JÉRÔME- — CAPITULATION DE CASSEL
et armée d'une dizaine de canons qu'il a glanés. Il canonne la ville, fait enlever la porte de Leipzig par le colonel Benckendorlî, et, étant pressé, car lui aussi craint l'arrivée de Kellermann, à deux heures,, il envoie à Allix un parlementaire avec des conditions singulièrement favorables, rien moins que la libre sortie avec armes et bagages.
Malgré les soldats débandés, emplissant la ville, entourant son hôtel et réclamant la reddition, Allix refuse de capituler. Le combat continue jusqu'à sept heures, point très vif de la part des Russes, assez, pour que les hussards aient perdu six ofliciers tués ou blessés et près de la moitié de leur effectif. Allix a fait tout ce qu'exigeait l'honneur, même un peu plus. Pourtant, lorsque, à sept heures, Czernitchefî envoie un nouveau parlementaire, Allix ne signerait pas encore la capitulation, si une émeute n'éclatait et si la populace mêlée à la soldatesque n'envahissait son hôtel. Il signe, mais, par l'article premier, il sortira avec armes et bagages, sauf les canons; il emmène les militaires français et westphaliens, le corps diplomatique et les individus delà classe civile. Le 2, il arrive à Marbourg avec son convoi.
Czernitcheff, qui, dès le 30, a fait son entrée à Cassel, prend possession de la Westphalie, déclare que, de l'autorité du prince royal de Suède, le royaume a cessé d'exister, forme, de courtisans et d'employés de Jérôme, une Commission de gouvernement, s'empare des caisses publiques, requiert quantité de chevaux ; dans le palais, il se fait la main avec les objets
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à sa convenance, mais en laissant à la place de chacun une pancarte : Pris par le général Czernitcheff. Dans les écuries royales, il lève deux ou trois vieilles calèches, des selles, des harnais, une vingtaine de chevaux malades, ce que Jérôme a dû laisser. D'ailleurs, de la part de ses troupes, nul désordre : aucun soldat russe ne peut entrer en ville sans une permission spéciale.
La populace n'est point aussi retenue ; elle pille un nombre de maisons publiques et particulières; les ouvriers employés à la fabrique d'étoffes de laine mérinos que Jérôme a fondée, qu'il entretient, el qu'il a mise sous la direction du sieur Armélier, saccagent les machines et détruisent les bâtiments. Un bourgeois casse le nez et le bras de la statue en marbre de l'Empereur. Pourtant, pas d'excès sur les personnes. Des Françaises restées, comme M"'' et M"" Ulliac, ne sont pas molestées. Au fond, plus de peur que de mal.
Le 3, Czernitcheff, qui a atteint son but et n'entend pas se compromettre, file prudemment et évacue la ville. A Marbourg, en effet, le duc de Valmy a fait arriver le même jour un bataillon du 127* et un du 128'' qui y rallient environ mille Westphahens, dont les oÛO hussards Jérôme-Napoléon. Il y joint un bataillon du 31% un du 55% le bataillon de marche de la Garde impériale et 1 200 cavaliers tirés du grand dépôt d'Hanau. C'est dix fois ce qu'il faut. Le général Rigaud commande cette di\ision et AUix, en qualité de lieutenant du roi, s'apprête à reprendre possession de Cassel.
JEROME- — A MONTABAUER 179
Jérôme a atteint le Rhin le 30 : sans valet de chambre, ni cuisinier, sans chemise, ni bottes, il est allé se loger au château de Montabauer, à quelques lieues de Coblenlz, sur la rive droite, et, de là, il a adressé un de ses pages au duc de Yalmy, « le sommant, sous sa responsabilité, de lui envoyer quatre mille hommes environ pour qu'il puisse se porter sur Cassel. »
Kellermann n'a pas attendu cet étrange message et les forces qu'il a envoyées « mettent le roi de Westphalie, comme écrit le commissaire général de police Berckheim, à même d'occuper une partie de son royaume et de se reporter sur Marbourg ; ce qui est urgent pour prévenir une insurrection dans l'ancienne Hesse » ; mais Jérôme, sorti du guêpier, n'a nulle envie d'y rentrer'. Le 3, quittant le château de Montabauer, où il est depuis le 30, mais où, se fiant à son incognito, il imagine probablement qu'on a ignoré son séjour, il vient tout franchement s'établir
' Jérôme, dans une lettre ù, Ciaj'ke du 4 octobre, par une conl'usion fort habile des dates et des faits.vcut faire entendre qu'il a quiltô son royaume au dernier moment, qu'il est resté sur la frontière, jus(]u'au 3, que ce jour-là seulement il est arrivé à Goblentz. De là, dans cette lettre, quantité d'assertions nécessairement controuvées; Ainsi dira-l-il:« J'ordonnai au général Verdun de prendre le commandement de ses forces et de se porter sur Marbourg, où il attendrait mes ordres; je résolus de me porter de ma personne sur Wetzlar, mais, le 2, tous les rapports que je reçus me confirmèrent dans la pensée que les forces que voulait m'envoyer le duc de Valray m'arriveraient trop tard et ne seraient plus sulïisantes pour arrêter le progrès du mal... Le 3, la conlirniation de ces fâcheuses nouvelles, le man([ue absolu de troupes et la fâcheuse situation dans laquelle je me trouvais de|juis mon départ de Cassel, m'ont fait prendre la résolution de me rendre à Coblentz avec le peu de monde qui m'était resté fidèle. »
à Coblentz. « J'ai pensé, écrira -t-il à Clarke le 4, que cette ville étant tout à fait dégarnie de troupes, ma présence pourrait y être utile. » En effet, délogeant de la préfecture le baron Doazan préfet de Rhin-et- Moselle, il s'y installe et, pour lui tenir compagnie, arrivent de Miinster la princesse de Lôwenstein, la comtesse de la Yille-sur-lllon, la comtesse de Furstenstein et M"^ Chabert qui dînent avec lui et égaient ses soirées. Il y restera jusqu'à ce que le duc de Valmy « ait mis à sa disposition des troupes suffisantes pour arrêter les progrès de l'ennemi et ceux de l'insurrection dans son royaume. »
Ayant pris le parti de taire sa fuite et sa villégiature de Montabauer qu'il croit qu'on ignore, il est pleinement en droit de récriminer. « Votre Majesté, écrit-il à l'Empereur, sait mieux que personne que j'ai prévu ce qui arrive et que, à plusieurs reprises, je lui ai proposé, pour éviter ces mallieurs, de me laisser dix à douze bataillons à Cassel. C'était moins pour mes intérêts que je faisais cette demande que pour ceux de Votre Majesté. »
Toutefois, étant seul à parler, car l'Empereur ne répond pas, il s'arrête. Napoléon a bien son opinion faite; « on s'est laissé effrayer », écrit-il à Murât, mais il ne peut se dissimuler que cette fois, tous les torts ne sont pas du côté de Jérôme et qu'une bonne part lui incombe. Il cédera donc sur la question des troupes et, en ce moment où il a tant besoin de tout ce qu'il a tle soldats, il laissera en Westpbalie les deux divisions Préval et Rigaud. Seulement il n'a