très respectueuse et très digne » que devait, quinze jours plus tard, lui adresser Czernitchefï : « Dans cette lettre écrite, non par le chef des Cosa- (jues, mais par l'ancien diplomate, il exposait au roi qu'il n'y avait pas de raison pour que le cousin de

Fempereur de Russie, le gendre du roi de Wurtemberg', quittât ses Étals : que les Alliés faisaient avant tout la guerre à Fempereur Napoléon et aux Français; que si la Westplialie se retirait de la querelle les troupes alliées respecteraient un pays allemand et, dans son roi, un allié et un parent de son souverain. » On ajoute que Jérôme n'attacha à cette lettre qu'une très médiocre attention, qu'il fit répondre par un aide de camp que, « roi par les victoires de la France et pour la France, le frère de l'Empereur ne saurait se maintenir sous le coup de ses revers », mais n'estce pas trop que la lettre ait pu être écrite, que Czernitcheffait pu croire que ses propositions pouvaient être accueillies ?

Sans aller jusqu'à penser que Jérôme ait entamé une négociation, ne peut-on admettre, étant donnés son caractère et son goût d'opposition et de paroles, qu'il s'est laissé aller, avec des Allemands ou des Allemandes de son entourage, même avec des Français mariés à des Allemandes — et il n'en manque pas, à commencer par Furstenstein, marié à une Hardenberg, nièce du principal ministre du roi de Prusse — à des discours oi^i il a exhalé ses plaintes de l'abandon où le laissait son frère, où il a envisagé l'accueil qu'il pouvait recevoir des coalisés, où il s'est prévalu de ses alliances de famille? n'aura-t-il pas toléré qu'on discutât la question devant lui, bien qu'il n'eût jamais réalisé le projet d'une défection, et, pour embarrasser et taquiner Reinhard dont il connaissait la mauvaise volonté, n'aura-t-il pas lâché devant lui un tel propos

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